LETTRE A
Eh quoi ! madame, vous voulez que je vous parle
des Pamplemousses, que je vous dise mes impressions en voyant pour la première fois la douce vallée où vous êtes née, où vous avez passé une partie de votre enfance, et que vous avez quittée si jeune encore 1 Vous voulez, dites-vous, revenir avec moi dans ces beaux lieux que vous aimez toujours, visiter la petite église de votre quartier natal, vous promener sous les calmes ombrages du jardin créé par le génie bienfaisant de Poivre; vous voulez enfin savoir si vos souvenirs sont fidèles. Hélas 1 quelles descriptions, quelles riches réalités pourraient valoir jamais nos souvenirs? Ils jettent sur le passé un voile qui l'idéalise et nous le rend de plus en plus regrettable. \'ous le savez mieux que personne, vous qui, dans les bonheurs d'une vie facile et reposée, au sein d'une j existence couronnée de toutes les félicités de la fa- I mille, vous surprenez souvent à rêver avec larmes à votre enfance sous les bois, à vos courses par les plaines, à vos chères Pamplemousses. J
Les Pamplemousses! quel nom charmant! Q.uelle % vallée plus charmante encore ! Comment vous la décrire? Où trouver des paroles limpides et d'assez fraîches couleurs pour rendre le tableau que les années ont laissé si vivant en vous? Je vous obéirai pourtant, car je sais qu'à mon insuffisance suppléera une imagination riante comme vos savanes fleuries. Et d'ailleurs, un seul mot jeté en passant, un nom de village, d'arbre ou de fleur, ne suffisent-ils pas pour évoquer ces mille gracieux souvenirs qui som-
meillent dans notre âme, et qui, au dire du poète, n'attendent souvent, comme les oiseaux, qu'un souffle pour s'éveiller et chanter!
Après quatre-vingt-dix jours d'une pénible traversée, nous abordions enfin les côtes de cette île qui a changé de nom en changeant de domination, mais que je veux toujours désigner sous son doux nom d'Ile de France. — Ah 1 que la vue de la terre est donc douce lorsqu'on a longtemps été sur la mer! Que d'ennuis oubliés dans cette heure de joie qu'on appelle l'arrivée 1 La brise tiède qui vient du rivage est chargée d'arômes; l'air n'a plus cette saveur saline de l'Océan; le flot est, comme le ciel, transparent et bleu ; on entend sur les mats les cris de l'oiseau blanc des tropiques qui semble saluer votre venue ; on aperçoit au loin, se détachant peu à peu sur les flancs bruns des montagnes, les vertes habitations des colons; à mesure qu'on approche tout se dessine, tout prend forme et couleur, et, lentement porté vers le port, on voit glisser, comme un changeant panorama, des rives chargées de la plus riche végétation. — Tableaux mouvants! surprise et joie des yeux! douces émotions de l'atterrissage ! heureux qui vous a connus! Plus heureux encore celui qui se savait attendu sur le rivage !
Quant au voyageur que le hasard seul ou l'inquiétude de voir a poussé sur les rives de l'Ile de France, après le repos que réclament les fatigues d'une longue traversée, il se rappelle qu'il a d'abord à visiter la
romantique vallée qu'a consacrée le génie de Bernardin de Saint-Pierre.
La ville, avec son église aux tours jumelles, ses maisons encloses de jardins, son camp Malabar, son Champ de Mars où s'élève le tombeau du général français Malartic, son fort Adélaïde posé comme un nid d'aigle sur une crête pierreuse, et déroulant de loin sa menaçante ceinture de batteries ; la ville n'est pas ce qu'il désire le plus connaître. Il est à quelques milles du port un coin de terre discret, une vallée ombreuse peuplée des plus chastes souvenirs; c'est là qu'il veut aller se reposer des flots et oublier devant une nature magnifique et douce les orageuses émotions de la mer.
