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LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Un jour le rat des champs, ami du rat de ville,

Invita son ami dans son rustique asile.

Il était économe et soigneux de son bien ;

Mais l'hospitalité, leur antique lien,

Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fête. 5

Tout fut prêt : lard, raisin, et fromage, et noisette.

Il cherchait par le luxe et la variété

.\ vaincre les dégoûts d'ini hôte rebuté,

Qui, parcourant de l'œil sa table officieuse,

Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. 10

Va lui, d'orge et de blé faisant tout son repas,

Laissait au citadin les mets plus délicats.

« Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère

Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire,

Ou préférer le monde à tes tristes forêts? 15

vu. — Traduit d'Horace, Sat. W, vi, 80. — On trouve cette fable dans Ésope, dans l]al)riiis, dans Aplitlionius, dans La Fontaine, et encore dans beaucoup d'autres recueils. Il ne faudrait pas croire (pi'André, en traitant à son tour ce sujet, ait voulu surpasser ses prédécesseurs. Non; c'est ici le moraliste (pii se laisse séduire, connue Horace, à la i)elle pensée que recouvre cet apologue.

V. 10. « Une denl dédaigneuse, » Horace : » l)e/ite siipei/'o. » La Fontaine, dans la fable du Héron (Ml, iv) :

Le mi'ts ne lui plut pas; il s'.ittcnilait à niiciix. 1-,r montrait un «oùt di'iUtignru.r.

(ioiiimr le rat du liuii lliiraic.

F/r FRAGMENTS Ai'6

\ ieiis ; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près : Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance, l/heure s'écoule, ami ; tout fuit, la mort s'avance : Los grands ni les petits n'échappent à ses lois; Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois. )> 20

Le villageois écoute, accepte la partie :

On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie,

Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs

Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.

La nuit quittait les cieux quand notre couple avide 2.^

Arrive en un palais opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil

Des restes d'un souper le brillant appareil.

L'un s'écrie, et, riant de sa frayeur naïve,

L'autre sur le duvet fait placer son convive, 30

S'empresse de servir, ordonner, disposer,

\ a, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune ;

Sa vie en ses déserts était âpre, importune :

La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. 3.5

Ici, l'on y peut vivre ; et de rire. Et soudain

Des valets à grand bruit interrompent la fête.

On court, on vole, on fuit ; nul coin, nulle retraite.

Les dogues réveillés les glacent par leur voix ;

Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. 40

Alors le campagnard, honteux de son délire :

« Soyez heureux, dit-il ; adieu, je me retire,

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