H Y A CI NT II E ROLLAND
lieutenant-colonel d'artillerie, né à l'île Bourbon,
mortellement blessé à I.i bataille de Sedan.
1 u dors sous la terre étr.m ■ Frappé par l'obus ennemi, De mou enfance toi le frère,
I I 111.1 jeunesse toi l'ami !
Soldat au cœur stoïque et brave, Voyant nos foyers envahis, Quand vint ton heure, calme et grave, Tu sus mourir pour ton pays.
Du sein des tempêtes traîtresses Où l.t France allait s'engloutir, J'entends encor de tes détre Le cti dans mon cœur retentir :
« Surpris! perdus! — L'armée entière, Fantassins, cavaliers, chevaux, Gît sanglante dans la poussière, Comme Roland à Roncevaux.
a Revers sans nom ! sort lamentable ! Le nombre et l'astuce ont vaincu !
Rêve impossible et véritable!
Et voir cela!... J'ai trop vécu!
« Aux armes! La levée en masse!
Devant ce tlot de ravageurs Qui nous submerge et vous enlace, Levez-vous! soyez nos vengeurs!
« Fils de la ferme, enfants des villes, Tous, tous, de l'un à l'autre bout Du sol, sur ces meutes serviles Ruez-vous en armes! — debout!
« Des francs-tireurs, des volontaires Lancez sur eux les bataillons!
due ces bandits incendiaires Trouvent la mort dans vos sillons !
« Derrière vous faites le vide !
Brûlez maisons, fourrage et grain !
Que des pillards la horde avide Autour de vous meure de faim !
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a Prenez la (aux! prenez l.i hachel Prenez la fourche et le bâton !
Frappez sans trêve et s.ms relâche !
Chassez du pays le Teuton !
t Nous restons, nous, à la frontière Pour la défendre et vous couvrir !
due la France se lève entière.
Jetant son cri : a Vaincre ou mourir!
Ainsi, le soir d'une bataille.
Tu m'écrivais. Le lendemain, Tombant sur un lit de mitraille, Tu t'affaissais, Cépée en main;
lit couché dans ta froide bière, Pour toujours tu t'es endormi.
Toi qui par le cœur fus mon frère!
Toi de ma jeunesse l'ami !
O guerre, irie,
Sois maudite sur son cercueil!
De mon frère et de ma |
Je porte au cœur le double deuil!
Sois maudite, horrible prêtresse De l'horrible dieu des combats!
Frappé d.ms ma double tendresse, Désormais que faire ici-bas?
Sois maudite, atroce Mégère, Toi qui m'as pris ce que j'aimais !
Il dort sous la terre étrangère :
Que faire ici-bas désormais?
Hélas! ma vie est orpheline.
Seul avec nos espoirs trahis, Enfant de la même colline, Pour te pleurer je te survis.
Tombez, tombez, larmes discrètes Que n'essuira plus l'amitié !
Coulez, ô blessures secrètes, Dans l'ombre où je fuis la pitié !
Et toi, Muse aux chastes caresses.
Du passé descends à ma voix !
Endors mes présentes tristesses Au chant des bonheurs d'autrefois.
142 LES EPAVE:
C'était un lils Je nos savanes, Une âme dont la loyauté De nos cicux clairs et diaph l Reflétait la limpidité.
II naquit dans mon île heureuse, Aux pics neigeux, aux verts palmiers:
Une même vallée ombreuse Abrita nos songes premiers.
Il rêvait bataille et victoire, Au temps de sa verte primeur; Les fiers récits de notre histoire Charmaient sa belliqueuse humeur.
Un beau fait de chevalerie Mettait l'éclair en son regard ; i\ hantaient sa rêverie, i héros était Bavard.
Dans l'enfant l'homme se révèle, Le fruit s'annonce dés la fleur :
Il fut dans une ère nouvelle Un servant de l'antique honneur.
La gloire à son brûlant mirage, Jeune encor, l'avait fasciné :
Chevalier perdu dans notre âge, En d'autres jours que n'est-il né!
Nature aimante autant que fière, Cœur d'or sous l'armure d'acier, Rude pour la fortune altiére, Tour le malheur hospitalier,
Il sut toujours vers l'humble peine, Qui se dérobe en sa pudeur.
Venir discret et la main pleine Des saintes aumônes du cœur.
tiue de lois, dans la défaillance Du rêveur sous le sort ployé, l'ai repris sève et confiance, Mon bras sur son bras appuyé !
Ravivant mon âme alanguie, Sa force employait la douceur :
Du frère il avait l'énergie Et les tendresses de la sœur.
La franche équité du créole Vibrait dans ses moindres accents; lit du succès jamais l'idole N'a connu son loyal encens.
: 1 } LES IPAVES
Brave et sûr comme son èpée,
Au Droit vaincu gardant sa foi, Jamais la victoire usurpée Ne l'a vu plier sous sa loi.
Comme l'eau qui sort Je la roche Dans nos montagnes de granit, Ame limpide et sans reproche, Loin de la source où fut son nid,
Au milieu des camps et des villes, Partout où son flot l'a porté, Il traversa nos mœurs serviles Sans y souiller sa pureté.
Fuyant tout chemin qui dévie.
De la faveur n'acceptant rien, Il mena droit sa noble vie :
Il vit le mal et crut au bien ;
Et, soldat au devoir fidèle.
Quand vint son jour, vaillant martyr, Comme le héros, son modèle, Pour son pays il sut mourir.
I' O È M E S MA I IONAUX 2 \ ;
Et maintenant, loin de notre ile Aux pics neigeux, aux palmiers verts, 11 dort dans son dernier asile, L'ami que je pleure en mes vers.
Il dort, et je ne sais pas même Sous quel tertre, dans quel caveau, 11 a trouvé, tranquille et blême, L'hospitalité du tombeau.
J'ignore en quels lieux il repose, J'ignore où prier et venir, Où puisse poser son pied rose La colombe du souvenir.
Revoie aux bois de notre enfance. Revole, oiseau, vers nos grands bois!
(l'est là qu'en sa Heur d'innocence Notre àme habitait autrefois.
C'est là qu'habite encor son ombre, C'est là qu'elle erre au bord des mers. Au pied du morue abrupt et sombre Que blanchit l'onde aux flux amers.
Il aimait ce lieu solitaire, Où la flèche des tilaos Mêle sans lin sa plainte austère A la plainte sans lin des flots;
Où le vent qui vient des ravines, Sur la grève aux cailloux polis, Porte imprégné d'odeurs divines Le chant plaintif des bengalis.
Plage ombreuse où la brise et l'onde, Et l'oiseau, tout semble gémir :
C'est là, dans cette paix profonde, Qu'il espérait un jour dormir.
C'est là, dans cette anse isolée, Verdoyant Êden de la mort, Qu'à son tour ma nef exilée Viendra trouver l'abri du port.
C'est là qu'avant moi revenue, Fidèle à son premier séjour, Sun .'une, à cc-> beaux lieux connue.
M'attend, sure de mon retour;
POI M ! s X A I ION A.OX 2JJ
Là que nos ombres fraternelles, Dans la paix îles nuits sans réveil.
Au bruit des vagues maternelles, Dormiront leur dernier sommeil.