Vous trouverez peut-être, madame, que je m'arrête bien peu dans votre jolie ville du Port-Louis. Comment! pas un mot de sa position si pittoresque au pied de la montagne du Pouce; pas un mot de ses fraîches demeures aux tonnelles de lianes et de jasmin, de son beau port enfermé de collines, de ses rues si animées, si vivantes, où l'on voit étalés à la vitre des magasins les plus précieux tissus de l'Inde et de la Chine? — A cela que vous répondre, sinon que je viens de quitter la mer et que j'ai soif de verdure et d'ombre! — A Dieu ne plaise que mon silence vous parût de l'indifférence ou du dédain! J'aime votre petite et gaie capitale, qu'on a si bien nommée le Paris des mers de l'Inde. Le goût de ses habitants pour les plaisirs et les élégances de la vie, et
surtout leur cordiale affabilité, séduisent dès l'abord et captivent l'étranger. Pour être quelque peu anglaise par les mœurs, la langue et certaines habitudes acquises de comfort, la société de votre pays n'en est pas moins encore toute française par le cœur : son vif esprit est ouvert aux choses de l'intelligence; elle aime l'art et l'accueille; elle le fête même à l'occasion; son hospitalité est alors des plus empressées.
Un jeune poète voyageur, arrivé presque en même temps que moi dans la colonie, y fut reçu avec les témoignages de la plus flatteuse distinction ; mais, je vous le répète, madame, mon intention n'est pas de vous entretenir ici de la vie mauricienne; je veux seulement vous dire ma visite aux Pamplemousses. Et pourquoi ne vous l'avouerais-je pas? moi aussi c'était là que m'appelaient avant tout mes sympathies de voyageur.
Je suis de ceux qui à tous les étonnements de la cité préfèrent les charmes simples de la nature; j'admire les œuvres de l'homme, mais j'aime les bois.
Madame votre sœur, près de laquelle vos lettres m'.avaient ménagé une bienveillante réception , comme si elle avait deviné mes impatientes curiosités, m'offrit de me servir de guide dans mon pèlerinage. Le jardin des Pamplemousses est souvent pour elle et ses enfants un but de promenade matinale; quelquefois même, pendant l'ardente saison, elle y va avec sa petite famille passer des journées entières. Vous jugez, madame, si j'acceptai .avec reconnaissance. Il fut
convenu, pour éviter la chaleur, que nous partirions avant le lever du soleil, et dès le lendemain, au second coup de canon du port, c'est-à-dire à cinq heures du matin, nous traversions en voiture, elle, sa belle enfant et moi, la grande et large rue de Paris. Bientôt disparaissent derrière nous les boutiques encore endormies du camp Malabar, le fort qui domine la ville, et, plus loin, les monticules déboisés qui la ferment i l'est. Nous voici sur la grand'route; le jour se lève à peine; sous la lueur crépusculaire, on distingue au nord les lignes bleues de la mer; au sud, les ondulations des collines, et, dans l'azur pâle du ciel, les cimes aiguës du Pa;ter-Boot. Approchons ! Voici les Lataniers, cette charmante demeure cachée sous les feuilles! Des bouquets de bananiers et de cocotiers entourent ses jardins ; ses murs, à hauteur d'appui, sont chargés de lianes, et sa porte s'ouvre d'ellemême sur la route comme pour inviter à entrer. La rivière, ou plutôt le ruisseau des Lataniers, baigne tout un côté de cette habitation, et va, à quelque distance de là, se perdre dans les galets de la plage. Ce ruisseau, que traverse le canal Bathurst, descend du Val-des-Prctres, où Bernardin de Saint-Pierre a placé les scènes pastorales de Paul et Virginie. Du chemin l'œil peut remonter le cours de la rivière; des marges d'herbes plus vertes en décèlent la présence; parfois on la voit scintiller comme une ligne d'argent; parfois elle disparaît sous des bouquets de goyaviers pour se remontrer plus haut et disparaître
encore entre les mille accidents du terrain. Des arbres gracieux qui jadis lui versaient leur ombre, il ne lui reste plus désormais que le nom; leurs troncs élancés, leurs larges palmes ouvertes au vent comme des éventails, ont fait place à l'épaisse végétation des savanes. — Oh ! la délicieuse impression que celle qui nous vient de la nature au moment de son réveil! Rappelez-vous, madame, une de ces radieuses matinées comme vous en avez tant vu sous le beau ciel de votre île. Nous nous étions arrêtés un instant pour admirer le paysage qui se déroulait sous nos yeux et respirer les fraîches brises descendant des crêtes de Paeter-Boot. Le soleil venait de paraître ; les grandes herbes de la plaine étincelaient comme des épis de diamants; dans l'air passaient les ailes blanches et rapides des oiseaux pécheurs; les cimes des montagnes étaient couvertes de lueurs rosées, et de bleuâtres vapeurs flottaient sur le bassin des ravines, s'élevant lentement de toute part comme la respiration de la vallée. Nous n'étions pas seuls à jouir de cette merveilleuse scène. A quelques pas de nous se tenait un jeune homme que je reconnus bientôt pour l'artiste étranger dont je vous ai parlé tout à l'heure. Dès qu'il nous aperçut, il quitta brusquement la route et s'enfonça dans le sentier boisé qui conduit au Val-des-Prèires. Nous devions le retrouver aux Pamplemousses.
