‹ Poésies (volume 2)Chapitre 83 sur 91 · JO I E S I P A V F. S · texte numérisé non relu

JO I E S I P A V F. S

1 11 ces temps d'atroce tuerie.

Où le Hun fourbe et carnassier Promène en nos champs sa furie.

Heureux qui peut pour la patrie Mourir aux éclairs de l'acier!

Mais la mort, cette mort qu'on brave En plein soleil, sous les cieux puis.

Nous fuit! C'est l'hiver, la faim hâve Qui nous frappent, bétail esclave, Enfermés dans nos propres mursl

Inexorable Destinée !

Forfaits par l'enfer applaudi

C'en est trop! Viens, Muse obstinée,

Voile à mon âme consternée

La hideur de ces temps maudits!

La force ici ment au courage, Le Droit est trahi par le sort.

Du vainqueur délions la r...

Comme l'Alcvon dans l'orage, Rossignol! chantons dans la mort.

uns s'ouvrir et se détendre Nos cœurs par l'angoisse envahis.

Chante, oiseau ! que je croie entendre La voix mélancolique et tendre

Que ton chant limpide et sonore Ouvre à mon esprit enchaîné Ce libre azur que l'astre dore, Nos horizons baignés d'aurore, Le beau rivage où je suis né !

.Mais non : morne, farouche, austère, Tant que l'hiver planant au ciel D'un blanc linceul couvrit la terre, Sachant souffrir, sachant te taire, Tu restas sourd à mon appel.

C'est bien, je comprends ton silence :

Quand du talon de l'étranger Notre sol subit l'insolence, Quand de partout ce cri s'élance :

« Sauvons la patrie en danger! »

Quand au bruit strident des mitrailles Qui sur nos toits pleuvent des eieux.

Se mêle, au sein de nos murailles, Le glas sonnant les funérailles U'un peuple trahi par ses dieux;

Quand l'obus-sème l'incendie Et dans nos murs et dans nos champs, Non ! ce n'est point, ô Poésie !

Ton heure à toi, l'heure choisie Pour les rêves et pour les chants.

C'est l'heure où le cœur se replie Dans un amer recueillement,

L'heure où des maux de la patrie Chacun, dans son .'une meurtrie.

Couve Cahier ressentiment ;

L'heure des détresses communes Où chacun à tous doit s'unir.

Et, navré des mêmes fortunes, Des représailles opportunes Attend le jour lent à venir.

Vienne ce jour, o mère! ô France!

Jour trois fois cher à tes enfants,

cœurs vibrant d'espérance Jaillira pour ta délivrance La strophe aux mètres triomphants!

Alors, sans fureur qui t'égare,

ir tous levant ton flambeau.

Le Hun fratricide et barbare Pourra te voir, comme 1 Sortir vivante du tombeau!

tinesl

Le silence au vaincu sied mieux.

Laissons le soleil dans nos veines, Comme la sève aux troncs des chênes.

Refaire le sang des aïeux !

Or, le froid déjà diminue.

L'air .1 des souffles caressants.

Un soleil pâle, ouvrant la nue, Fond la neige, et la glèbe nue Se verdit de gazons naissants.

Du printemps, de la paix prochaine On voit les signes précurseurs ; L'air s'azure et se rassérène, lit, là-bas, décroit dans la plaine Le flot noir des envahisseurs.

Lourds de butin, légers de gloire, Qu'ils partent repus! L'avenir, O vous qui souillez la victoire, Un jour fera dire à l'histoire Si nous savons nous souvenir.

Bientôt les lilas vont éclore, Du sol vont poindre les moissons; L'alouette au gosier sonore Dans l'azur que l'aube colore Déjà s'élance des buissons.

Déjà planent les hirondelles Autour de nos toits mutilés.

Saluant de leurs cris fidèles Nos clochers et nos citadelles Par l'Aigle noire, hélas! souillés.

Les gais moineaux à ma fenêtre

Ont repris leurs jeux querelleurs.

Leur vol réjouit le vieux hêtre, L'aïeul pensif qui les vit n.u'tre Et les berça parmi ses fleurs.

il dis iipant la brunie, Cher hôte avec moi prisonnier, Ton œil noir aussi se rallume, Et tu sens glisser sous ta plume Les tiédeurs du vent printanier.

Tu contemples de ma croisée.

Pensif en ta c.i^ d'osier, La cour de lierre pavoisée, Le bassin à l'onde irisée, La haute tige du rosier.

prit du chant en toi s'a Ton aile en trahit le fi ; Au coeur le sang te bat plus vite,

Du printemps la muse l'invite A lancer au ciel ta cha

L'ivresse dont ton .'une est pleine Dilate et soulè\

J'écoute, respirant à peine:

Enfin, de t.i gorge d'ébène

Jaillit le flot de t

Flot lumineux, gammes ailées, FJèches du son au large éclair, Vocalise aux notes perlées Tombant en grappes étoilées Dans le silence ému de l'air;

Hymne où la volupté soupire Sa riche lamentation, Cris d'amour que le cœur inspire, Musique où palpite et respire Le clavier de la passion;

Tous ces secrets, doux ou sublimes, Qu'à rendre l'homme est impuissant, Désirs, transports, langueurs intimes, O roi du chant! tu les exprimes Dans ta langue au multiple accent;

Bruits de la source au frais murmure, Soupirs du vent au sein des bois, Toutes les voix de la nature, Mélodieuse créature, Tu les résumes dans ta voix !

Verse-la donc en mon oreille, Ta voix aux magiques douceurs!

Évoque en mon Ame et réveille La vision et la merveille D'un Lden fleurissant ailleurs!

Verse, verse à pleine poitrine L'ivresse qui déborde en toi !

Qu'à ton chant ma nuit s'illumine!

Traduis dans ta lingue divine L'iJéal qui soupire en moi !

Dis le printemps, dis l'espérance.

lépart du dévastateur !

Dis le jour de la délivrance!

Dis!... Tout mon être fait sil Pour l'écouter, divin chanteur !

Divin chanteur au noir plumage.

Suave artiste au gosier d'or,

La Ivre envirait ton ramage,

lit tout barde en toi rend hommage

A la Muse au lyrique essor.

lu tu chantes, et ma retraite S'emplit d'accords et de clarté, Et ton hymne étoile, poète, De ma solitude muette A payé l'hospitalité.

Sois béni, barde prophétique,

'loi qui dans no, jours île malheurs.

Devant mon deuil patriotique,

vision stoïque, L'avenir aux e p

l'Oi. M ES MA riONAUX 257

Toi de qui la voix inspirée, Du printemps fêtant le retour, Annonce a la Cité sacrée Votre départ, horde exécrée.

Horde du Hun et du vautour;

Toi qui dans mon dme meurtrie Ravives, au jour du danger, Ma double et haute idolâtrie :

Le saint amour de la patrie, La sainte horreur de l'étranger!

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