‹ Poésies (volume 2)Chapitre 82 sur 91 · V O 1. M ES NATI O N A U · texte numérisé non relu

V O 1. M ES NATI O N A U

Versez-nous votre toi, la foi sans défaillance Qui vous fit affronter, soldats transfigurés,

Mille morts, qui vous lit les vainqueurs dans Mayence, Et les maîtres des rois contre nous conjurés.

Soufflez-nous votre esprit, l'esprit patriotique Qui revêtit d'exploits la grande nation ; Qui, d'un rempart d'airain couvrant la République, La sauva de la honte et de l'invasion.

Oh! vous êtes pour nous et l'exemple et l'histoire. Ce que vous avez l'ait, vos fils le referont. A nos drapeaux trahis reviendra la victoire, Et vos lauriers par nous, ô morts, refleuriront!

Donc, du nord au midi, de l'est à l'ouest, aux armes ! Entendez-vous ce cri : « La Patrie en danger! t A nos frères tombés donnons d'abord des larmes; Puis, tous debout! et face et mort à l'étranger I

Des plages de Marseille aux mers de la Bretagne, De Lyon, de Bordeaux, de toutes nos cités, Venez! venez du bourg, du bois, de la montagne, De partout, et vengez vos foyers insultés!

Paysan, prends ta faux ! bûcheron, prends ta hache! Enfant, arme ton bras des pierres du chemin 1 Eh! qui de nous voudrait, à jamais traître et lâche, Subir l'àpre conquête et le joug du Germain?

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D'un unanime élan, d'un effort héroïque, Français, purgez vos murs de bandits forcenés! Au tocsin de l'honneur et de la République, Courez ;'i l'ennemi! frappez! exterminez!

Sous chacun de vos coups c'est un tyran qui tombe ! Dans chacun de vos coups frappe la Liberté! De ces vainqueurs d'un jour qu'une immense hécatombe Fume, et soit votre exemple à la postérité !

Comme aux champs de Morat, tombeau du Téméraire, Châtiant les forfaits du Teuton destructeur, Dressons un monument, fatidique ossuaire. Fait des restes maudits d'un peuple usurpateur!

Se partager la France, ô démence ennemie!

La Lrance ne sait pas se laisser conquérir!

Un pacte avue la mort plutôt que l'infamie!

Pour le salut commun, debout ! — Vaincre ou mourir !

Et vous vaincrez! — Soldats d'une lutte féconde, D'où le Droit et l'Honneur sortiront triomphants, Sur vos succès l'espoir de vingl peuples se fonde! Frères, vous défendez la liberté du monde Lu défendant la terre où sont nés vos enfants.

PO il MHS NATIONAUX 225

France, tu sortiras de cotte épreuve amère Pure et transfigurée aux yeux de l'univers. Dans le sang de tes fils lavée, ù pauvre mère! De l'Empire expiant l'opprobre et la chimère, Tu te rachèteras au prix de tes revers !

O revers inouïs ! désastre épouvantable ! Calamités sans nom ! immense effondrement ! O mère! en tes malheurs le ciel est équitable : De tes fautes subis la leçon lamentable! Sors libre de ta chute et de ton châtiment!

Sois libre ! Ton divorce avec la tyrannie Te rendra ta féconde et sereine fierté. Flambeau libérateur, ton lumineux génie Sous le ciel reprendra sa mission bénie, Répandant sa pensée à tous et sa clarté.

Hypocrites rongés d'une exécrable envie, Tous les porteurs de sceptre, imposteurs couronnés, T'accusent de rêver à tes pieds asservie L'Europe entière, — toi dont l'or, le sang, la vie Fut toujours la rançon des peuples enchaînés!

Ta pensée illumine et délivre ! l'épée En tes mains affranchit après avoir dompté ! Voir du joug féodal l'Europe émancipée, Voilà ton rêve à toi dans l'ardente épopée De tes combats géants contre la Royauté.

Les rois l'ont bien compris! Ils savent que ton âme D'une œuvre de salut est sans cesse en travail; Q.ue toute nation à ton contact prend flamme). .. Toi de moins sous le ciel, tel est leur rêve infâme! Ils régiront en paix les peuples, leur bétail.

Tu troubles leur repos : toi debout, toi vivante. Pour eux plus de sommeil, plus de sécurité. A ta perte conspire une haine savante:

Ils veulent, t'immolant sur ton œuvre fervente, Dans son foyer natal tuer la Liberté.

Liberté, défends-toi par la main de la France 1 France, des nations sois le bras justicier! Pour le Droit en péril, pour le siècle en souffrance, Pour les peuples trompés et pour leur délivrance, Pour ton propre salut, hors du fourreau l'acier!

