‹ PoésiesChapitre 17 sur 48 · DIEUX ET 'KÉTO'K.SE A V,CES AÙCIS TDE L'ILE DE F%A-X.CE · texte numérisé non relu

DIEUX ET 'KÉTO'K.SE A V,CES AÙCIS TDE L'ILE DE F%A-X.CE

Nos Jeux îles sont sœurs, vous êtes notre frère. D...

1 oÈTE, en vain tu me compares Au rossignol, barde des airs ; Je crains l'éclat dont tu me pares, Je crains de trop croire à tes vers.

Mes lèvres, de bonheur muettes.

Boiraient au miel de tes accents; Car, tu le sais, dieux et poètes, Ami, se nourrissent d'encens.

Gardons le sceptre à de plus dignes !

Ma muse est ta plus humble sœur.

Du verbe harmonieux des cygnes Sa voix n'eut jamais la douceur.

Dans nos jours où parfois se mêle Un chant d'espoir aux chants troublés, Je n'ai connu de Philomèle Que les soupirs inconsolés.

Sombre aussi fut ma destinée, Bien lourds aussi mes maux soufferts.

Ma vie aussi fut enchaînée, Ma muse aussi connut les fers !

Mais Dieu, qui permit ma souffrance, A mes lèvres n'a point donné L'hymne vaillant de l'espérance, L'h)'mnc aux conquêtes destiné !

Pour lutter je n'eus d'autres armes Q.ue ma pauvre lyre et mes pleurs ; Et c'est toujours dans l'eau des larmes Qii'en secret éclosent mes fleurs.

Si la douleur fait l'harmonie, Les cœurs me souriront un jour.

Mais, quoi ! tu parles de génie A moi qui n'ai rêvé qu'amour.

Je suis cet oiseau de passage Qui n'a de voix que pour gémir.

Et qui s'en va de plage en plage.

Fait pour chanter et pour mourir.

Enivré d'un ciel sans orage, Oubliant la brume et les flots, Il chante à l'arbre qui l'ombrage Des chants qui n'auront point d'échos ;

Des chants que l'arbre qui l'accueille, Des chants que l'onde aux frais roseaux Verra tomber avant sa feuille, Verra tarir avant ses eaux.

Qu'importe ! Il n'est d'écho qui dure.

Et la fleur passe avant l'été.

Ami, la gloire et la verdure Sont sœurs par la fragilité.

Du bonheur pleurant le veuvage, Semblable au pèlerin ailé, J'erre au hasard, loin du rivage Où mes jours d'enfance ont coulé.

Pour moi la saison rigoureuse, Hélas! a devancé le temps.

Et ma tristesse harmonieuse N'eut point à chanter de printemps.

La douleur connaît mon visage ; Jeune encor j'appris à souffrir.

Oh I je suis l'oiseau de passage.

Fait pour chanter et pour mourir.

Mais, quels que soient l'homme et la rive Que ma nef aborde en son cours, Si la terre où ma barque arrive M'ouvre ses bras pour quelques jours ;

Séduit par la beauté des âmes, Séduit par la beauté des lieux, D'un ciel plus doux sentant les flammes Inonder mon cœur et mes yeux,

Je chante, heureuse créature.

Enfant par les muses hanté, Je chante l'homme et la nature, Je chante l'hospitalité.

Sois donc béni, toi dont la lyre M'accueille en frère sur ces bords 1 Béni dans ton heureux délire !

Béni dans tes heureux transports!

Que le flot à ma nef contraire Pour toi n'ait jamais de rigueurs !

Que toujours il te porte, ô frère !

Vers des groupes d'îles en fleurs.

Qii'un vent frais chasse tout nuage Q.ui pourrait voiler tes beaux jours.

Et, doux chanteur, qu'un doux feuillage Abrite tes douces amours!

Des muscs garde en toi la flamme !

Sois gai I sois aimant! sois vainqueur 1 La joie est la santé de l'âme !

