‹ PoésiesChapitre 42 sur 48 · LA LUNE · texte numérisé non relu

LA LUNE

Mais l'orient s'emplit d'une clarté nouvelle : Ame aux ailes d'opale, âme aux grands yeux rêveurs, Du sein moiré des flots la lune lente et belle Sort, inondant la nuit de divines blancheurs.

Sur la brune falaise où la vague déferle.

Sur les ombreux vallons, sur les caps veloutés,

JFlotte en nappe d'argent sa lumière de perle :

Les eaux, les bois, les monts ruissellent de clartés.

Elle monte, et des airs où son vol se balance. Son long regard, planant sur un monde endormi, Des profondes forêts blanchit le vert silence : L'oiseau trompé s'éveille et gazouille à demi.

Dormez, heureux oiseaux! le jour est loin encore; Attendez pour chanter que l'aube soit au ciel. Vos ramages joyeux, gardez-les pour l'aurore; Ne troublez point des nuits le calme solennel.

Quelle voix cependant s'élève des collines?

Est-ce un soupir de l'homme? est-ce un soupir des flots i

Il semble qu'en passant la brise des ravines

Avec l'odeur des bois m'apporte des sanglots.

Pauvre esclave, c'est toi ! Tout repose, et tu veilles : La terre en vain sourit à son astre enchanté, Que t'importent des nuits les tranquilles mers'eilles ! Les nuits, pour toi, les jours, ont perdu leur beauté.

Debout sous le palmier dont l'ombre à ses pieds traîne, Là-bas, le voyez-vous, pensif, les yeux baissés? La lune brille en plein sur sa tête d'ébène : L'esprit des souvenirs pleure dans ses pensers.

Aux rêveuses lueurs qui tombent des cieux calmes, Les chères visions d'un passé regretté S'éveillent : il revoit sur la terre des palmes La cabane où jouait sa jeune liberté.

Devant ces frais tableaux si purs dans l'esclavage. Son cœur s'ouvre : au silence il conte ses douleurs, Et si triste est sa plainte en sa douceur sauvage, Que l'ange de la nuit l'écoute avec des pleurs.

Chante et pleure à l'écart, pauvre enùnt de l'Afrique ! Ton chant, c'est ta prière; exilé sur ces bords. Fais monter jusqu'à Dieu ta voix mélancolique : Tout un monde enchaîné gémit dans tes accords.

Et nous, doux bengali, pour ce Noir, notre frère, Chantons aussi 1 Chanter, poète, c'est prier. De ce nouveau Joseph parlons au commun Père. Prions, ô bengali! prions pour oublier!

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