De riches plantations s'étagent sur les flancs de Pxter-Boot et l'entourent d'un aniphithé.itre de ver-
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dure et de maisons; de distance en distance s'élèvent aussi de pauvres cases en paille, qu'on prendrait de loin pour des nids d'oiseaux suspendus aux saillies des rochers. C'est là que demeure une population active et industrieuse; adonnée au jardinage, elle cultive les légumes et les fruits qui alimentent le marché du port. Cette partie de la colonie, véritable jardin potager de la ville, est l'une des plus favorisées pour la température. Abrité des vents par les montagnes, son bassin circulaire est sans cesse rafraîchi par les ondées que lui versent les nuages se dirigeant vers les cimes prochaines. Aussi les maisonnettes de ce plateau se sont-elles multipliées; peu à peu elles sont descendues vers la plage; aujourd'hui elles longent la grand'route et la bordent de leurs haies d'aloès. Les bananiers ont remplacé ces tamarins séculaires dont les branches touffues, les feuilles petites et serrées, versent une ombre d'une pénétrante fraîcheur. Le nègre accablé de fatigue et de soleil y déposait autrefois son fardeau et se reposait des longueurs du chemin ; il n'était pas rare aussi d"y rencontrer des marchands ambulants et des colporteurs; sur l'herbe s'offraient à la vue du voj^ageur des fruits de toute espèce, et celui du cocotier a dû souvent le désaltérer de son eau légèrement acidulée. Mais, hélas ! madame, arbres et fruits, tout a disparu. Au silence d'une route solitaire a succédé l'agitation d'une sorte de rue poudreuse et champêtre; plus d'étalages sous la ramée ! mais de pauvres boutiques où vivent dans
l'indolence quelques familles d'Indiens et de Chinois. Cependant nous avons dépassé la dernière ; les groupes d'arbres ont reparu; à droite et à gauche ce sont des champs de cannes ou de maïs, et par une pente insensible nous arrivons sur les bords déserts de la rivière des Calebasses.
