‹ Poèsies. Avec un commentaire inéditChapitre 12 sur 162 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Mais leur sort fut si bon que d'un même naufrage Ils se virent sous l'onde et se virent au port.

Ce furent de beauK lis qui, mieux que la nature, Mêlant à leur blancheur l'incarnate i einture Que tira de leur sein le couteau criminel, Devant que d'un hiver la tempête et l'orage A leur teint dtlicat pussent faire dommage, S'en allèrent fleurir au printemps éternel.

Ces enfants bienheureux (créatures parfaites, Sans l'imperfection de leurs bouches muettes) Ayant Dieu dans le cœur ne le purent louer, Mais leur sang leur en fut un témoin véritable; Et moi , pouvant parler, j'ai parlé , misérable , Pour lui faire vergogne et le désavouer.

Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vis ne me fait que dommage; Cruelle occasion du souci qui me nuit ! Quand j'avois de ma foi l'innocence première, Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière ' , Je n'aurois pas la peur d'une immortelle nnft.

Ce fut en ce troupeau cpie, venant à la guerre Pour combattre l'enfer et défendre la terre, Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa; Par eux il commença la première mêlée,

i. Trois beaux vers. .V Cbe.mer

14 i'()i:sii:s.

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Qui vniidra se vanter avec eux se iom[)are, D'avoir reçu la mort par un ;;laive barbare, Kt d'ôtre allé s«»i-niôme au martyre s'offrir ; L'bonneur leur appartient d'avoir ouvert la porlf A quiconque osera, d'une ame belle et forte. Pour vivre dans le ciel en la terre niourii-.

O (lésirabie Un de leurs [icines passées !

Leurs pieds, qui n'ont jamais les orduies pressées,

Un superbe planclier des étoiles se font ;

Leur salaire payé les services précède ;

Premier que d'avoir mal ils trouvent le remède,

Lt devant le combat ont les palmes au front.

Que d'aj)plaudissements, de rumeur et de presse, Que de feux , que de jeux, (jue de traits de caresse, Quand là- liant en ce point on les vit arriver! Et quel [ilaisir encore à leur courage tendie, Voyant Dieu devant eux en ses bras les attendre, Et pour leur faire lionneur les Anges se lever * !

Et vous lémmes, trois fois, quatre fois bienheureuse; De ces jeunes Amours les mères amoureuses,

i. Bonn labU'iiu en dtux vers! CtSl Vassurgert' des I.aliiis. l tque l'irn Phœht chorus assurre.rerît ninnis.

\. CllEMKn

livrh: I 15

Que faites-vous pour eux, si vous les regrettez? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables, Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables , Ou de porter envie à leurs félicités.

Le soir fut avancé de leurs belles journées ' ;

Mais qu'eussent- ils gagné par un siècle d'années ?

Ou que leur avint-il en ce vite départ,

Que laisser promptement une basse demeure,

Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure

Aux plaisirs éternels une éternelle part ?

.Si vos yeux pénétrant jusqu'aux choses futures Vous pouvoient enseigner leurs belles aventiîres. Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs, Que vous ne voudriez pas pour l'empire du monde N'avoir eu dans le sein la racine féconde D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs.

Mais moi, puisque les lois me défendent l'outrage Qu'entre tant de langueurs me commande la rage ,

). Le même vers que jai noté p. Il Peut-être à celle source uous de>oiiï le vers divin de La Fontaine :

« Rien ue trouble sa On, c'est le soir dun beau jour. » Pétrarque a dit en un vers délicieux, par la boucbe de Laure :

« E compi niia giornata inanzi sera. » Et moi, dans une de mes élégies :

« Je meurs : avant le soir j"ai uni ma journée. '

A. Chenier.

ir, l'OLSIL.s

\A qn il ne laul soi-iuôine f'tcintlrc son llamlitaii ; Que m'est -il tlemeiirt^ pour conseil »'t pour armes. Que d'écouler ma vie en un (leuve dt- larmes, Et la chassant de moi l'envoyer an tombeau :•

Je sais bien que ma lanj^ue ayant commis rotïense. Mon cœur incontinent en a fait pénitence. Mais quoi ! Si peu de cas ne me rend satisfait. Mon lejiret est si faraud, et ma faute si grande, Qu'ime mer éternelle à mes yeux je demande Pour pleurer à jamais le [)éclié que j'ai fait.

Pendant que le chétif en ce point se lamente , S'arrache les cheveux, se hat et se tourmente, En tant d'extrémités cruellement réduit, Il chemine toujours; mais rêvant à sa peine, Sans donner à ses pas une règle certaine , Il erre vagabond où le pied le conduit.

A la fin é;;aré (car la nuit qui le trouble Par les eaux de ses pleurs son ombrage redouble), Soit un cas d'aventure , ou que Dieu l'ait permis , 11 arrive au jardin, où la bouche du traître. Profanant d'un baiser la bouche de son maître, Pour en priver les bons aux méchants l'a remis.

Comme un homme dolent que le glaive contraire ' A privé de son fils et du titre de père,

I ( iintiairc ,\>n\iy tiuit'nii. A Cheîiikii.

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