‹ PoésiesChapitre 15 sur 74 · LE PASSÉ · texte numérisé non relu

LE PASSÉ

Sur ramant ol sur la mailicssc, L'Aube épanilie un jour cnclianlc, El le temps semble à lein- ivresse Le seuil d'or d'une étei-nité.

Et le premier Irisson des brises, Baisant leurs fronts silencieux, Emporte leurs âmes surprises, D'une aile égale, vers les cieux!

Plus haut qiie le vol des colombes El le derniei- [)arliim des Ileurs^ Ils passent au-dessus des tombes Sans entendre couler Icii pleurs^

15t2 LA VIE.

l*asteui's du bhuic troupeau dos rêves, Une étoile, au sillon vainqueur, A guidé leurs pas sur les grèves ; Lu Dieu jeune est né dans leur cœur !

L'encens, la ciinianie et la myrrhe Brûlent dans leurs souffles mêlés ; Le chœur des anges les admire Sur le seuil des Edeus voilés.

Sous le vent des harpes sacrées.

Frémissant des mêmes accords, Connue sous des mains inspirées, Leurs âmes vibrent dans leurs corps ;

L'extase a figé les paroles Sur leurs lèvres au souille éteint, Comme la rosée, aux corolles.

Le premier frisson du matin.

D'un baiser leur chair est liée.

D'un sermeid leur être est uni, El leur ame nudtipliée Partout confine à l'infini.

Parfums errants, nuit solennelle, llynnie où l'esprit bereé s'endort.

Lis |)ur, étoile fraternelle...

Oh ! le Jjeau chemin vers la mort !

Sous leurs })as la nue est ouverte :

L'astre a laissé choir son flambeau...

L'amant fuit la route déserte, La maîtresse gît au tombeau.

An soleil d'or sitôt terniée,

0 fleur morte, immortelle fleur!

Tu reposes, ma bien-aimée!

Des deux, ton sort est le meilleur.

Ayant clos tes yeux et ta bouche, Que me fout l'air et le soleil!

— A ceux qu'unit la même couche, Dieu devrait le même sommeil.

Uuyoïiiiciiiciil discret do la lampe baissée. Douce plaiide du lin par l'aiguille mordu, Cluud léger qu'étoulTait sur sa lèvre pressée Le baiser toujours pris et toujours déleudu !

Vieiiv livre iulerroui])U de ieules causeries, Sileu 'c ({u'emplissaienl de longs eucliaulemeuts, Parfum toujours en fleur des roses défleuries^ Calme des soirs passés près des tisons fumants!

Ob', je baisje en pleurant l'aile dont tu m'effleures^

Souvenir éternel, regret inconsolé,

Amour (jui lus ma vie et qui l'es envolé,

-^ Gliarme de tous les lieux et de toules les lieures!

L'air du soir eniporlait sous les feuillages sonilft'cs, Gomme uu parfum du ciel, Tàme des voluptés; Les rôves se levaient partout avec les ombres : Celle qui fut mon cœur était à mes côtés.

Nous suivions le grand bois, paimi Iberbe mouillée, L'air au front, l'œil au ciel, la bruyère aux genoux. Et comme elle sortait, blanclie, de la feuillée, Une source se prit à gémir près de nous.

Ce sanglot sans pilié, poursuivant mon oreille. S'en fut jusqu'à mon cœur joyeux et l'aifligea : La santé fleurissait sa beauté sans pareille. Et je chercliais pourquoi l'onde pleurait déjà !

13e , LA VIE.

lY

Sur le lac, où j'ai vu passer les cygnes blancs, Un rêve îlotte et snit lenr lumineux cortège : Je vois l'ange endormi, l'enfant au corps de neige Qui soulève vers moi ses bras nus et tremblants, Ses bras pareils aux cous barmonieux des cygnes !

— El, quand le flot s'enfuit, leurs gestes nonclialants. Comme pour un adieu, tristes, me font des signes.

Dans le chœur fraternel des célestes oiseaux, Que cherche, sous l'azur, la chère ensevelie? A-t-elle retrouvé le bouquet d'Ophélie, La pâle fleur d'amour qui croît au fond des eaux?

— Quand la fraîcheur du vol des cygnes les effleure, Son haleine frissonne aux cimes des roseaux

Et me trouble, en passant, comme une voix qui pleure.

Sur le lac où j'ai vu descendre le soleil,

Un rêve flotte et suit la vision première :

Je revois mon amour couché dans la lumière,

Comme un lis abattu que teint un sang vermeil ;

Et le flot, aux rougeurs dont le couchant l'irise.

Palpite sur la grève, incessant et pareil

A la lèvre qu'empourpre im baiser qui la brise.

Des baisers ont passé, rapides et brûlants, Sur ma lèvre où jadis son âme s'est posée, Et j'ai senti saigner, toujours inépuisée, Sous l'implacable fer de mes souvenirs lents. Ma dernière douleur et mon amour première,

— Près du lac où j'ai vu passer les cygnes blancs,

— Près du lac où j'ai vu descendre la lumière.

Très-pâle ot le front ceint de marguerites, Ses grands yeux levés et qui, somnolents. Semblaient lire au ciel des choses écrites. Elle s'en allait, rêveuse, à pas lepts. Si pâle et le front ceint de marguerites !

Très-douce et ne parlant plus à la terre Qu'avec son sourire et comme tout bas, Elle allait cueillant la fleur solitaire Qu'un rêve faisait naître sous ses pas... Si douce et ne parlant plus à la terre!

Très-frêle et pareille au roseau qui penche, Un laix invisible inclinait son front. » Va, repose en paix, ma colombe blanche, Toi que plus jamais mes yeux ne verront Si frêle et pareille au roseau c|ui penche.

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