LIVRE I
Plaignant deçà, delà, son malheur avenu, S'il arrive en la place où s'e^t fait le dommage , L'ennui renouvelé plus rudement l'outrage En voyant le sujet à ses yeux revenu ;
Le vie.llard, qui n'attend une telle rencontre, Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait , De nouvelles fureurs se déchire et s'entame, Et de tous les pensers qui travaillent son ame L'extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n'a rien qu'une tristesse peinte ; Ses ennuis sont des jeux, son angoisse une feinte, Son malheur un bonheur, et ses larmes un ris, Au prix de ce qu'il sent, quand sa vue abaissée Remarque les endroits où la terre pressée A des [>ieds du Sauveur les vestiges écrits.
C'est alors que ses cris en tonnerres s'éclatent , Ses soupirs se font vents, qui les chênes combattent. Et ses pleurs, qui tantôt descendoient mollement, Ressemblent un torrent qui, des hautes montagnes, Ravageant et noyant les voisines campagnes, Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément '.
Il y tiche ses yeux, il les baigne, il les baise, 11 se couche dessus, et seroit à son aise.
\ Ces irois vers, niellant à part ce qui les piétède, soiil heaux et dune harmonie pleine et sentie. \. «'utiMEn
IR l'oisil.s
S'il poiivoit avec eii\ à jamais s'atlaclici Il (Icinfture muet du i('s[ioc.t cju'il leur porte : Mais ciifiu la dituleur, se rendant la plus toifc Lui tait encore un eoup un<* plaint»' arracln'r.
Pas adoiés <le moi quand par accoutumance Je n'aurois, comme j'ai, de vous la connoissanc**, Tant de perfections vous découvrent assez ; Vous ave/, une odeur des parfums d'Assyrie; Les autres ne l'ont pas, et la terre llétrie Est belle seulement où vous êtes passés.
Beaux pas de ces seuls pieds que les astres connoissenl Comme ores à mes yeux vos marques apparoissent ! Telle autrefois de vous la merveille me prit, Quand , déjà demi-clos sous la vague profonde , Vous ayant appelés, vous affermîtes l'onde, Et m'assurant les pieds m'étonnAtes l'esprit.
•Mais, ô de tant de biens indigne récompense !
O dessus les sablons inutile semence !
Une peur, ô Seigneur ! m'a séparé de toi ;
Et d'une ame semblable à la mienne jtarjure.
Tous ceux qui furent tiens, s'ils ne t'ont fait injure,
Ont laissé ta présence et t'ont manqué de foi.
De <louze, deux fois cinq étonnés de courage,
Par une lAclie fuite évitèrent l'orage,
Et tournèrent le dii> quand tu tus as>ailli;