Ses rives sont couvertes de roseaux et de songes sauvages; elle s'avance sans murmure sous un berceau de bambous dont les longues tiges inclinées laissent pendre au fil de l'eau des guirlandes de lianes aux cloches de safran et d'azur. Tout un peuple d'oiseaux anime ce site agreste : ici brille comme une fleur de pourpre le cardinal au corsage de feu; là le bengali violetaux plumes mouchetéesde blanc se berce en chantant sur nnt fataque mouvante; plus près de nous, l'oiseau de la Vierge, aux habitudes familières, voltige et boit sur les feuilles la rosée du matin. — La verdoyante solitude ! on se surprend à y rêver utie vie abritée, des jours fermés à tous les bruits, à tous les intérêts du monde. Et puis, quels souvenirs n'éveille pas cette silencieuse rivière ! Elle me rappelle le solitaire de la montagne Longue; elle passait à la porte de sa modeste habitation. Q.ue de fois ne futelle pas témoin des désespoirs de Paul et des hautes consolations du vieillard! Pour distraire son jeune auîi, il le conduisait vers ces eaux paisibles ou l'entraînait sous les profondeurs calmantes des bois. Il .uirait voulu verser dans son cœur la sérénité ambiante de la nature. Quelquefois encore, pour relever
son courage, il lui disait sa vie à lui-même, vie pleine d'amertume et d'enseignements. Mais que pouvaient des paroles sur l'àme à jamais blessée du frère de Virginie? Il est des pertes qu'on ne répare qu'en Dieu ! Après une courte station, nous nous remîmes en marche. La rapidité des chevaux, le spectacle varié de la campagne, les naïves exclamations de la belle enfant que j'avais à mes côtés, tout invitait mon esprit à de plus riantes pensées. De temps à autre passait auprès de nous quelque noir ha:^ardier allant au port avec un panier de fruits sur la tête et un gai refrain créole aux lèvres. Le chemin s'abrégeait de mille causeries; c'étaient des questions sans cesse renouvelées sur vous, madame ; votre sœur me demandait si vous vous plaisiez en France, si vous ne regrettiez pas la colonie ; et nous parlions de Nantes, votre ville d'adoption, de mon prochain retour en Europe, lorsque tout à coup nous vîmes sortir du milieu des arbres le clocher de l'église des Pamplemousses. Nous n'étions plus qu'à une petite distance du village ; un ruisseau nous en séparait encore. — Ce ruisseau est celui des Citronniers, où viennent les laveuses blanchir et étendre leur linge. — Nous l'avons traversé et nous montons vers le hameau; les maisons se resserrent, le mouvement augmente : la voiture se détourne, nous voici enfin dans le village. L'église est au centre, gracieusement posée sur une vaste pelouse fermée par un rideau d'arbustes. La croix de la tour regarde le couchant; derrière se déroulent les magnifiques om-
brages du Jardin des Plantes; à gauclie est le presbytère et le cimetière où croissent, parmi les tombes, le laurier-rose et le filao ; à droite sont de riches plantations, et l'on voit, entre les hautes flèches des cocotiers, la blanche colonnade de Moiiplaisir, la villa aux eaux vives, ancienne résidence des gouverneurs de l'île. Cette église est petite, mais touchante de grâce et de simplicité; elle semble, de son verdoyant plateau, sourire à toute la campagne. Ses murs, couverts de mousse, de scolopendre et de grappes de lierre, portent cette empreinte de vétusté que les années seules déposent sur les monuments, et que l'homme devrait toujours leur laisser. A l'intérieur, elle est de la plus coquette propreté; les bancs et la chaire sont soigneusement entretenus. Ici point de vitraux peints ni d'ombres mystérieuses; de larges fenêtres donnent passage à un jour limpide et clair ; tout cela est sans faste, doux, lumineux et frais ; on se sent bien dans le pays des brises et des palmiers ! Le maîtreautel est beau, orné avec goût; les deux autres autels sont consacrés, celui de la nef gauche à la Vierge, celui de la nef droite à saint François d'Assise, patron de l'église. Il y a peu de tableaux; le plus remarquable est une Sainte Famille d'après Raphaël. A une Asccusioii d'après le Guide, à une toile représentant les Quatre Pères de l'Église, il faut joindre un Salut François d'Assise dû à l'habile pinceau d'un de vos compatriotes, M. Emile Michel. Cette dernière toile, dont le peintre créole a doté la paroisse, a été faite, dit-
on, d'après Velasquez. — Vous le voyez, madame, cette pauvre chapelle n'est plus ce que vous l'avez connue! Le temps lui a apporté parure et richesse. Espérons qu'elle s'embellira encore, mais souhaitons qu'on lui conserve ce caractère de sainte rusticité qui s'harmonise si parfaitement avec le paysage d'alentour.
