HA RI DEM
Connais-tu une improvisation qu'à Athènes on lui a dite à une fête? « Des champs verdoyants, dans le domaine pâle des ombres s'envola une fois Psyché, à ceux qui ont cessé de vivre apportant un souffle de vie et de bonheur. Les ombres se
ressent autour d'elle - et elles ont peur que le эіеіі d'un rayon ne regarde dans leurs ténèbres ternelles, qu'elle ne le voie et ne les quitte tout e suite, se précipitant dans le clair rayon. »
DECIUS
Psyché !...Ça lui va...
(Cwnoue entre, une massue à la main; sur les épaules, pàt-èessus ses Еш, une lUu de bête comme Héraclès. Il s'arrête au nnheu de la aile et en désignant Decius de son doigt.)
CYNIQUE
Ah ! te voilà !
VOIX DIVERSES
Perdue, la fête joyeuse ! Il s'est donc faufilé?
CYNIQUE
Ami ! De mourir lu as l'intention et tu n'as pas songé à m 'inviter pour voir la représentation! En voilàun bouquet autour cletoi! Sénateurs, mes hommages! Philosophes — mon Salut ! (Il salue en se moquant.)
Sans moi, tout de même le bouquet n'est pas complet : du milieu la rose principale manque ! 11 ne va pas plus loin que moi, l'esprit humain ! Ayant fait son cercle il est arrivé à son point de départ, et il n'a plus où avancer.
DECIUS
Je t'en prie, prends place.
CYNIQUE (en s'asseyant sur la couchette du frisé Cornélius)
Mon cher ami, retire tes pieds! que jem'asse n'importe comment, pourvu que je mange.
CORNELIUS
Assieds-toi; je ne proteste pas.
CYNIQUE
C'aurait été en vain ! Je m'assieds.
DECIUS (aux esclaves]
Une couchette!
FABIUS
Quel cochon!
CYNIQUE (ayant pris place sur la couchette de Cornélius, saisit u faisan entier et le mange, le déchirant avec ses mains)
A Néron j'ai dit qu'il ny a que deux homme au monde : lui et moi. Le reste — ça ne compti pas, c'est rien du tout! Ce que nous voulon nous le prenons, et nous ne respectons rien! I a compris tout de suite que c'était là la vrai< liberté ! Tout le reste est mensonge, (a Haridem.) Eh bien, qu'as-tu à faire des grimaces? tout est mensonge. Sois heureux de ce que t'a donné la nature ! Tu es né nu et nu tu mourras ! Dans la nature, dans cette coupe commune, il n'y a pas
LES DEUX 3I0NDES НГ*
J'écriteaux : le mien et le vôtre. Prends-y ce que :u veux, tout t'appartient, ce qui a frappé ton œil ! Et pour que les gens ne te mordent pas — mords toi-même!... Tout est là!... Regardez-les donc: [ls ont entassé des idées, des sublimités, des raffinements et n'en peuvent plus! Ils se sont découragés et se promènent la langue dehors! Néron vous corrigera! Il vous arrangera d'après Diogène ! lui-même prendra une massue, brûlera les villes et vous chassera tous dans les forêts.
DEC1US (en riant)
Et qu'arrivera-t-il après?
CYNIQUE
Il n'y aura rien du tout... surtout il n'y aura plus de philosophes !
CLAUDIUS (au milieu d'un rire général)
Il n'y aura plus de dettes, c'est encore plus important !
UN PRÉTEUR DE PROVINCE (Il se trouve à la même table que Fabius ; à son voisin Térence)
Dis-moi, mon ami, je suis étranger ici, j'habite au fond de la province... qui est ce particulier avec la massue, qui de César nous a parlé?
LE QUESTEUR TÉRENCE
Avec la massue ? Je ne sais qui de cet animal nous a fait cadeau! Il est possible que ce soit un
esclave évadé ! mais il n'a pas de signe sur gueule! Il aboie comme un chien contre tous! peine arrivé à Rome, il s'est faufilé auprès de César, et César fut enchanté de lui ! il ne lui di que « toi et moi » et César fut ravi! Il lui ordonne de porter une massue, ce qui a effrayé et surpris tout le monde!
FABIUS
H a commencé déjà à nous arranger d'après Diogène ! Ce n'est pas par hasard que Rome a brûlé !
LE QUESTEUR TÉRENCE
Heureusement qu'il aime à construire : c'est grâce à cette passion que l'on put l'en détourner ! Mais depuis cet animal se gausse àtort et à travers, nous insulte, boit et mange...
FABIUS
Et vous verrez qu'il sera au Sénat, comme cet imbécile, par exemple, Mirtil... aise tait subitement J
voyant entrer l'eunuque Mirtil, vêtu d'un vêtement étincelant. avec une, couronne sur la tête. Publius et Haridem lui offrent leurs place*. Il I accepte la place de Publius, qui va s'asseoir plus bas. Une couchette est aussi servie à Cynique, qui parfois circule autour des tables en pre- 1 nant les plats par-dessus les têtes des convives.)
HARIDEM
La santé de César?
MIRTIL
Les dieux soient loués — le soleil brille !
LE PRÉTEUR DE PROVINCE (à Térence)
Qui est-ce?
LE QUESTEUR TÉRENCE
Chut ! plus bas! si à ta peau tu tiens ! L'eunuque irtil, chantre et mime. Mais voilà comment sont is choses :
L'univers est aux pieds de César, et César luilême est aux pieds de Mirtil.
