DERNIERS VERS D' APOLLON MAIKOFF
— Ascète! autrefois dans le désert, devant la grandeur de la divinité, tu as prononcé en extase des paroles qui sonnent encore aujourd'hui : « La vie n'est qu'un rêve, qu'un songe, qu'un rairage dans les sables nus; dans la mort seulement — l'oubli complet de tout ce mensonge, le repos, le sommeil dans le sein de Dieu — et sans rêves. »
— Tu as raison, ô sage : tout ce monde est pourriture, tout est mensonge... Mais il y a donc quelque chose en nous, ce qui a soif de lumière, ce qui déteste tout ce mensonge, ce qui s'efforce d'entrevoir l'Éternité... Je sais qu'à toutes nos prières, le Temps, sans nous répondre, porte devant nous les événements, les générations, et qu'en nous enlevant dans son élan, il nous rejette dans l'abîme à l'instant suivant ; jusqu'à ma tombe je ne suis que la victime de ce jeu enragé — un Rien devant la Raison et la Force, qui ont lancé dans l'espace les mondes; — mais une voix secrète me dit que ce n'est pas en vain que mon âme a aimé et lutté ici, qu'elle a en elle son moi vivant!
et que la vie n'est pas un rêve ou une vision. Non! C'est un saint flambeau qui m'a éclairé pour un inslant le monde du ciel et de la terre, — et la mort n'est pas la destruction de ce moi vivant, qu* est en moi, mais un nouveau pas, une ascension vers les sphères plus élevées de l'existence !