‹ PoésiesChapitre 40 sur 48 · LE CREPUSCULE · texte numérisé non relu

LE CREPUSCULE

Mais pourquoi devancer l'heure des glas funèbres? En attendant la mort n'avons-nous pas l'oubli? Bénissons nos soleils même au sein des ténèbres ! Chantons pour oublier, chantons, doux bengali !

Voici des soirs pourprés l'heure calme et sereine. Au sein des mers, lassé d'un radieux essor, L'astre du jour s'abaisse et lentement ramène Sa paupière d'azur sur sa prunelle d'or.

Voici l'heure où, semant dans l'air ses violettes, Le crépuscule passe au front des pics ailiers. Le chasseur des grands bois, le pêcheur des îlettes, De leur chaume à pas lents reprennent les sentiers.

De bleuâtres vapeurs ondulent par les plaines. Les mille bruits du jour s'éteignent sous les cieux. L'abeille, les oiseaux, les mouches, les phalènes Dans les buissons muets dorment silencieux.

Déjà sous la rosée et les brises nocturnes

Les mimosas frileux penchent leurs rameaux noirs;

Mais la belle-de-nuit lève ses fraîches urnes

Où se pose et frémit le papillon des soirs.

La cloche du planteur vibre sur les savanes.

Sa voix jusqu'à la mer sonne la fin du jour.

Au fond des chemins creux, le long des champs de cannes.

Nègres et bœufs, là-bas, reviennent du labour.

De son seuil, comme au temps du patriarche antique. Le colon voit rentrer ses Noirs et ses troupeaux; L'appel du soir se fait, et dans le camp rustique Bientôt tout est silence, obscurité, repos.

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