L'amour est la santé du cœur !

Q.u'à ta lèvre ivre d'harmonie Le ciel, prodiguant les accords, Donne, avec le pain du génie, Le pain que réclame le corps 1

Et toi, sois à jamais bénie, Vierge nature, ô vierge sol 1 Terre, berceau de Virginie, O terre où vit l'ombre de Paul !

Ile où tant d'àmes fraternelles Etonnent mon cœur converti 1 Ile où tant d'amitiés fidèles A mon espoir n'ont point menti !

De tes jours que l'arbre prospère N'ait jamais de fruit avorté !

Que pour tes fils tout sage espère Une intelligente unité!

Garde à tous d'égales tendresses !

Surtout sois douce aux cœurs brisés 1 Ils ont tous droit à tes caresses, Qu'ils aient tous part à tes baisers!

Et moi, dont la lyre éphémère Pour t'aimer ne vaut pas mon cœur.

Chéris-moi comme une autre mère, Moi qui suis le fils de ta sœurl

Port-Louis, île de France, 1842.

LiTL ciel est pur, la vague est douce. O diaphane, 6 belle nuit !

Au souffle tiède qui le pousse Notre vaisseau vogue sans bruit.

Bleu cristal que nul vent ne plisse, Le ciel est comme un lac dorm.-mt. Sur le saphir la lune glisse, Nacelle de nacre et d'argent.

Au lent roulis qui nous balance.

L'équipage s'est endormi ; Seul avec l'onde et le silence.

Seul, je veille et cause> à demi.

Ici, l.i brise dans la voile A des soupirs pleins de douceur; Là-bas, luit une large étoile, QjLii me sourit comme une sœur.

Laissant de vaporeux sillages Dans leur course au-dessus des eaux, Au bord du ciel de blancs nuages Errent comme de blancs agneaux.

Le cœur plein de volupté triste, Les yeux perdus à l'horizon, Je songe au doux saint Jean-Baptiste, L'enfant à la blanche toison.

Tout est repos, tout est mollesse :

Une lumineuse fraîcheur Al'enivre, me berce et me laisse Des rêves d'ange et de blancheur.

Je sens couler en tout mon être Un ineffable apaisement :

Du monde où nous devons renaître N'est-ce point un pressentiment?

Je voudrais prier pour répandre Mon trop-plein de vague bonheur, Mais ma voix se refuse à rendre La paix aimante de mon cœur.

Lune, nacelle de lumière.

Toi qui passes sur mon front nu, Porte ma muette prière Jusqu'au tronc de l'Inconnu.

Dis-lui que sur ces tièdes lames Où vient se jouer ton raj-on, L'œil baigné de tes belles flammes, J'ai vers toi murmuré son nom ;

Dis-lui que dans mon sein qu'oppresse Le poids de ta sérénité, Une ame a frémi de tendresse Devant ta pieuse clarté;

Dis-lui que j'aime et que j'aspire.

Dis-lui mon chaste enivrement; Dis... ce que l'homme ne peut dire Ni ne peut taire entièrement !

[/■N. CL^dlll T>E LUKiE SOUS LES mOTIOUES

A LA MÉMOIRE DE JOSSELIN DUPONT, DE L ' i I. E MAURICE

VROMBI EN de fois, ô lune, en ces paisibles heures Où l'ombre de la nuit s'épand sur nos demeures, Qiiand ton globe d'argent montait à l'horizon. J'ai promené mon rêve à travers le gazon Où tes rayons lactés glissaient avec mollesse ! Des saules éplorés éclairant la tristesse. Tu dormais à mes pieds sur la mousse et les fleurs, Et, du dôme des bois perçant les profondeurs. Tu blanchissais là-bas les filaos des tombes. Les rocs du cap Bernard que hantent les palombes. Tu planais sur les monts comme l'ange des nuits. Et ta calme lumière endormait mes ennuis;

Et la belle-de-nuit, frêle et mystérieuse, S'ouvrait aux blancs reflets de ta clarté rêveuse. Comme elle je sentais mon cœur s'épanouir, Et les troubles secrets en moi s'évanouir. Et sous ton disque pur dont le jour la captive, Et seule à mes côtés, la muse moins craintive A la brise des soirs abandonnait ses vers Que semblait écouter le silence des airs.

