‹ Poèsies. Avec un commentaire inéditChapitre 10 sur 162 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

D'entendre ce qui sort de leurs bouches damnables, Et ses yeux d'assister aux tourments qu'on lui fait

Il paît, et la douleur qui d'un morne silence Entre les ennemis couvroit sa violence, Comme il se voit dehors a si peu de compas, Qu'il demande tout haut que le sort favorable, Lui fasse rencontrer un ami secourable, Qui touché de pitié lui donne le trépas.

En ce piteux état il n'a rien de fidèle

Que sa main qui le guide où l'orage l'appelle ;

Ses pieds, comme ses yeux, ont perdu leur vigueur;

11 a de tout conseil son ame dépourvue ,

Et dit, en soupirant, que la nuit de sa vue

Ne l'empêche pas tant que la nuit de son cœur.

Sa vie, auparavant si chèrement gardée.

Lui semble trop long-temps ici bas retardée ;

C'est elle qui le fâche et le fait consumer;

]1 la noiume |)arjure, il la nomme cruelle.

Et toujours se plaignant que sa faute vient d'elle,

11 n'en veut faire compte et ne la peut aimer.

Va, laisse-moi, dit-il, va, déloyale vie;

Si de te retenir autrefois j'eus l'envie,

Et si j'ai désiré que tu fusses chez moi ,

Puisque tu m'as été si mauvaise compagne ,

Ton infidèle foi maintenant je dédagne ;

Quitte moi, je te quitte, et ne veux plus de toi.

in l'OKSIKS

Suiit-ce tes beaux desseins, meiisoiiijièie et ine< li.iiil»', Qu'une seconde luis ta malice m'enchante l-t nue pour letaider ui:e heure seuh-ment La nuit déjà [Jiochaine à ta courte journée, .le demeure en danger (jue Tanie, (jui est n«'e Pdur ne mouiir jamais, meure éternellement '

Non, ne m'abuse plus d'une làchtî pensée;

l.e coup encore frais de lua cbide (tassée

Me doit avoir appris à me tenir debout ,

Kt savoir discerner de la trêve la i^nerre,

Des richesses du ciel Us fanges de la tene,

Kt d'un bien (pii s'envole un ipii n'a point de bout '

si queli|u'un d'aventure en délices abonde.

Il se perd aussi tôt et déloge du monde;

Qui te porte amitié, c'est à lui cpie tu nuis;

Ceux qui te veulent mal sont (eux que tu conser\('>

Tu vas à qui te fuit, et toujours le réserves

A souffrir, en vivant, davaidage d'ennuis.

On voit [)ar ta rigueur tant de blondes jeunesses, 'laid de riches grandeurs, taid (riieureuses Nieillesse>

I. Iiiiliiule asseiuhlniTc rie di-ux siiuililii(li'< iiirolicrfiile^. Il accuupli- <lo iii'iiie iiilleuis <leux iiielupliurcs (|ui n'ont auitin ruppoil.

(jdL'l astre niiillitMiroux uni fitrliini' ;i bâlie!

lest poiirlant un defiim doiii il -c ini'ijiiail bi-.MKonp (liez ii-s iuiinr.

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TJVRK I.

tn fiijant le trépas, au trépas arriver; Et ((^liii qui chétif aux misères succombe, Sans vouloir autre bien que celui de la tombe, N'ayant qu'un jour à vivre, il ne peut l'aclievei ' !

Que d'hommes fortunés en leur âge première, Trompés de l'inconstance à nos ans coutumièio -, Du depuis se sont vus en étrange langueur ; Qui fussent morts contents, si le ciel amiable Ne les abusant pas en ton sein variable , Au temps de leur repos eût coui)é ta longueur .'

Quiconque du plaisir a son ame assouvie, Plein d'honneur et de bien , non sujet à l'envie , Sans jamais en son aise un malaise éprouver. S'il demande à ses jours davantage de terme , Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied ferme De voir à son beau temps un orage arriver ?

Et moi, si de mes jours rimportune durée JNe m'eût en vieillissant la cervelle empirée. Ne devois-je être sage , et me ressouvenir D'avoir vu la lumière aux aveugles rendue , Rebailler aux muets la parole perdue, Et faire dans les corps les arnes revenir?

1. Voilà Irois beaux vers, surtout le dernier qui ist divin. A. Cuemer.

2. Je regrette beaucoup ce mot-là, surtout après l'usage qu'en a fait Coiiieille dans Polyeucle:

Et mes veux éclaires des célesles lumières

Ne trouvent plus aux .siens leurs grâces (outumières.

A ClUMEK.

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