IN S AN I A
'DEILTUEIL ^4T>IEU
Vous que j'ai tant aimée, 6 vous dont l'œil m'évite, Si le hasard encor me plaçait sur vos pas, Tremblante, à mes regards ne fuyez pas si vite, De moi ne vous détournez pas.
Ne vous détournez pas! Dans sa noble innocence, Mon cœur s'étonne et souffre au trouble où je vous voi. Si d'un trop haut amour la femme un jour s'offense, Jo l'ignorais; pardonnez-moi.
Xc vous détournez pas! Votre trouble me blesse. Un souvenir, des fleurs ne vous sauraient lier ! Croyez à mon orgueil autant qu'à ma faiblesse : J'aimai... mais je veux oublier.
Nul remords entre nous, nul secret, nul mystère ! De ma douleur jamais vous n'aurez à souffrir. Celui qui si longtemps sut aimer et se taire, Se taira, — dût-il en mourir !
L'amour a ses bonheurs; hélas! je les ignore. L'amour a ses tourments; je les ai trop connus. Mais, je le sens au mal poignant qui me dévoie, Bientôt je ne souffrirai plus.
Que de jours, l'âme en proie à la mélancolie, Me rappelant combien le sort te fut amer, O Tasse ! ainsi que toi j'enchaînai ma folie Dans un silence ardent et lier.
Est-ce ma faute à moi, dans une heure d'ivresse, Si, vos regards troublant ma frêle volonté, Votre main dans ma main, défaillant de tendresse, Mon cœur sur ma lèvre est monté?
Oubliez-le, ce mot, l'énigme de ma vie. Votre instinct curieux, ô femme! est satisfait. A mon tour j'oublierai, chère et mortelle amie. Le mal qui par vous me fut fait.
Allez en paix! vivez! Le monde vous réclame. En riant foulez-y mon idéal cherché.
Oh! vous saurez un jour, au vide de votre âme, Sur quel cœur vous avez marché.
L'X SOUVEKsITi 'D^IV'UIL
/Avril emplissait l'air de souffles caressants,
Aux rameaux noirs tremblaient les bourgeons rougissants,
Dans les hauts marronniers quelques feuilles frileuses
Sortaient timidement de leurs gaines soyeuses.
Comme une jeune mère aux charmantes pudeurs,
La terre se voilait de fécondes verdeurs.
Les germes s'éveillaient sous la brise plus chaude,
La cime des forêts se teignait d'émeraude;
De gazouillements clairs, de mille bruits joyeux
L'onde et l'oiseau fêtaient le pâle azur des deux.
Le merle, par instants, enivré de lumière,
Des éclats de sa voix emplissait la clairière,
Et tout semblait heureux de vivre, et, seul, mon cœur
Ne pouvait secouer sa nuit ni sa langueur.
Oh ! pourquoi la tristesse et les langueurs moroses
Quand la vie en chantant s'éveille au sein des choses?
Je ne sais; mais ton souille, o le plus cher des mois,
Avril! ton souffle ami, pour la première fois, Se jouait à mon front sans en dissiper l'ombre. Dans tes clartés baigné mon esprit restait sombre. Me rappelant ma vie aux vœux inécoutés. Et mes printemps déçus, et mes jours avortés, Je songeais tristement combien vite on oublie... Et plein de pitié tendre et de mélancolie, Tandis qu'à mes cotés tout naissait pour fleurir, Moi, d'un sommeil sans fin j'aurais voulu dormir, Et, près d'Elle couché sous la mousse embaumée, Mêler ma cendre heureuse à sa poussière aimée !