‹ PoésiesChapitre 69 sur 341 · NÉÈRE · texte numérisé non relu

NÉÈRE

Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois,

Un beau cygne soupire, et de sa douce voix.

De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,

Chante, avant de partir, ses adieux à la vie ,

Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort, 5

Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort :

« O vous, du Sébéthus naïades vagal^ondes. Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes.

m. — V. 1-4. Ovide, Hér. Ép. VII, I :

Sic, ubi fata vocant, udis abjectus in lierbis Ad vada Mœandri concinit albus olor.

Sur le chant du cygne, voy. ^Elien, Nat. An. V, xxxiv. — Euripide y fait trcs-

souvent allusion : Herc. fur. 110, 692; Iph. Taur. 1104;/^eV. 11 15, etc. Cf. Calli-

maque, Hym. à Délos, 249.

V. 7. Les poètes latins n'ont que rarement parlé de la nymphe Sébctlàdc, son nom

ne se trouve qu'une fois dans Virgile, En. VII, 734. — Cf. Stace, Silv. I, ii, 2GI ;

Vibius Sequester, de Fliim. fontibusque, n'en dit que peu de mots. Les commenla-

teurs de Virgile complètent les renseignements ; voy. Érythra'us (Nicius Rossi), Index

f^irg. Mais, dans Sannazar, surnommé le Cygne du Sébéthus, ce nom revient souvent;

dans une élégie (éd. 153G, p. 117), il s'écrie comme André :

Quin etiam flevere suis Sebethides antris Naiades et passis Parthenopea corais.

Le Sébéthus traverse Naples ; il s'appelle aujourd'hui Fiume délia Maddaleua. Ronsard, dans le Bahig de Callirée, s'est aussi souvenu de la nymphe Sébéthide; Eurymédon appelle Callirée : « 0 corps sébétien . »

V. 8. Cet usage antique de consacrer des chevelures sur des tombeaux se retrouve à chaque pas dans les poètes grecs et latins. Stace, Sili>. V, V, 13, venant de perdre son fils adoptif, s'écrie avec un mouYement poétique semblable à celui d'André :

Hue patres, et aperto peclorc maires

Conveniant ; crinesquc rogis , et munera ferte.

Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus.

Moi, celle ijui t'aimai, que tu ne verras plus. 10

O cieux, 6 terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,

Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages.

Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours

Néère tout son bien, Néère ses amours ;

Cette Néère, hélas ! qu'il nommait sa Néère, 15

Qui pour lui criminelle abandonna sa mère ;

Qui pour lui fugitive, errant de lieux en lieux,

Aux regards des humains n'osa lever les yeux.

Oh ! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène

Calme sous ton vaisseau la vague ionienne ; 20

Soit qu'aux bords de Paestum, sous ta soigneuse main,

Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin ;

V. 9. II faudrait grammaticalement : Moi, celle qui te plut, moi, celle qui t'a/'/na.

Bien préférable est cette tournure de Virgile : « Ille ego, qui quondam viciiia

coegi , » puisque les pronoms y sont inversement placés.

V. 11-13. Ronsard, Amours, I, LXVi, a eu une heureuse inspiration dans une

semblable invocation :

Piiisqu'au partir, rongé de soin et d'ire,

A ce bel œil l'adieu je n'ay sceu dire ,

Qui près et loin me délient en csmoy.

Je vous supply, ciel, air, vents, monts et plaines.

Taillis, forêts, rivages et fontaines,

Antres, prés, fleurs, dites-le luy pour moy.

V. le. C'est un souvenir d'Ariane gémissant sur le rivage de Naxos et suivant des yeux le vaisseau qui emporte son amant. Catulle, LXIV, 117 :

Ut linquens gcnitoris filia vultura.

Ut consanguineœ complexura , ut deniquc matris, Qu.T misera in gnafa flevit deperdita , lacta Omnibus bis Tbesei dulcem praîoptarit amorera ?

V. 19. Castor et Pollux, fils de Jupiter et de Léda, propices aux navigateurs;

voy. Homère, Hjm. XXllI, aux Dioscurcs. Ce vers est imité d'Horace, Od. I, m :

Sic fratres Hclenae, lucida sidéra.

V. 22. ('Pwsturii,^> ville de la Lucanie, célèbre par ses roses; Virgile, Gcoi-'^iqucs, IV, 118 :

Forsitan et, pingues bortos (juac cura colendi Ornarct , canerem , biferiquc rosaria Pa-sti.

Cf. Properce, IV, V, 59 ; Ciaudien, Ép'ilh. d' Ilonoilus cl de Marie.

Au couclier du soleil, si ton âme attendrie Tombe en une muette et molle rêverie, Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi. 25

Je viendrai, Clinias ; je volerai vers toi. 3Ion âme vagabonde, à travers le feuillage, Frémira ; sur les vents ou sur quelque nuage Tu la verras descendre, ou du sein de la mer, S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air, 30

Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive. Caresser en fuyant ton oreille attentive. »

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