‹ PoésiesChapitre 324 sur 341 · V. 5G. André a dit lui-même, Élég. II, m · texte numérisé non relu

V. 5G. André a dit lui-même, Élég. II, m

Jeune amant des festins, des vers, de la beauté.

Renverse devant eux les tables des repas, Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse. Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse. Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !

Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage

Ne s'est soumis qu'aux lois d'un sénat libre et sage,

Qui t'épie, et, dans l'Inde éclipsant ta splendeur,

Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.

Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines

Tressailliraient de voir réparer tes ruines,

Et pour la liberté donneraient sans regrets,

Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forets !

J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,

La mendicité blême et la douleur amère.

Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureiu-,

D'un fisc avare et dur maudissant la riguein-,

Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,

Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,

Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi

De mettre au jour des fils malheureux comme toi.

Tu vois sous les soldats les villes gémissantes ;

(Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes.

Le sel, fils de la terre, ou même l'eau des mers.

Source d'oppression et de fléaux divers;

Vingt brigands, revêtus du nom sacré de prince,

S'unir à déchirer une triste province,

V. (jG. On voit qu'André Clu'iiit'i' avait éciit ce morceau avant d'aller en Angletei're ; il aura moins d'entiiousiasnic (|uaud il y aura passé près de trois ans. Voyez Poésies diverses, YIII.

KT ODES i27

\A courir à l'eiivi, de son siing altérés, Se partager entre eux ses membres déchirés. O sainte Égalité ! dissipe nos ténèbres, Renverse les verrous, les bastilles funèbres, yo

Le riche indifférent, dans un char promené, De ces gouffres secrets partout environné, Rit avecles bourreaux, s'il n'est bourreau lui-même; Près de ces noirs réduits de la misère extrême. D'une maîtresse impure achète les transports, 95

Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en ([ui la France

Vit luire, hélas ! en vain sa dernière espérance,

Ministres dont le cœur a connu la pitié,

Ministres dont le nom ne s'est point oublié ; loo

Ah! si de telles mains, justement souveraines,

Toujours de cet empire avaient tenu les rênes ,

L'équité clairvoyante aurait régné sur nous ;

Le faible aurait osé respirer près de vous ;

L'oppresseur, évitant d'armer d'injustes plaintes, 105

Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes;

Le délateur impie, opprimé par la faim.

Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin,

A l'insu de nos lois, à l'insu du vulgaire.

Foudroyés sous les coups d'un pouvoir arbitraire, tio

De cris non entendus, de funèbres sanglots,

Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

>5on, je ne veux plus vivre en ce séjour servile;

V. 97. Malesherbes etTurgot se retirèrent du ministère en 177G; mais Malesherbes y rentra, pour quelques mois seulement, en 1787.

UH HYMNES

J irai, j irai l)ieii loin me chercher un asile,

Un asile à ma vie en son paisible cours, 115

Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,

Où d'un grand au cœur dur l'opulence homicide

Du sang d'un peuple entier ne sera point avide,

Et ne me dira point, avec un rire affreux.

Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux; 120

Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice

Recueillera les dons d'une terre propice ;

Où mon cœur, respirant sous un ciel étranger,

ÎNe verra plus des maux qu'il ne peut soulager ;

Où mes yeux, éloignés des publiques misères, 125

Ne verront plus partout les larmes de mes frères,

VA la pâle indigence à la mourante voix,

Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

Toi donc, Ecjuité sainte, ô toi, vierge adorée, De nos tristes climats pour longtemps ignorée, 130

Daigne du haut des cieux goûter le libre encens D'une lyre au cœur chaste, aux transports innocents, Qui ne saura jamais, par des vœux mercenaires, Flatter à [)rix d'argent des faveurs arbitraires.

V. lli. Nolons eiK'oif ici le iiKiiixciiu'iil poéliciiie imilc ilf Vii|^i!i', et (jne déjà iioiisavons faitremartnicr diU):i\vs E/r^ics, II, XXII, 75, et dans VÂrl i/'aii>itr,\l\,'!'2. V. 128. Vei's adiniiahle, bien supérieur, dans la forme et dans la pensée, aux vers célchres de (lill)eit, Jpol . :

obscur, on l'ci'it llc-lri (l'iiiic mort [(•fjitinic; Il est puissant, les lois ont ignoré sou crinic. \ . i;((). " Ignorée, » éjoif^née, eoninie ignotus en latin. V. i:i:i et i:{i. Éd. I8;ji) :

Qui ne saura J.iinais, par des \œu\ arl)ilrair(s, l'iallcr a prix d'articnt <l("s faveurs merecnains. lU'liie la \in"t et unième élégie du \\\\x J.

-Mais qui rendra toujours, par amour et par choix, 135 Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois. De vœux pour les hiniiains tous ses chants retentissent ; La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté Le doux nom des vertus et de la liberté. H')

Terre, terre chérie

Que la liberté sainte appelle sa patrie ;

Père du grand sénat, ô sénat de Romans,

Qui de la liberté jetas les fondements ;

Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, 5

Menue , toutes enfui , monts sacrés d'où la France

Vit naître le soleil avec la liberté !

In jour le voyageur par le Rhône emporté.

Arrêtant l'aviron dans la main de son guide,

En silence et debout sur sa barque rapide, lo

Fixant vers l'orient un œil religieux.

Contemplera longtemps ces sommets glorieux ;

Car son vieux père, ému de transports magnanimes.

Lui dira : » Vois, mon fds, vois ces augustes cimes, »

Au bord du Rliùne, le j juillet 1790.

11. — V, 3. En 1788, ce fut à Vizille d'abord, et ensuite à Romans, que se liuroiit les étals du Daiipbiné, rélel)res dans l'iiistoire de la révolution française.

HT

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