‹ PoésiesChapitre 90 sur 341 · AU CHEVALIER DE PANGE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE PANGE

Le navire éloquent, fils des bois du Pénée,

Qui portait à Colchos la Grèce fortunée,

Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord,

S'arrête, et se confie au doux calme d'un port.

Aux regards des héros le rivage est tranquille ; s

Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,

V. — Cette histoire a été souvent l'objet des récits des poètes; elle se trouvait, du reste, intimement liée à l'expédition des Argonautes.

Cf. Orphée, Jrg. 646 ; Apollonius, Àrg. I, 1207; Théocrite, Idjl. XIII; Val. Flaccus, ^rg. III, 545 ; Properce, 1, xx; Parny, la Journée champêtre. Théocrite a surpassé ses rivaux dans le récit de la disparition d'Hylas, et c'est de lui directement qne s'est souvenu André.

V. 1. Comme dans l'éd. de 1826, nous avons mis la virgule après éloquent , qui doit se rapporter à navire. Orphée, ^rg. 491 : TiûXuriyôpoç lApYw. — Lebrun, le yengeur : « Argo, la nef à voix humaine. » Le navire s'appelait Argo, du nom de son constructeur (Apoll. I, 18).

« Eloquent, » car Minerve avait tiré d'un chêne de la forêt de Dodone une poutre merveilleuse qui rendait des oracles (Apoll. I, 52G); cette poutre formait la quille du vaisseau (Orphée, 265). Le reste des bois de construction avait été coupé sur le Pclion, près des rives du Pénée. — « Fils des bois du Pénée. « Horace, Od. I, xiv, s'adressant au vaisseau de la république : « Pontica pinus, silv.-B fdia nobilis. »

V. 2. [Celte ville de Colchos n'est guère connue que des poètes français. Chardin dit dans son voyage : « Les ruines de Colchos sont perdues, je n'en aperçois rien. » 11 n'y a point eu de ville de Colchos, partant point de ruines. Colclii, à l'accusatif Colchos, sont les peuples de la Colchide. Les vers de Racine Vous pourriez à Colchos vous exprimer ainsi. — Je le puis à Colchos, et je le puis ici. n'en sont pas moins bons. La faute est comme consacrée. Boissonade].

V. 4. Le port de Cios, au fond d'un golfe de la Propontide (Sc/tol. Théocrite, Idj-l. XIII, 30).

V. 6. C'est ici que commence l'imitation de Théocrite, Id-yl. XIII, 36. Nous nous contentons de renvoyer le lecteur à l'idylle grecque, un peu longue pour être citée ici.

Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés,

Chercher une onde pure en ces bords ignorés.

Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine.

Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine. lo

Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,

Otte bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant

Plus limpide, plus belle ; un plus léger zéphire,

Un murmure pkis doux l'avertit et l'attire :

Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs ; 15

Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs ;

Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande,

Et s'égare à cueillir une belle guirlande.

Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.

Sur l'immobile arène il l'admire couler, 20

Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante,

Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.

De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain

Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la main

En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles. 25

Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles.

Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vanté,

Ee rassure, et le loue, et flatte sa beauté.

V. 13. C'est ainsi que l'éd. de 1819 donne ce vers; seulement elle ne met qu'une virgule après belle. La phrase ainsi coupée, avec le verbe est ou devient sous-entendu dans le premier membre, est tout à l'ait dans le goût de Chénier. Éd. 182G et 1839 : Plus limpide pour lui coule; un léger zdphirc. V. li. Éd. 1826 :

D'un murmure plus doux l'avertit et l'attire. V. 15. « L'herbe jette des fleurs; » voy. Invention, \. 22 i. — Le verbe jeter , employé ainsi, c'est le grec ppûetv. Anacréon, Od. XXXVII : "lo£ lïw;, "Eapo; çavévTo;, yâpiTEi; ^68a ppûoufftv.

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