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LA PRIERE

O Père universel qui régnez sur les mondes, Roi de l'immensité, maître de l'infini, Par l'espace et les temps, les airs, les feux, les ondes, Père ! que votre nom à jamais soit béni.

Comme aux plages du ciel, que sur l'humaine rive Chaque être veuille au gré de votre volonté ! Sur cette terre en pleurs que votre règne arrive, Le règne de l'amour et de la liberté !

Assez longtemps, Seigneur, l'esclavage et la haine Ont divisé ce monde et déchiré nos cœurs. Q.u'à votre souffle ardent se fonde enfin la chaîne Où, rivés aux vaincus, gémissent les vainqueurs!

Assez longtemps Cain et sa lignée injuste En opprimant la terre ont fait douter du ciel : Contre l'arbre homicide ayez soin de l'arbuste 1 Seigneur, prenez pitié de la race d'Abel 1

Ce que j'implore, ô Dieu 1 ce n'est point ta vengeance. J'ai vécu : mon esprit est pur d'inimitié. Pour l'homme et sa misère et ma propre indigence, Je n'ai plus rien au cœur qu'une immense pitié.

Il fut un àgc où, plein Je juvéniles fièvres, Devant le crime heureux mon esprit s'irritait; Où, l'indignation brûlant mes jeunes lèvres, Vers toi de ma poitrine un hymne ardent montait.

Hélas! c'est que j'entrais à peine dans la vie : De justice altéré, dans le bien ayant foi. Ame aspirant toujours, toujours inassouvie, Je voulais l'idéal qui gémissait en moi;

C'est que, des jours faisant le dur apprentissage. Des êtres les plus cliers frappé sur mon chemin. Je sentais l'amitié, fragile appui du sage. Se brisant sous mes doigts, m'ensanglanter la main;

C'est que, partout blessé dans mes rêves austères. Devant le fait brutal, mon regard consterné Voyait, agenouillés, tes prêtres adultères Trahir ta cause aux pieds de Satan couronné;

C'est qu'au sang des martyrs trempant leurs mains cruelles, Je voyais les bourreaux railler les dévoûments. Et que, perdue enfin dans ses doutes rebelles. Mon âme errait en proie aux épouvantements !

Des lamentables faits interrogeant les causes, C'est alors que, sondant ton insondable loi. Suprême Ordonnateur des esprits et des choses. Du mal que je voyais je n'accusais que toi ;

C'est alors que, s'ouvrant au désespoir farouche, Ma lèvre a blasphémé mes espoirs avortés, Et qu'au vent de l'orgueil qui soufflait sur ma bouche, De mon sein a jailli l'hymne des révoltés;

C'est alors qu'aveuglé sur mes propres souillures, Maudissant le spectacle à mes regards offert, Ma voix... — Oublie, ô Dieu 1 ce cri de mes blessures : Je ne veux plus haïr ceux' par qui j'ai souffert !

J'abjure devant toi l'orgueil de mes colères! L'exemple du pardon sur la croix fut donné. Dans mes pleurs repentants j'ai lavé mes misères : Pardonnez-nous, Seigneur! Nous avons pardonné.

Du fond de ma tristesse et de mes solitudes, De mes besoins vers vous la voix se tourne enfin : Je vous demande, avec le pain des fortitudes, Ce pain quotidien dont notre corps a faim.

Comme à l'herbe des champs, comme à la fleur brisée, Votre main, chaque soir, verse la goutte d'eau. Dieu de force ! épanchez dans notre ame épuisée Ce qu'il lui faut d'espoir pour porter son fardeau.

De ce monde de trouble et de latte et de chaîne, Depuis longtemps mes yeux se détournent lassés. Laissez-moi m'envoler vers l'étoile prochaine ! D'un jour plus pur. Seigneur, baignez mes yeux blessés.

Mais s'il faut ici-bas poursuivre mon épreuve, Retremper mon esprit au creuset des douleurs Et, vidant jusqu'au fond la coupe où je m'abreuve. Vivre pour mériter, Seigneur, de vivre ailleurs;

Que tes ailes du moins, invisibles égides. Dans les assauts du doute abritent ma raison ! Maintiens-moi calme et ferme en mes espoirs rigides ! Dans ma nuit, montre-moi ton astre à l'horizon !

