MYRTO
Le doux printemps a bu, dans le creux de sa main, Le premier pleur qu'au bois laissa tomber l'aurore ; Vous aimerez demain, vous qui n'aimiez encore, Et vous qui n'aimiez plus, vous aimerez demain!
— Le doux printemps a bu dans le creux de sa main.
Le printemps a cueilli, dans l'air, des fils de soie. Pour lier sa chaussure et courir par les bois ; Vous aimerez demain pour la première lois. Vous qui ne saviez pas cette immortelle joie !
— Le printemps a cueilli, dans l'air, des fils de soie.
Le printemps a jeté des fleurs sur le chemin Quand Myrto le remplit de son rire sonore; Vous aimerez demain, vous qui n'aimiez encore, Et vous qui n'aimiez plus, vous aimerez demain!
— Le printemps a jeté des fleurs sur le chemin*
Sur la source elle se peucha :
La source doubla sou image, Et ce fut uu charmant mirage Qu'un peu de veut effaroucha.
Sous les grands bois elle chanta :
L'oiseau doubla son chant sauvage, Et ce fut un charmant ramage Que le vent lointain emporta.
Quand j'effleurai son doux visage, Sa bouche ma bouche doubla...
Le vaut peut bnlayer la plage, 0 Myrto, que me fait l'orage?
— Ton baiser reste toujours là!
VERS POUR ÊTRE CHANTÉS. Cl
Myrto ne sait pas de chansons :
Les filles la trouvent sauvage.
— On la fuit, — et les beaux garçons Ne l'embrassent pas au passage.
Elle s'en va loin des maisons, S'asseoir près de la mer immense.
Nul ne regrette son absence :
Myrto ne sait pas de chansons.
Noël vient, vêtu de glaçons :
On danse autour du feu qui brille ;
— Nul n'invite la pauvre fille —
Mjl'lo ne sait pas de chansons.
Mais elle sait le chant austère Qui vibre au cœur silencieux, Et que n'écoute pas la terre :
— Myrto sait la chanson des cieux!
L'aiibc allume sur les coteaux L'éclair des serpes aiguisées :
Gourez, faucilles et couteaux, Au travers des feuilles rosées.
Le cep aux ramures brisées Gémit ainsi qu'un être humain.
— Douleur étrange !
Myrto, pareil à la vendange.
Mon cœur a saigné sous ta main.
Midi qui verse le sommeil Descend de la vigne à la plaine.
Les vendangeurs, troupeau vermeil.
Dorment sous sa brûlante haleine.
Gelle qui veille pour ma peine Geint son front d'un raisin sanglant.
— Parure étrange !
Myrto, pareil à la vendange, Mon désir étreint ton front blanc.
Dans les sonrds tonneaux, jusqu'au soir, Les hottes se sont écroulées.
A l'aigre refrain du pressoir Se mêlent des chansons ailées.
L'cnflmt, sur les grappes foulées Saute avec un rire ingénu.
— La danse étrange î Myrto, pareil à la vendange, Je suis meurtri sous ton pied nu !
Comme un rideau, sous la blancheur De leurs pétales rapprochées, Les lis ont enfermé leur cœur :
Les coccinelles sont couchées.
Et, jusqu'au rayon matinal, Au cœur même des lis cachées Gomme en un rêve virginal.
Les coccinelles sont couchées.
Les lis ne dorment qu'un moment .
Veux-tu pas que, têtes penchées, Nous causions amoureusement?
— Les coccinelles sont couchées.
Cocorico ! le coq chante !
C'est le clairon du matin.
Il monte nue odenr de thym
Des grands prés où tout s'enchante.
Cocorico ! le coq chante !
Cocorico ! le coq chante !
Bêtes et gens vont manger.
De la maison du berger Monte une odeur alléchante.
Cocorico ! le coq chante !
Cocorico ! le coq chante !
Entr'ouvrant ses jolis yeux, Myrto me dit, l'air joyeux, Qu'elle me hait, la méchante!
Cocorico, le coq chante !