L'ANACHORÈTE
Et l'ange me dit : Va, quitte leurs villes, cachetoi dans le désert, pour que la flamme de la lampe qu'on te confia, tu puisses la garder jusqu'à la lin. Quand, ayant compris la vanité des choses, ils auront soif de la vérité et de la lumière, ils pourront alors rallumer leur flambeau !
Les cygnes blancs, les envoyés du clair printemps, ont passé, le cœur de la terre a tressailli, les ondes réveillées ont brillé, encore un instant et les fleurs perceront... Oui, c'est bien le printemps, la joie!
— Comme ces cygnes, les idées passent comme des visions dans mon âme, le cœur tressaille dans la poitrine... Des larmes d'extase paraissent: je sens —ils s'approchent —je les saisis et je les vois — les vers!
— Pourquoi revêtir de notre image fragile les saintetés des mystères éternels et peupler les déserts des cieux, pareils à notre pauvre monde, par l'imagination?
— Pourquoi enrichir de couleurs et de sons les traits de la beauté spirituelle? pourquoi des tableaux de l'éternelle souffrance et les fleurs magnifiques du paradis?
— Parce que le mortel ne lève ses regards vers le ciel que quand l'arc-en-ciel y brille à ses yeux émerveillés!
L'œuvre, achevée, m'est déjà odieuse.
Gomme si quelqu'un murmure toujours : Attends! ton œuvre principale, elle est encore dans l'avenir, c'est pour elle que tu ramasses des forces !
C'est à peine si elle luit comme un petit nuage d'aurore pour effacer tout plus tard, toutes les joies passées ; — elle est bien plus loin la sainte Jérusalem, et tout ce qui fut — n'était qu'Àntioche.