‹ PoésiesChapitre 72 sur 80 · HIPPARQUE · texte numérisé non relu

HIPPARQUE

Oui, oui, mais pourquoi?

FABIUS

Eh bien, ceux-là sont encore pires que les Grecs ! Ceux-là travaillent dans les ténèbres, comme des

sources dans la terre, et fourrent toutes sortes de îhimères dans la tête des esclaves...

MIRTIL (se levant de sa place et d'un geste calmant le mouvement général)

Permettez ! les mesures sont déjà prises ! il est prescrit : dans les villes et ici, que demain même mis se présentent devant les questeurs et qu'ils s'inclinent devant la statue de César, reconnaissant ici même sa divinité, comme elle est reconnue par l'univers. S'ils protestent — les uns iront au cirque, où ils seront traqués des bêtes, lux autres on mettra des chemises enduites de résine, on leur enfoncera des torches dans le gosier, on les attachera aux pieux, on les allumera ît César, dans un char somptueux, entre leurs sorps flamboyants, fera une promenade nocturne ians sa capitale!

LE GRAND-PRÊTRE

Les dieux lui rendront tout cela au centuple...

FABIUS

C'est très bien ! je voudrais bien savoir à qui 3st cette idée?

LE QUESTEUR TÉRENCE

Mais sans doute à lui, à Mirtil! il s'y connaît pour amuser Rome!

MIRTIL

En tout il y en aura ici, à Rome, cent mille Dans d'autres provinces des millions...

VOIX DIVERSES

Dieu! qu'on les condamne donc tous à la mort! qu'on les arrache avec leur racine !

HARIDEM (se lève et soulève sa coupe)

Reconnaissance à celui qui veille pour nous!

La santé de César !(Les esclaves versent du vin dans les coupes) CLAMEUR GÉNÉRALE (tous se lèvent)

Vive César!

CYNIQUE (couché par terre, se lève aussi)

Lui et moi ! qu'on arrache les autres avec leur racine !

(Il arrache la coupe des mains de Fabius et boit; Fabius, derrière son dos, lui montre le poing.)

FABIUS (aux jeunes gens)

Vous auriez dû le faire boire jusqu'à ne plus tenir debout.

(Les jeunes gens attirent vers eux Cynique et le font boire.) MIRTIL (doucereux, à Decius)

Tu ne ris pas, tu ne bois pas et ne considères pas nos mesures comme nécessaires à Rome ?

DEGIUS

Des mesures inutiles ! brûler d'inoffensifs îveurs !

MIRTIL

Gomment, d'inoffensifs ? (Les désignant tous.) Et la voix Il peuple ! (Lesbie entre, habillée en reine orientale ; elle est suivie plusieurs femmes et d'une foule d'esclaves d'Ethiopie.)

GLAUDIUS

Metella ! Tullia! venez auprès de nous!

CYNIQUE

Evan ! Evohé ! chair vivante ! à nous ! à nous î

(Les femmes se joignent aux jeunes gens. Lesbie va directement vers îcius. En même temps, du côté opposé, apparaissent Lyda et Marcels, qui se placent au fond de la scène, masqués par les esclaves.)

LESBIE

Mon héros, bonjour ! je suis enchantée que tu e sois pas encore mort. Oui ! précipitamment j'ai blé jusqu'ici parce qu'il faut que je te parle!

DECIUS (aux esclaves)

Eh ! Eh ! une couchette !

LESBIE

Nous pouvons partager, si vous permettez, la ôtre. Reste là !

DECIUS

Esclave de l'éternelle Beauté, j'attends tei ordres !

LESBIE (en s'asseyant à ses pieds)

Avant tout, dis-moi à quelle coupe il ne fau pas toucher?

DECIUS

A celle-ci, qui vient de mon grand-père.

LESBIE

Depuis longtemps elle est au inonde! En or., avec une louve sur le couvercle... pas grande... e le poison — de la cuisine de Locuste?

DECIUS

Non, mon grand-père Га rapporté de TOrient un Partlie lui en a fait cadeau.

LESBIE

Tu ne me tenteras pas avec ! je veux vivre

(Haut, afin que tous entendent.) Jeviens directement de che;

César! (Mouvement général. Publius qui s'est levé, sa coupe àl main, pour complimenter Lesbie, se dépêche de se rasseoir à sa place

FABIUS

Vois donc : Mirtil est comme mordu par un ser

>ent... et elle le regarde comme Phébus regarde «bon...

LESBIE

J'ai eu le bonheur d'entendre pour la première Fois son chant... je ne connais rien de pareil! Je tne pâmais et même j'ai pleuré, oui, moi... Oui! 3t on dit que je ne pleure jamais !... Gomme il tient la lyre ! Gomme il lève son regard au ciel — un Apollon ! — Certes, Romains, vous êtes courageux! au monde vous avez imposé votre loi, mais je dirai que devant Fart vous êtes des barbares ! Rome ne vaut pas de pareils artistes! Excuse-moi, mais avec ton sentiment du beau, toi seul aurais pu l'apprécier! Il le sait...

DECIUS

Ge n'est pas à cause de ça que tu me veux gronder?

LESBIE

Eh! c'est un peu aussi pour ça...

LE QUESTEUR TÉRENCE (au préteur de province).

Tu t'es complètement effondré.

LE PRÉTEUR DE PROVINCE

Quelle beauté!... je n'espérais de ma vie en rencontrer une pareille ! Une patricienne?

LE QUESTEUR TÉRENCE

Non, elle possède une autre généalogie ; d'ori gine massilienne, le père était Gaulois et la mèr une Grecque. Il était danseur. Ayant traîné s fille par toutes les villes, il la vendit ensuite au: prêtres d'Isis. Avec leur bande elle a erré dan presque tous les pays de la terre; elle vint i Athènes, ayant sauté un peu partout avec son tam bourin et en bandelettes d'or. Là elle prit cong( des prêtres et apparut parmi nous, comme une petite fille charmante des rois du Pont — et on h croit. Elle a la stature et la mine hautaine d'un* reine. Deux lions sont attachés à la porte de soi palais. Vois, comme elle regarde : la tête penchée en arrière, les cils comme des flèches, elle foudroie de son regard ! Et le profil?

LE PRÉTEUR DE PROVINCE

Tête de Médée ! les nattes sont posées autour du front comme des serpents entortillés !

LE QUESTEUR TÉRENCE

Oui, des serpents!... Aussitôt qu'elle a dit arriver auprès de nous de chez César, mon cœur, mon ami, s'est serré. Il me semblait voir que deà serpents rampent déjà à Rome, que les fontaines jettent du poison et que, sous son regard irrésistible, tout tombe autour d'elle et meurt !

LE PRÉTEUR DE PROVINCE

Une telle beauté...

(On entend des sons de fanfares. Mouvement général.) VOIX DIVERSES

Eh! on annonce les gladiateurs! Il y aura un combat, un combat!...

CYNIQUE (au milieu de la salle)

Ah! du sang, du sang! la bête s'est réveillée. Et ils ne veulent pas vivre d'après Diogène!...

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