‹ PoésiesChapitre 62 sur 80 · UN PORTEUR · texte numérisé non relu

UN PORTEUR

Il est déjà pansé. Les blessures ne sont pas profondes. Il fut apporté sans connaissance.

MENIPPA (s'élance vers ]e blessé, le regarde et revient attristée. Lee enfants pendant ce temps sont emmenés.)

Toujours ГІеП ! Ce n'est pas lui ! hélas ! (Retournant

sa place.) Et peut-être ainsi, inanimé il fut ramassé., et sauvé, (a L>da.)Non, je n'ai plus la force, je ne pui plus dissimuler — mon âme doit s'ouvrir devau toi : je vous ai trompés !... Je ne suis pas chre tienne... De Milet je suis native. J'y ai passé tout ma vie et voilà dix ans que j'erre par les pay étrangers... Je cherche mon fils... Autrefois nou vivions avec splendeur, en opulence... Survint un guerre... des ennemis... mon mari mourut... e mon fils fut vendu en esclavage pour des dettes!.. Il était savant, jouait de la lyre, savait compose des hexamètres... Une fois son maître lui ordonn de chanter à une fête en l'honneur d'Aphrodite Il refusa! Pourquoi — je n'en sais rien! On disait que les chrétiens l'ont corrompu... Tous s< levèrent contre lui, la populace s'en est mêlée — les mœurs sont ainsi chez nous!

Des clameurs, des insultes et un gémissement j'accours et je vois une trace sanglante, sa tuniqu< déchirée, et lui a disparu !... Les uns criaien qu'il fût tué, et son corps traîné dans la mer d'autres — qu'il fût emporté par quelqu'un. Estil vivant? ne l'est-il pas? je languis, ne trouvant pas un instant de repos Je me trouvais

une fois dans un port. Une foule de gens! oï

,arge des marchandises, on crie! Subitement un atelot s'est arrêté devant moi ! « Il vit », murura-t-il et disparut. Il vit!... Mais où le cher- 1er? Je suis partie au hasard, parfois par terre, irfois par mer, j'ai cheminé jusqu'à Rome et i... ici je t'ai rencontrée, j'ai regardé chez 0us que faire maintenant?

LYDA

Le malheureux! mais espère, aie foi : il y a un lieu !

MENIPPA (à elle-même)

Six ans devant mes yeux la tunique déchirée; a place, une mare de sang — et lui s'éloijiiant dans le chemin! et de nouveau l'espoir n'entraînait, et je marchai... Oh, oui! Je puis lire que de mes larmes j'ai arrosé le long chemin...

LYDA

Reste avec nous : nous le retrouverons peutêtre. Dis comment il s'appelle : nous en parlerons aux anciens... Crois-moi, Dieu nous mène par des voies inconnues pour nous et tu le retrouveras là où tu l'espères le moins!... et le chemin arrosé de larmes - il le voit... Le Christ Lui-même l'a passé...

MËNIPPA

Tu es Une bonne âme... (Sécartant d'elle subitement

Et s'il est... mort?

LTDA

Mort... 0 Dieu!... à elle étrangère à la révéla tion,quelui dirai-je ?... que lui seront mes paroles

(Elle désigne une jeune femme. Camille, entrée auparavant avec deu: enfants, un garçon de huit à dix ans et un autre de quatre, et qu s'est arrêtée devant un tombeau dans le mur.) Regarde, Voilà uni

mère avec deux enfants, une veuve. Dans ce tom beau se trouvent les cendres de leur père... ti vois, elle a soulevé l'enfant pour qu'il embrassa la pierre... Vois comme elle regarde, comme son sourire est clair!... Elle s'est penchée vers lamé... chut... écoute... Elle parle...

CAMILLE (à son Qls)

Souviens-toi donc : dans cette niche sont les restes sacrés de votre père. Il fut déchiré par les lions, et maintenant son âme est au ciel et il nous ad mire quand nous agissons bien et respectons Dieu, sinon il pleure... Il peut arriver que Dieu vous prendra aussi maman : nous allons vous admirer avec lui, ensemble, des hauteurs azurées... Regarde bien et souviens-toi : ce passage, une croix et à côté

Se trouve l'inscription... (Elle s'appuie contre la pierre, la tête sur les mains et murmure :) Cher !

LE GARÇON (lisant l'inscription)

« Je vous attends, je vous attends. »

CAMILLE (en se levant vivement et essuyant une larme sadresse au tombeau)

Oh, pardonne-moi! malgré moi mes forces

e trahissent. (Elle se met à genoux avec les enfants.) 1 rie

»ur nous, que nous arrivions auprès de toi, àtra- ,rs toutes les épreuves mondaines, les vanités les peines, aussi purs que toi! Pour que tu nous ncontres là où il n'y a ni larmes, ni soupirs, ni miissements, en jubilant, en te réjouissant de ms de toute ton âme...

MENIPPA

C'est avec lui quelle parle?...

LYDA

Il est au ciel! il les voit et les entend... Veuxi la reconnaître?