Pour la dernière fois, qu'en tes mains étincelle Le fer, le fer sacré qui délivre des rois! Sans merci ni pitié, qu'à flots le sang ruisselle! Que la guerre s'embrase horrible, universelle! Mais que ce soit du moins pour la dernière fois!

Qu'après avoir dompté l'antique bai; Qu'après avoir puni l'audace et ses forfaits. Pour prix de tant de sang, hélas! et de tuerie, La Victoire, aux vaincus de la grande patrie. D'une paix magnanime impose les bienfaits.

Dieu clément, mets un ternie .uix fureurs homicides L'un sur l'autre lançant les peuples décharnés! Montre-leur le néant de leurs luttes arides, Égorgements sans but, stupides suicides De stupides troupeaux .1 l'abattoir mené'. !

Dieu de bonté, mets tin à ces aveugles haines Par qui des nations les maux sont aggravés! Pour qui donc versons-nous la pourpre de nos veines ? Quel profit tirons-nous de nos victoires vaines? Des maîtres plus cruels et des fers mieux rivés !

Dieu paternel, fais luire enfin sur notre tête Le jour de ta justice et de ta volonté! Sur la terre apaisée et sous le ciel en fête, Fais éclore et fleurir ce rêve du poète : Le règne de l'Amour et de la Liberté !

Septembre 1^70.

LE %OSSIG'K,OL •pr.T^IK-iXjT LE SILOE -D L T^tLlS

Uland tu dormais sous la ramée, Frêle oiseau, sans ailes encor, Invisible et de ruse armée, Une main sur toi s'est fermée Ht du ciel priva ton essor.

lit tu grandis dans l'esclavage,

Exilé de l'air et des bois, Rêvant peut-être un lieu sau\ Plein de silence et de feuilla Où libre put monter ta voix.

Quand tu parus dans ma retraite, Que ta voix devait réjouir, Heureux d'abriter un poète, Mon humble toit se mit en fête, Chanteur ailé, pour l'accueillir.

Rêvant pour toi paix et bien-être, Je t'installai près du foyer, D'où l'on peut voir par ma fenêtre Au vent se bercer le vieux hêtre, Au ciel le nuage ondoyer.

Mais d'abord, farouche, irascible, Comme un captif chez son geôlier, Poète au silence invincible, Tu restas froid, morne, insensible, A mon accueil hospitalier.

« Sois libre 1 Je hais l'esclavage !

Loin d'ici veux-tu t'envoler?

Pars! retourne au natal bocage! i J'ouvris la fenêtre et ta cage ; Tu refusas de t'en aller !

Reste donc, et sois béni, frère!

Tu n'as pas fui mon amitié.

Le sort m'est si dur et contraire, Que j'ai besoin, cœur solitaire, D'un cœur qui me prenne en pitié 1

Et dès lors ma sollicitude Veilla sur toi sans t'alarmer.

De me voir tu pris l'habitude, Et, soit instinct, soit gratitude, Tu finis, je crois, par m'aimer.

Chaque jour ma main fraternelle,

Te prodiguant les soins jaloux, T'offrait le grain et l'eau nouvelle; Et sur moi ta noire prunelle Dardait un regard vif et doux.

L'hiver, l'horrible hiver du Siège, Quand tout Paris manquait de pain,

par le Hun sacrili Malgré la disette et la neige, Toi du moins tu n'eus froid ni faim.

Jours d'angoisse! ù malheurs célèbres Dont mon cœur saigne avec orgueil !

Toi, pendant ces heures funèbres, Hôte muet de mes ténèbres, Ton deuil répondait à mon deuil.

Au bruit sinistre de la bombe Qui passe effleurant la maison, D'un vivant partageant la tombe.

Tu me rappelais la colombe, La colombe d'Anacréon,

Ta présence en ma nuit mon Evoquait mon soleil natal, La plaine où mûrit la jam-ro Nos monts d'azur que l'aube arrose, Tout mon beau ciel oriental ;

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Mon île austère, mais sereine, L'oasis des grands flots amers Où de l'Inde erre la Sirène, Baignant dans l'or son front de reine.

Ses pieds dans le saphir des mers.

O vision éblouissante!

Mirage aux lointaines clartés!

Dans le passé mon âme absente Oubliait de l'heure présente Les navrantes réalités.

J'entendais au pied des collines, Dans l'herbe en fleur ensevelis, Se berçant au vent des ravines.

Les chœurs ailés aux voix divines De nos frères les bengalis.

Chante comme eux ! que ma pensée.

Pleurant les maux de mon pays, O rossignol! par toi bercée, Revole vers l'aube éclipsée De mes bonheurs évanouis!

Le chant, bien mieux que la parole, Sait du sort adoucir les coups; Avec lui la douleur s'envole :

11 berce, il endort, il console Ce qui souffre et gémit en nous.

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