UN AUTRE
Peut-être qu'on révoquera la décision !
GLAUCUS
Que la volonté de Dieu soit faite ! (s'animant.) Mai pourquoi nous persécute-t-on ? Pourquoi cet achar nement? je ne puis le comprendre ! Pourquoi 1 Christ leur inspire-t-il la haine? Lui rendant à Gésa le denier, pardonnant l'ennemi, portant sa croi: avec résignation, enseignant d'aimer, d'aimer san peur et sans calcul, et d'être parfaits dans I
tonde comme est parfait le Père Céleste ! (Après une use.) Et tout de même ils viendront vers lui. Le Lai et le mensonge tomberont. Le riche et le шѵге, le simple et le savant, tous y viendront. es chemins de tous les points de la terre lesamè- 3ront tous vers le Christ. La douleur humaine, !S chagrins, toutes les tortures de l'esprit, les mrces de larmes brûlantes, tout recevra le Christ ms son cœur, tout disparaîtra dans cette mer
ms limite !... (Près du groupe cle ces jeunes gens est assis sur i banc Pausanius. Il répond aux dernières paroles.)
PAUSANIUS (sombre, avec un désespoir grandissant)
Béat soit celui qui est venu lui-même au Christ, yant sa beauté et sa pureté, comme une vierge ans les bras du fiance ; mais toi, vers qui il est escendu lui-même pour te sauver dans un nau- •age des vagues bouillonnantes — oh ! le salut te зга peut-être plus pénible que la mort dans les agues... Dans ton âme toutes les plaies anciennes rûlent comme des feux et tu entends une voix 'en haut : « Celui qui portera ma Croix — est à loi », mais tu sais qu'avec des mains pures il la orta... et les tiennes sont couvertes de sang et
ne malédiction pèse Slir toi... (H baisse la tète sur sa poiine. Les jeunes gens gardent un silence respectueux, regardant Pau- ,nius avec compassion et perplexité. Au milieu du silence on entend la )ix de Job.)
JOB
En vérité, je vous dirai : Pleure à qui il dira n'es ni chaud ni froid. L'amour — est le feu cœur — l'or ; ayant passé par le feu il deviei clair et pur...
(Pendant ce temps EUMÈNE et ARCADIUS entrent et s'arrêtent pi de Pausanius, qui reste sombre, la tète baissée.)
EUMÈNE (continuant la conversation)
Souvent j'ai pensé à toi; je te savais malhei reux. Ma mère m'a baptisé quand j'avais douz ans; je pensais donc que dans ton sort la paix< la consolation étaient chez nous, dans l'enseigne ment de Jésus — et je vois— tu viens ici! —Arcs dius, raconte-moi donc comment s'est faite ceU conversion?
ARCADIUS
Gomment répondre à ta question? L'homme en venant au monde, certes ne sait pas ce qu'il fu avant! J'étais aveugle et j'ai recouvré la vue j'étais sourd et j'ai entendu. Je ne connaissai que le corps seul, et j'ai ressenti l'esprit immor tel, l'âme vivante. Dans les autres j'ai aperçu un ame pareille et tout s'est éclairci devant moi. E tous, quoique différents, ont leurs destinées, de vant le Père Céleste sont tous ses enfants bien
imds... (Un silence.) L'obscurité est dans le passé. lue couvre-t-elle ? qu'elle le cache pour toujours, tiorte, muette!... (ii soupire.) Oui! le cœur parfois 'endolorit, mais en se souvenant... (il coupe ses paroles
percevant Pausanius, recule et le regarde avec terreur.) Dieu!... 'est lui ! c'est lui ! (Sa main sur la poitrine.) Comme le
œur bat... lui... venu aussi au Christ... pouruoi? pourquoi?... j'hésite... par quoi suis-je troulé ? (S'étant maîtrisé, il fait quelques pas vers Pausanius.) PaUSa-
.ius, c'est toi?
PAUSANIUS (en frémissant)
ArcadillS ! 0 Dieu ! (Il regarde Arcadius et, n'osant pas rendre la main tendue à lui, s'affaisse lentement sur ses genoux. Les tunes gens font place autour d'eux.) Ton persécuteur, Cellli
fui a causé ta perte.. .
ARCADIUS (tâchant de le soulever)
Oublions tout ce qui s'est accompli là, dans la
LUit !
PAUSANIUS (embrassant ses genoux)
Oh! que mon âme a langui...
ARCADIUS
Que le repos et la paix soient en elle !...
PAUSANIUS
Les années se suivaient, mais je vis toujours tfi celle où, comme un ami, je suis entré dans ta naison et en sortis après comme un assassin!
ARCADIUS
Laisse !
PAUSANIUS
Laisse-moi parler! Euphémie...
ARCADIUS (avec douleur)
Non! ne parle pas...
PAUSANIUS
Ombre sainte... elle suppliait...
ARCADIUS
Tais-toi !
PAUSANIUS (avec force)
Son dernier mot fut : sois maudit !
ARCADIUS (vivement)
Non, comme moi, elle a pardonné!
PAUSANIUS
Comme toi... Et toi... tu as pardonné... par donné... tu me regardes et tu pleures...
ARCADIUS
De joie : j'ai vaincu moi-même, moi-même
1 ailSaniUS ! (H t'embrasse et le mène dans le fond de la salle.)
(La scène se remplit toujours. Menippa et Camille se trouvent à l'avant