La paroisse des Pamplemousses est une des plus anciennes de l'Ile de France. Dès 1734, M. le chevalier de Nyon, premier gouverneur pour les Français, s'y était transporté pour faire choix d'un emplacement convenable et y élever un édifice religieux. Ces premiers projets n'eurent pas de suite. En 1742, M. de la Bourdonnais marqua d'une croix le tertre où fut bâtie plus tard (vers 1756) la jolie église que je viens de visiter avec vous. M. de la Bourdonnais avait une préférence marquée pour le quartier des Pamplemousses, ainsi appelé de l'arbre importé de Siam, et qui, par ses soins, s'y naturalisa facilement. Cette préférence du gouverneur, ou plutôt du créateur de la colonie, a laissé d'utiles et nombreux souvenirs. Il faisait de fréquentes tournées dans le village pour surveiller lui-même et encourager les naissantes habitations. La proximité de la ville, la fertilité du sol, la douceur de la température, tout y attirait et contribuait à une prompte colonisation. M. Poivre, l'intendant général des iles de France et de Bourbon, y jeta les fondements du Jardin botanique et de la villa de Monplnisir. M. Céré, l'excellent créole, rintclli-
gent ami des plantes, y demeura également; mais ce n'est point à Monpiaisir que je veux vous mener, madame, c'est à ce calme et beau jardin dont la porte s'ouvre si près de l'église. Entrons-}-; l'heure avance, le soleil commence à se faire sentir; allons nous asseoir un instant sbus ces dômes aux profondes ramures, non loin de ce bassin aux ondes transparentes où la jam-rose laisse tomber son fruit, la grenadille ses larges fleurs; où nagent, entre la chevelure flottante des limons et sous les feuilles veloutées des songes, des bandes de petits poissons de nacre, de pourpre et d'or. Quelle ombre embaumée tombe de ces berceaux ! quelle placidité dans l'air ! Oasis de verdure, cette retraite charmante renferme une variété infinie d'arbres et de plantes, exotiques richesses des contrées lointaines; leur feuillage se mêle, leurs fleurs se sourient; mille parfums se fondent en un parfum ; c'est une harmonieuse confusion de formes et de couleurs. S'abandonnant en liberté à ses larges caprices, ici la nature s'épanouit avec plénitude. Que de grâce et que de force ! Le soufile de la vie court et frémit sur toutes choses; on sent respirer l'arbre, on sent aimer la plante. Voyez comme à travers ces feuilles la lumière se joue vive et brisée ; comme la tête délicate des fougères ruisselle des diamants du matin ! Entre les panaches des branches s'ouvrent en aigrettes des bouquets de baies de rubis; le long des troncs moussus, sur les palmes satinées, glisse, luisante émeraude, le lézard, ami du soleil; aux marges des bas-
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sins frissonne la libellule; le papillon se pose sur le calice entr'ouvert des nénuphars; c'est partout un bruissement d'ailes, un murmure de brises et d'eaux, et sur cet ensemble de jeunesse et de fraîcheur plane un calme divin, le silence des chastes solitudes!
Cependant ces bosquets, solitaires pendant les six jours de la semaine, s'animent le dimanche d'un peuple de promeneurs. Ils viennent en famille oublier aux Pamplemousses les fatigues et la chaleur de la ville. On choisit une place couverte au bord de quelque ruisseau; on y dépose les paniers contenant les provisions de la journée, et chacun d'errer à sa fantaisie à travers des allées et des massifs d'une luxuriante végétation. Il est telle touffe de bambous qui à elle seule suffit pour abriter une nombreuse réunion : leurs tiges immenses et flexibles s'inclinent jusqu'à terre et forment des salles vertes circulaires impénétrables aux raj'ons du soleil. Ce beau lieu fourmille d'accidents imprévus : tantôt l'œil s'égare sur un parterre où croissent les plantes les plus rares, tantôt sous des voûtes mystérieuses qui se prolongent indéfiniment et se terminent par des nappes d'éblouissantes clartés. Je vois encore ce vaste bassin semé de distance en distance de petites îles de ravinales : des poules d'eau, au corsage bleu, allaient de l'une à l'autre et en égayaient la verdure; c'était tout un paysage du plus charmant effet. On passerait ici bien des heures à sentir et à réver ; mais, si bien qu'on soit dans cet Éden, il est temps d'en sortir, madame, et, si vous voulez, nous en ga-