MENIPPA (émue, à voix nasse et avec curiosité)

Oh, oui !

LYDA

Camille ! voici une mère malheureuse, il suffit »ourtoi pour que tu t'intéresses à elle...

CAMILLE (tendant la main à Menippa)

Mais qui donc est heureux ici ? Mon bonheu c'est mes enfants. Je ne vis que par eux... Qua au bonheur des autres, c'est Lyda, qui par laPr vidence est envoyée pour tous les misérei comme un bon ange consolateur...

LYDA (avec effroi et étonnement)

Camille, que dis-tu, que dis-tu?

CAMILLE

A peine apprend-elle que quelque part о souffre, elle y va tout de suite, sans se demande si c'est l'un des siens ou un étranger.

LYDA (vivement, avec reproche)

Camille !

CAMILLE

Toute son existence est vouée au prochain Mon Dieu ! Et les enfants, les pauvres, les ma lades...

LYDA (à Menippa, brusquement)

Ne la crois pas !

CAMILLE

Toute sa journée se passe en soucis, comme la

brie vigilante... (Lyda s'éloigne, sa figure exprime les signes

une inquiétude intérieure.) Si tu la voyais au milieu des risonniers, parmi les martyrs, dans la prison ù des centaines de malheureux tâchent de touher ses vêtements, ses doigts, d'entendre ses pa-

Oles.. . (Lyda s'affaisse sur le banc, couvrant de ses mains sa figure Wt lui rend grâce, tout la bénit... (On entend les sanots de Lyda.) Mais, ШОП Dieu, elle pleure. (A Lyda avec iquiétude et intérêt.) Qu'as-tu ?

LYDA

Laisse-moi !

MENIPPA (bas à Camille)

Allons-nous-en !

CAMILLE

Mais qu'as-tu donc ?

LYDA (avec impatience)

Laisse-moi !

CAMILLE

Je ne sais pas... qu'ai-je...

LYDA (presque en désespoir)

Va-t'en... je t'en supplie...

MENIPPA a Camille, bas)

Elle aussi a son chagrin...

CAMILLE

Lyda n'a pas de chagrin à elle !

MENIPPA

A elle ou à autrui, qui lésait? laissons-la seui pleurer à son aise.

LYDA (seule, assise sur le banc)

L'esprit ma abandonnée... Que lui pouvais! dire ? Je n'avais plus ni larmes, ni paroles l'àme reste muette, — ce qui brûlait en elle s'éteint... L'obscurité l'a envahie et y grandit tou jours ! Deux mots : Decius meurt, vibrent ei elle... Decius !... Je n'aperçois que lui dans 1 passé... lui seul n'est pas compris, lui seul comm< un Titan reste au-dessus de ce néant... mais qu m'attire vers lui? Vautre monde est déji voué à la perdition, et à celui qui a la tête la plut haute est destiné le coup du premier éclair de h colère divine... Par quoi donc suis-je attirée vers

ii?... l'amour? Oui, l'amour, mais pour lequel ►ut est possible : — verser tout son sang, anchir des mers, mouvoir des montagnes. Dieu іі indique les voies: peut-être m'a-t-il choisie эиг faire un miracle — et me l'ordonne et m'en averra la force — et l'accomplira... 11 ne s'agit oint du vase où il a versé de l'eau vivante pour csaltérer un voyageur accablé de soif ardente... (Tombant à genoux.) Oh ! toi qui pénètres de tes haumrs et dans la profondeur des ondes et dans la rofondeur des cœurs ! tu vois que dans le mien 1 passions de la terre n'ont pas de place ! Donneіоі, ô Tout-Puissant, que je détruise son orgueil ! ue son âme soumise je sauve et t'apporte comme

[On... (Elle se lève un peu calmée, mais continue d'un ton saccadé.)

lais le temps presse : à aujourd'hui cette fête im-

.ie!... letrouverlàet attendre. Écrire à Marcellus :

un vieil ami et sûr », comme l'appelait toujours

)ecius... Ira-t-il, Marcellus? pour sauver — oh, il

Га î (Elle sort une tablette et écrit. Pendant ce temps on entend les aroles de Job.)

JOB

Et Jésus lui répondit : « Il est dit : tu ne tente- •as point le Seigneur, ton Dieu. »

JN JEUNE HOMME (descendu précipitamment par l'escalier, remet à Lvda une tablette)

De la part de Marcellus.

LYDA (prend la tablette et lui remet la sienne)

En échange, rends à Marcellus.

(Pendant ce temps la salle se remplissait toujours de chrétiens uns se joignaient au groupe de Job, les autres se groupaient différents endroits de la salle, parmi eux Glaucus. D'autres se placi sur les bancs le long des murs. Pausanius se trouve parmi eux.)

LYDA (ayant lu la lettre, s'adresse aux assistants)

Marcellus nous écrit — il vous prie — « qi « les frères ne me reprochent pas de tarder; j'a « tends et j'arriverai à l'heure même qu'on décli « rera le décret nous concernant... » iEiies'eatl

l'escalier.)

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