Et cette nuit, sur l'onde où ma nef est bercée, Je m'abandonne encore à ma vague pensée En te voyant flotter sous le ciel vaste et pur, Comme un navire aussi dans une mer d'azur. Qu'il est doux de rêver à tes muettes flammes Qui viennent près de moi se jouer dans les lames ! Tu semblés effleurer d'un vol mystérieux Le flot calme et sans fond de l'océan des cieux; Et le raj'on qui pleut de ton globe nocturne Vient baigner ma paupière et mon front taciturne.

Bel astre, n'es-tu pas le fortuné séjour

Des vivants dont les yeux se sont fermés au jour.

L'asile aérien, la flottante demeure

De ceux qui sont partis et qu'ici-bas l'on pleure?

Peut-être que l'un d'eux, en ce même moment

Où mon œil te contemple au fond du firmament.

Suit des claires hauteurs de ta paisible sphère

Notre globe natal, notre Éden, notre terre.

Dont l'orbe voyageur, dans l'étlier emporté,

De l'espace et du temps parcourt l'immensité.

Ah! quand la mort bénie aura clos ma paupière,

Mon àme libre enfin de sa prison grossière,

Dans ce fluide étlier déployant son essor,

Ira se reposer sur ta planète d'or !

Là, tel qu'un exilé dont la vue attendrie

Revoit avec ivresse et larmes sa patrie,

Mais qui, des jours passés gardant le souvenir,

Songe au pays lointain qu'il apprit à bénir;

Ame heureuse et rendue à la cité première.

Je chercherai des yeux à ta pâle lumière

La très chère planète où j'ai reçu le jour

Et la suivrai longtemps d'un long regard d'amour.

Je me rappellerai les lieux où mon enfance

Croissait libre et déjà songeuse, et sans défense;

Où j'écoutais — soupir monotone et lointain —

La complainte du nègre et du bobre africain;

Où le souffle clément des brises alizées

Rafraîchit de nos fleurs les urnes épuisées ;

Où l'oiseau du Bengale et les jeunes ramiers

Viennent fermer leur aile à l'ombre des palmiers ;

Où les ruisseaux suivant leur cours par les savanes

Portent leur frais murmure au seuil de nos cabanes.

Je me rappellerai mon splendide soleil

Fécondant nos rochers de son rayon vermeil.

Et ces arbres dont l'ombre, abritant ma jeunesse,

Berçait de mes vingt ans l'africaine mollesse :

L'épais tamarinier où j'aimais à m'asseoir.

Et qui ferme sa feuille aux approches du soir;

Le letchy balançant ses grappes de fruits roses, Le manguier de son dôme ombrageant les jam-roses, Et la colline ombreuse exhalant ses fraîcheurs, D'où l'œil voit sur les mers la barque des pêcheurs ; Le front aérien des Salazes sublimes Dont aucun pied humain n'a profané les cimes. Je me rappellerai les bords de la Dumas, Les plaines du Champborne aux sveltes mimosas : C'est là que j'ai grandi sous les yeux de ma mère ; C'est là que s'élevait son agreste chaumière, Dont le toit dominait les vastes champs de riz, Comme un nid balancé par les rameaux fleuris. Je me rappellerai ces lieux de ma naissance Qu'une enfant, notre sœur, parfumait d'innocence; Et mon âme et mes yeux auront des pleurs d'amour, Et sous l'azur béni du céleste séjour.

Mariant ses accords à ma voix attendrie, La lyre chan.tera ma terrestre patrie.

ÉLÉGIE E'K. DiCEX T^Tl U-X.E T O U %CiC E 'K.T E

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