LA JEUNE LOCRIENNE
« Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ; « Lève-toi ; pars, adieu ; qu'il n'entre, et que ta vue «( Ne cause un grand malheur, et je serais perdue ! « Tiens, regarde, adieu, pars : ne vois-tu pas le jour ? »
Nous aimions sa naïve et riante folie, 5
Quand soudain, se levant, un sage d'Italie,
Maigre, pâle, pensif, qui n'avait point parlé,
Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé
Du muet de Samos qu'admire Métaponte,
Dit : « Locriens perdus, n'avez-vous pas de honte? lO
Des mœurs saintes jadis furent votre trésor ;
Vos viergjes,, aujourd'hui riches de pourpre et d'or.
Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères.
Hélas ! qu'avez-vous fait des maximes austères
De ce berger sacré que Minerve autrefois 15
VllI — Voy. Sainle-lJeuve, Portr. lilt. I.
V. 4. N'y a-t-il pas dans le chant qu'achève la jt'iiiie Locriemie ('(tiuiiu" un valeur souvenir des adieux de Juliette à Roméo ?
V. 7-8. Tel est le portrait que Théocrite, Idyl. XIV, 3, trace d'un pythagoricien.
V. 9. Pythagore est né à Samos (Jamblique, Pylli. 11); selon d'autres, à Phliase , à Métaponte (Porphyre, Pytii. iiiit.); on sait (|u'il imposait le silence à ses disciples, ou mieux des jeûui's de parole (.laml)li(jue, Py/h. XVII). A Métaponte, où il mourut, les citoyens avai(uit pour lui une telle admiration, (pi'ils voidaient applicjucr à la direction de leurs afTaires pul)li(pies ses préceptes phil()soplii((ues (Jand)l. XXXV). — Voy. Apulée, Flar. XV. — Cf. Valère Maxime, VIII, vu.
v. 15. Zaleucus, herger, pythagoricien, fit croire aux [.ocrieiis (pie Minerve, lui ayant a[)paru en songe, lui avait dicté des lois. Voy. .!and)l. J'y//i. XXXVI et />ns.um; Plutaniue, Cominrn/ on priit se louer... ; Scliol. Pimlar. (llymj>. \, 17; Clément
Daignait former en songe à vous donner des lois? w Disant ces mots, il sort. . . Elle était interdite ; Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite ; Nous l'avons consolée, et ses ris ingénus. Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus. 20
Un jeune Thurien, aussi beau qu'elle est belle (Son nom m'est inconnu), sortit presque avec elle : Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier Le grave Pythagore et son grave écolier.
Bel astre de Vénus, de son front délicat
Puisque Diane encor voile le doux éclat,
Jusques à ce tilleul, au pied de la colline.
Prête à mes pas secrets ta lumière divine.
Je ne vais point tenter de nocturnes larcins, 5
Ni tendre aux voyageurs des pièges assassins.
J'aime : je vais trouver des ardeurs mutuelles,
d'Alex. Strom. I, p. 258, A. — Zaleucus avait beaucoup voyagé ; il avait étudié les lois de la Crète, de la Laconie, de l'Attique (Strabon, VI, i. 8). 11 avait établi des lois très-sévères contre l'intempérance (Athénée, X, vu, p. 429, A). Son existence a été mise en doute (Cicéron, de Lcg. II, G, et ad Att. VI, 1).
V. 21. Sur la ville de Thurium et sur ses lois indulgentes pour la femme qui quitte son mari, voy. Diod. Sic. XII.