HYMNES ET ODES
A lA FRAFSCb:
France ! o belle contrée, ô terre généreuse
Que les dieux complaisants formaient pour être lieureuse,
Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs ;
Le midi de ses feux t'épargne les fureurs ;
Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles; 5
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule ; ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la voix ;
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes
En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes. lo
I. — Dans cette pièce on reconnaît aisément une imitation du deuxième livre des Géorgiques (v. 135 et sqq.). Voyez dans Thomson, Eté, l'Hymne à l'Angleterre, plus développé, plus long, où il énumère tous les grands génies de l'Angleterre. V. 5 et suiv. Virgile, Géorg. Il, 150 :
At rabidae tigres absunt, et saeva leonum
Semina; nec miseros fallunt aconita legentes;
Ncc rapit immenses orbes per humum, neque tanto
Squameiis in spiram tractu se coUigit anguis. tn parlant de l'Érymanthe, il a dit, résumant en un vers toute cette description :
Là ni loup ravisseur, ni serpents, ni poisons.
ii>4 HYMNES
Les chênes, les sapius et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets;
Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées,
Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux 15
Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.
La Provence odorante, et de Zéphire aimée.
Respire sur les mers une haleine embaumée.
Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,
L'orange et le citron de leur tunique d'or ; 20
Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,
Forme la grasse olive aux liqueurs savonneuses.
Et ces réseaux légers, diaphanes habits,
Où la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse, 25
'J es prés enflent de lait la féconde génisse,
Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon.
Epaissir le tissu de leur blanche toison.
Dans les fertiles champs voisins de la Touraine, .
Dans ceux où l'Océan boit l'urne de la Seine, 30
S'élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.
Ajoutez cet amas de fleuves tortueux :
L'indomptable Garonne aux vagues insensées,
Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,
La Seine au flot royal, la Loire dans son sein 35
Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin