‹ PoésiesChapitre 99 sur 341 · PANNYCHIS · texte numérisé non relu

PANNYCHIS

Plusieurs jeunes filles entourent un petit eniiant. . . le caressent . . . « On dit que tu as fait une chanson pour Pannycliis, ta cousine?. . . — Oui, je Taime , Pannychis... elle est belle; elle a cinq ans comme moi... Nous avons arrondi ce berceau en buisson de

V. 28. Cette comparaison du baiser à la douceur du miel est fréquente chez les petits poëtes grecs. Elle plaît beaucoup à Méléagre, et l'on peut même dire que la doucereuse saveur du miel est en quelcjue sorte l'emblème de sa poésie. Méléagre , Jital. I, p. 5, X :

K.at yàp Èyw "côv v.a'kov sv riiOéoiffi çiXyjaa; 'AvtÎo)(ov, "j/yj^riç rfib uÉTiwxa [i£),i. Éd. 182G. Après avoir mis, // connut, au v. 27 :

Me versa son doux miel sur ma bouche pâmée. U coula dans mon cœur ; et, dès cet heureux jour.

Vill. — Cette idylle est imitée de Gessner, Cljmène et Damoii * .- « Dis-moi, mon bien-aimé, que veux-tu faire de ce petit autel... — ... Ne te souvient-il plus qu'aux jours de notre enfance c'était notre asile favori ? Là nous n'étions pas plus hauts que cette jeune ancolie *'... — ... Autour de cet autel je planterai du myrte et des rosiers. Si Pan les protège, leurs rameaux s'élèveront bientôt au-dessus de l'autel et formeront un petit temple de verdure... — Vois-tu ces buissons.' ils s'élèvent encore en cintre , c[uoique incultes maintenant ; c'était notre demeure. Nous en avions élevé la voûte aussi haut que nous pouvions atteindre... — N'avais-je pas planté devant cette maison un petit jardin .' Ne l'avions-nous pas entouré d'une haie de joncs.'' Une brebis l'eût broutée dans un instant, tant elle était grande. — ... Tu trouvas heureusement une petite image mutilée de l'Amour. En bonne mère , tu lui prodiguais tes soins et tes caresses; une coquille de noix était son lit, là, bercé par tes chants, il reposait sur des feuilles de roses. » Puis l'idée de la cigale s'y ajoute ; mais , dans Gessner , la cigale se blesse en s'envolant, et après ces souvenirs de leur enfance, Damon s'écrie :

(■) Dans d'autres éditions, Dap/iné et Micon.

(■■) Dans le Premier A'avii/aleur, I, Mélide dit : « Je me souviens du temps où je n'étais guère plus haute (ju'un pied d'teillet. "

roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut pas nous v troubler, car il est trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus que mon père m'a faite avec du buis : elle l'appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des chansons pour leur bergère... et moi aussi, j'en ai fait une pour elle... — Eh bien ! chante-nous ta chanson, et nous te donnerons des raisins, des figues mielleuses... »

Donnez-les moi d'abord, et puis je vais chanter...

Il tend ses deux mains... on lui donne... et puis,

D'une voix douce et claire il se met à chanter :

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes;

Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.

Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. 5

Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ;

Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu'à peine

Faire arriver sa tête au niveau de la mienne.

D'une coque de noix j'ai fait un abri siir

Pour un beau scarabée étincelant d'azur; lo

Il couche sur la laine, et je te le destine.

Ce matin j'ai trouvé parmi l'algue marine

Une vaste coquille aux brillantes couleia*s ;

Nous remj)lirons de terre, il y viendra des fleurs.

Je veux , pour te montrer une flotte nombreuse , i5

Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse.

«Ainsi s'écoulèicnt les jours de notre enl'anci' , lorsiiiif dans nos joux tu étais ma femme et moi ton époux. »

Le nom de Pannjchis qu'André donne à la petite lille est curieux et témoigne qu'en traçant ce tableau si chaste et si enfantin, il se souvenait de réjusode licencieux de Giton et de Pannycliis, dans Pétrone, Saf. X\V.