LE PRÉTEUR DE PROVINCE
C'est cela...
LE QUESTEUR TÉRENCE
Oui, oui, c'est cela, le genre neutre.
MIRTIL
Aujourd'hui fut présenté à César le projet de )alais. Tout l'édifice est doré; il est situé sur une nontagne, entouré d'une forêt entière de colonnes, rien que du marbre blanc, c'est admirable ! à l'intérieur : à chaque pas unébahissement ! Prenons la salles de fêtes: d'en haut elle sera aspergée de parfums. Les murs sont des miroirs. Le plafond s'ouvrira et subitement, au milieu delà fête, d'en haut des fleurs tomberont sur vous.
VOIX DIVERSES
Oh, charmant : tout à coup — des fleurs !
CYNIQUE
Et si toute la salle, avec les convives, on геи plissait de fleurs? Une fin aromatique ! Souffle ça César, chanteur !
FABIUS
II lui donnera cette idée, la canaille!
MIRTIL (en riant)
Une drôle de combinaison!... Ah! ce che César! Depuis trois jours il est dans un raviss^ ment: de Delphes l'autre jour fut apporté ce mer veilleux Apollon, et César passe tout son temp devant lui!... Même la nuit il s'est levé pour l1 regarder à la lueur des flambeaux.
LE GRAND-PRÊTRE ENNIUS (bas, aux avocats;
Comme je disais — ainsi il arrive : Pythie déjl est morte ! Prendre au temple et dans une salle d'orgie transporter un dieu !...
LE SÉNATEUR ASPICIUS (en quittant sa place, s'asseoit pies de Decm et lui parle à voix basse)
Je suis comme dans une obscurité profonde ! Comprends donc le César Néron : comment réunitil dans son esprit et le Cynique et FApollon?
DEGIUS (le regarde en souriant et déclame sans répondre à sa question)
« Le dieu de Delphes ! il a connu la main touteissante de Rome ! » Quand je l'ai vu pour la pre- Ière fois à Delphes, des vagues de fumée d'encens licieux remplissaient le temple comme un nuage э-ег. Des rayons tombaient sur sa précieuse mge; il semblait voler sur les nuages, et devant i fuyaient dans le lointain sans limites, pourivis de ses flèches radieuses, les titans de )bscurité !...
CORNELIUS
C'est de l'Hellade le génie : sur les terres a accompli son voyage et a jeté chez nous, Es la sévère Rome, un rayon qui nous a fait ommes.
FABIUS (de sa place, haut)
Des hommes ou non, seulement nous avons essé d'être des Romains !
CORNELIUS
Mais nous avons appris, au moins, que jusu'alors nous étions des animaux!
FABIUS
Mais nous vainquions les ennemis! la dé- >auche, comprends, nous vient des Grecs!...
CORNELIUS
Autrefois on ne mangeait que de 1 epeautre, d
froment et du fromage î...
FABIUS
Mais, en revanche, nous avions Bru tus, Cork lan! On ne changeait pas la nuit en jour... c'es répugnant de les entendre même! Oh! terril siècle! fADecius.) Dis-moi, homme sage, qui vai] mieux, le Romain ouïe Grec?
CYNIQUE (qui pendant la conversation précédente restait couché si sa peau de bête étalée par terre)
Attends! Je trancherai la question par un pro blême : un sot bavard sur le cou d'un sot d< l'espèce des simples est assis et fait courir li simple, et tous les deux se dirigent vers un fossé
Qui est le plus intelligent?... (Tous rient d un rire force Une discussion bruyante s'établit entre le grand-prêtre et l'avocat.)
LE GRAND -PRÊTRE ENNIUS (criant)
La philosophie en est cause!
GALLUS
Vaines alarmes!
LE GRAND-PRÊTRE
Ça vient des nouvelles crovances !
GALLUS
Le parricide, le fourbe, — de nouvelles voyances! mais lesquelles par exemple?
LE GRAND-PRÊTRE
Il y en a tant! de la Chaldée, de la Perse, de la Judée! Adonis, Mithra ! Les esclaves même mt un dieu à eux, libérateur de toute autorité et de tous les fers — le Christ, l'universel, voyezvous, Sauveur!
PUBLIES
Ils ont aussi une discussion; et à propos de quoi? Je suis amateur de discussions savantes !
GALLUS
Toujours de l'impiété et d'un dieu nouveau que se sont découvert les esclaves et qu'ils appellent le Christ.
PUBLIUS
Ah, les chrétiens! oui, j'en ai connaissance, je les connais... On disait qu'ils avaient brûlé Rome?
LE GRAND-PRÊTRE
On en a saisi alors plusieurs sur la place avec du feu !
ІчЕ SÉNATEUR ASPIGIUS
Ils vivent toujours isolément, et cela seul inspire la méfiance : ils se dérobent à toutes les fonctions et ne reconnaissent ni César, ni l'État de Rome!
LE GRAND-PRÊTRE (hors de lui)
Eu faisant leurs sacrifices ils boivent du sang humain !
LE SÉNATEUR ASPICIUS
On ne devrait pas les tolérer! ils sont trop dangereux! Nous tolérons beaucoup de sectes mauvaises, mais celle-là...
DECIUS (riant)
Voilà une crainte vaine ! Ce sont donc des habitants des cieux ?
GALLUS (à Hipparque)
Figure-toi ! jamais un chrétien ne m'a confié un procès !