Qiie dans un siècle en proie aux basses frénésies.

L'amour du juste soit ma seule passion !

due le succès du lâche et ses apostasies

Ne soient point pour mon âme une tentation !

Que le Protée impur, ce digne roi d'un monde Où le droit n'est qu'un mot, où la force est la loi, Que le fait triomphant, ce tentateur immonde. Dans l'absolu du bien n'ébranle point ma foi !

Confessant l'avenir du sein de nos défaites. Que je vive demain tel qu'hier je vécus 1 Fidèle au sang versé par les martyrs-prophètes. Que mon esprit toujours reste avec tes vaincus!

Mais sous l'onde acharnée où, troublé, je m'affaisse, Si tu vois s'abîmer l'homme et son idéal, Rappelle-toi, Seigneur, ce cri de ma faiblesse. Le cri des humbles cœurs : « Délivrez-nous du Mal ! »

LES SOLEILS D'OCrO'B%E

/iux jours où les feuilles jaunissent,

Aux jours où les soleils finissent,

Hélas! nous voici revenus;

Le temps n'est plus, ma bien-aimée.

Où sur la pelouse embaumée

Tu posais tes pieds blancs et nus.

L'herbe que la pluie a mouillée Se traîne frileuse et souillée; On n'entend plus de joyeux bruits Sortir des gazons et des mousses; Les châtaigniers aux branches rousses Laissent au vent tomber leurs fruits.

Sur les coteaux aux pentes chauves, De longs groupes d'arbustes fauves Dressent leurs rameaux amaigris;

D.iiis l.i forêt qui se dépouille.

Les bois ont des teintes de rouille; L'astre est voilé, le ciel est gris.

Cependant sous les vitres closes, Triste de la chute des roses, II n'est pas temps de s'enfermer; Toute fleur n'est pas morte encore; Un beau jour, une belle aurore Au ciel, demain, peut s'allumer.

La terre, ô ma frileuse amie 1 Ne s'est point encore endormie Du morne sommeil de l'hiver...

Vois ! la lumière est revenue :

Le soleil, entr'ouvrant la nue.

Attiédit les moiteurs de l'air.

Sous la lumière molle et sobre De ces soleils calmes d'octobre, Par les bois je voudrais errer !

L'automne a de tièdes délices :

Allons sur les derniers calices, Ensemble, allons les respirer!

Je sais dans la forêt prochaine, Je sais un site au pied du chêne Où le vent est plus doux qu'ailleurs;

Où l'eau, qui fuit sous les ramures, Échange de charmants murmures Avec l'abeille, avec les fleurs.

Dans ce lieu plein d'un charme agreste, Où pour rêver souvent je reste.

Veux-tu t'asseoir, veux-tu venir ?

Veux-tu, sur les mousses jaunies.

Goûter les pâles harmonies De la saison qui va finir?

Partons! et, ma main dans la tienne, Qu'à mon bras ton bras se soutienne !

Des bois si l'humide vapeur Te fait frissonner sous ta mante, Pour réchauffer ta main charmante Je la poserai sur mon cœur.

Et devant l'astre qui décline.

Debout sur la froide colline.

Et ton beau front penché sur moi,

Tu sentiras mille pensées.

Des herbes, des feuilles froissées

Et des bois morts, monter vers toi.

Et devant la terne verdure.

Songeant qu'ici-bas rien ne dure, Q.ue tout passe, fleurs et beaux jours.

3o8 POÈMES ET PAYSAGES

A cette nature sans flamme

Tu pourras comparer, jeune âme,

Mon cœur, pour toi brûlant toujours!

Mon cœur, foj'cr toujours le même.

Foyer vivant, foyer qui t'aime.

Que ton regard fait resplendir !

due les saisons, que les années, Que l'âpre vent des destinées Ne pourront jamais refroidir !

Et quand, noyés de brume et d'ombre, Nous descendrons le coteau sombre.

Rayon d'amour, rayon d'espoir, Un sourire, ô ma bien-aimée !

Jouera sur ta lèvre embaumée Avec les derniers feux du soir.

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