‹ PoésiesChapitre 8 sur 74 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

Le lire, comme les sanglots, A sa ride profonde et nous creuse la joue, Et le vent, tour à tour, à notre front secoué'

Des épines et des grelots !

Meurtris aux coins de toutes choses, " Traînants ou bondissants, pâle troupeau d'amour. Nous couvrons les chemins, flagellés, tour à tour,

Par les chardons et par les roses.

Les voluptés et les douleurs.

Entourant nos bûchers, en attisent les ilamnies; Comme aux clous de nos croix, sous les lèvres des femmes,

Notre sang coule de nos cœurs !

Je sais que ma jeunesse est morte, Et n'espère plus son retour.

Le cercueil a passé la porte :

Je n'ai de regret que l'Amour.

Dans le marbre, ma main plus forte Sculpte les fleurs de mon cerveau, Mille rêves de toute sorte!

Je n'ai de souci que le Beau.

Je ne sais où le temps m'emporte.

Mais sans plainte je le suivrai :

— Nul ne sait son chemin. — Qu'importe A qui n'a d'espoir que le Vrai!

VERS POUR ÊTRE CIIAîsTÉS. 69

C'est à nos pleurs que se mesure Tout ce qui nous fut un plaisir, Et, plus profonde est la blessure.

Plus le cœur se doit applaudir.

Le mal immortel de souffrir Grandit l'humaine créature ; En vain contre le souvenir Le temps essaye son injure

Où l'Amour a vraiment passé.

— Gomme le passereau blessé.

Tombé de la cime d'un chêne,

Plus haut le bonheur nous a lui, Plus longtemps notre àme se traîne Dans l'ombre qu'il jette après lui.

70 LIilS AMOURS

Puisque n'y a peine qni dm^e, Vonldrais fester le renonvean Et tresser de fleurs un bandeau A mon amoureuse blessure.

Guidant que Lazare mui*mure D'être si longtemps au tombeau, Puisque n'y a peine qui dure, Vouldrais fester le renouveau !

Mais las!... la marâtre nature, Qui donne l'oyselle à l'oyseau, Ne me donne ce qui me fault ; Et, malgré que peine ne dure, Ne puis fester le renouveau!

Où gyt la loyauté du cœur, Puisqu'à l'amour auiour u'esl due, Et qu'ingratitude est sou heur Qui, pour tout prix, nous est rendue?

Puisque notre peine est perdue, D'en vouloir merci plein d'honneur, Et celte ivresse défendue D'être deux, n'ayant qu'un bonheur!

Amour, des tyrans est le pire, Car, oyez l'estrange martyre Où le mal d'aimer nous reduict :

Las! notre folie est la même, Et d'aimer celle qui nous fuyt, Et de fuyr celle qui nous aime !

Qui sait où s'eiiruit Le sang de nos veines?

Que de choses vaines Notre ame poursuit!

Lèvres de fleurs pleines, Qui sait, dans lu nuit.

Où le vent conduit Vos chèies haleines?

Sait tout qui sait bien, Qu'il n'est de vrai bien.

Qu'au cœur où s'attache

L'amoureux souci.

Aimons sans relâche.

Aimons sans merci!

J'ai bien foulé de douces choses Sur le chemin des cœurs blessés.

— Trop vite, j'ai cueilli les roses, Trop vite, hélas ! et pas assez !

J'ai bien vu de doux fronts de femme, De longs cheveux de fleurs tressés.

- — Trop vite j'enivrai mon âme, Trop vite, hélas! et pas assez!

De regrets, l'amour est suivie^ Qui lentement sont effacés.

— Trop vite s'écoule la vie.

Trop vite, hélas! et pas assez!

J'avais gronde inoii triste cœur Qui ne veut plus jamais s'éprendre; Il m'a dit, douloureux et tendre :

Ou m'a tué d'un ris moqueur.

El j'ai grondé mon triste cœur De s'être ainsi laissé surprendre.

Il m'a dit : sa voix était tendre, Je n'ai pas vu son ris moqueur.

J'ai pardonné mon triste cœur.

Aujoiu'd'hui je sais le comprendre.

Hélas! je meurs d'une voix tendre, Ainsi que lui d'un ris moqueur^

Je porte le cruel souci De craiudre et d'espérer sans trêve, Et je vis comme clans un rcve :

Le mal d'aimer m'a fait ainsi.

Celle que j'aime sans merci, N'eut pour moi qu'une pitié brève.

Je porte le cruel souci De craindre et d'espérer sans trêve

Le vent du soir qui, sur la grève, La vit passer, la pleure aussi.

— Moi, je vis comme dans un rêve.

Le mal d'aimer m'a fait ainsi ! -

Quand j'ai dit à TAiibo, sa sœur :

Rends-moi l'immortelle douceur Des chants de sa voix envolée, L'Aube muette s'est voilée.

Quand j'ai dit au Midi vermeil :

Rends-moi ses yeux pleins de soleil Oïl, mon âme se sentait fondre.

Midi n'a rien su me répondre.

Quand j'ai dit au Soir : Qu'as-tu fait De son beau front qui triomphait, Comme un lis dans l'azur s'élance?

Le Soir a sardé le silence.

Quand j'ai dit à la Nuit : Rends-moi Tout ce qui fut l'antique émoi, Sa beauté rayonnante et nue!...

La Nuit ne s'est pas souvenue.

Doux réveil des bois et des prés D'or et de pourpre diaprés, Rapide oiil)li des jours moroses, Salut ! printemps, père des roses !

Si tu la revois sous la fleur De sa virginale pideur, Dis à Dieu qu'il me la renvoie.

Celle qui fut toute ma joie,

— Celle qui lait tout mon souci !

Voyant que je la pleure ainsi, Printemps cruel, ramène aussi L'essaim des rires de sa bouche, Doux bruit dont mon cœur s'effarouche.

Bruit charmant, cruel et moqueur...

Ramène-moi, printemps vainqueur, L'amoureuse que j'ai servie.

Celle qui fut toute ma vie,

— Celle qui reste tout mon cœur !

S'il faut vieillir en si piteuse sorte, La Mort peut bien se hâter vers ma porte ; Je n'ai souci, des choses qu'elle emporte, Que de l'amour !

J'ai trop vécu d'avoir vécu le jour *

Où le printemps divin me resta sourd : Le vrai printemps, c'est l'éternel retour De la jeunesse!

C'est le retour de la longue caresse, Et du baiser qu'une neuve maîtresse Sur notre lèvre amoureusement presse.

Ses doux veux clos !

C'est le réveil des nids au cœur éclos, Et des chansons sans trêve, et des sanglots, Et des frissons que la main prend aux flots Des chevelures!

C'est notre sang qui monte à nos blessures. C'est la douleur de vos chères morsures, Désirs aux dents implacables et sures!

Désirs ardents !

Troupeau lascif qui fuyez, inconstants, Le sentier rude où je marche à pas lents. Qu'importe donc que je vive longtemps Ou que je meure !

Si tu n'es plus que souvenir et leurre, Charme d'aimer, seul bien qu'emporte l'heure, Qui fut ma vie et que tout bas je pleure. Désespéré !

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