Le chien de la maison est si doux ! chaque soir Mollement sur son dos je veux te faire asseoir ; Et, marchant devant toi jusques à notre asile, Je guiderai les pas de ce coursier docile. » 20

Il s'en va bien baisé, bien caressé... Les jeunes beautés le

suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau, sous lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de mvrte un temple de verdure autour d'un petit autel , pour leur statue de Vénus. Elles rient. Ils lèvent la tête, les voient et leur disent de s'en aller. On les embrasse. . . et , en s'en allant, la jeune Myrto dit : « Heureux âge !.. . Mes compagnes, venez, voir aussi chez moi les monuments de notre enfance... J'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin que j'avais alors. . . Une chèvre l'aurait brouté tout entier en une heure... C'est là que je vivais avec Clinias ; il m'appelait déjà sa femme, et je l'appelais mon époux. . . Nous n'étions pas plus hauts que telle plante (i). Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y verrez encore les romarins s'élever en berceau comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Anyté... Mon bien-aimé m'avait donné une cigale et une sauterelle ; elles moururent, je leur élevai ce tombeau parmi le romarin. J'étais

V. lT-20. A côté de ce tableau nous mettrons une épigr. d'Anyté, J/ial. I, p. 197 : 'Hvîa 5ri toi Tratôs; Ivi, tpiyz, ©oivixôsvra

ÔÉvTeç, xai Xaaiu) (fi,[i.à Tiept <TT6|jiaTi, ÏTimix TîaiôeOoufft ôeoù Ttepi vaov âeÔXa , ôçp' aÙToùç çopETQÇ rima. T£pTro[J.£vouç. Dans l'Anthologie grecque, on rencontre moins souvent qu'on ne pourrait le croire de ces sortes d'épigrammes ; l'amour et la mort y jouent un plus grand rôle que l'enfance. Ces vers charmants d'André sur les jeux de deux enfants nous engagent à rappeler au lecteur un très-joli passage d'Apollonius, Jrg-. III, 114, où sont décrits les jeux de Ganymede et de Cupidon. 11 existe de curieux rapports entie celle chanson de l'amant enfantin de Pannychis et le long discours amoureux (pie, dans Ovide, 3Jcl. XllI, 789, le géant Polyphènie tient à la blanche Galatée.

(1) Ici bien probablement André se serait souvenu, en le modifiant, du vers de Virgile, £-/. VllI, 39 :

J;im friigilis potcram a terra contingcrc raraos , (ju'avait imité le Tasse, Aminte, I, il, et que Racan, 11, u, avait ainsi imilé de l'italien : Je n'avois pas douze ans quand la prcnuèic flamo

en pleurs... La belle Anvlé (i) passa, sa lyre à la main : -. Qu'as-

lii? me demanda-t-elle Ma cigale et ma sauterelle sont mortes...

— Ah ! (lit-elle, nous devons tous mourir... » (Cinq ou six vers de morale.) Puis elle écrivit sur la pierre :

« O sauterelle, à toi, rossignol des fougères,

A toi, verte cigale^ amante des bruyères,

Myrto de cette tombe éleva les honneurs.

Et sa joue enfantine est humide de pleurs ;

Car l'avare Achéron, les Sœurs impitoyables 2.5

Ont ravi de ses jeux ces compagnons aimables. »

Des beaux veux d'Alcidor s'alluma dans mon âme; Il me passoil d'un an et de ses petits bras Cueilloit déjà des fruits dans les branches d'en bas. (1) « Anylé, » poétesse d'une époque incertaine, dont fait mention Tatien, Or. ad Gr. Elle a laissé quelques épigrammes sur des oiseaux, des épitaplies et des épigraphes; voy. Brunck, Anal. 1, p. 197. Dans ce qui nous reste d'elle, il y a une grande douceur et une délicate sensibilité. Méléagre, Anal. I, p. 1, i, a conijiaré ses poésies à des lis.

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