‹ Poèsies. Avec un commentaire inéditChapitre 14 sur 162 · LIVRE I lU · texte numérisé non relu

LIVRE I lU

L'autre qui fut gagné d'une sale avarict-. Fit un prix de ta vie à l'injuste supidice; Et l'autre, en te niant , plus que tous a tailli.

C'est chose à mon esprit impossible à comprendre, Et nul autre que toi ne me la peut apprendre, Comme a [)U ta bonté nos outrages souffrir. Et qu'attend plus de nous ta longue patience, Sinon qu'à Tliomnie ingrat la seule con-cience Poit être le couteau qui le fasse mourir ?

Toutefois tu sais ti)ut, tu connois qui nous sommes, Tu vois quelle inconstance accompagne les hommes. Faciles à tlécbir quand il faut endurer. Si j'ai fait, couune un honnne, en faisant une offense. Tu feras, comme Dieu, d'en laisser la vengeance. Et m'ôter un sujet de me désespérer.

Au moins, si les regrets de ma faute avenue M'ont de ton amitié quelque part retenue, Pendant que je me trouve au milieu de tes pas. Désireux de l'honneur d'une si belle tombe, Afin qu'en autre part ma dépouille ne tombe, Puisque ma fin est près, ne la recule pas.

En ces propos mourants ses complaintes se meuieiit : Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent , Pour le faire en langueur à jamais consumer. Tandis la nuit s'en va, ses hunières s'éteignent.

^0 l»()ESIES.

Kt déjà (levant lui les ( aiupaynes se peignent Du safran (pie le jonr apporte de la mer '.

L'aurore d une main, en sortant de ses portes, Tient un vase de lleurs languissantes et mortes, Klle verse de l'autre une cruche de pleurs; Kt d'un voile tissu de vapeur et d'orage 2 Couvrant ses cheveux d'or, découvre en son visage Tout ce (}u'une ame sent de cruelles douleurs.

Le soleil, qui dédaigne une telle carrière, Puisqu'il faut qu'il déloge, éloigne sa barrière; Mais comme un criminel qui chemine au trépas , Montrant que dans le C(jeur ce voyage le fâche, 11 marche lentement, et désire qu'on sache Que, si ce n'étoit force, il ne le feroit pas.

Ses yeux par un dépit en ce monde regardent , Ses chevaux tantôt vont , et tantôt se letardent , Eux-mêmes ignorants de la course qu'ils font ^•, Sa lumière pâlit, sa couronne se cache;

1. Il est fâcheux que l'impossibilité d'employer C3 mot de safran nous force de renoncer à une image agréable et que les anciens aimaient

.\ Chemeh.

2 Ce quatrième vers est un des plus poétiques et des plus beureux qu'il y ait dans noire langue et dans aucune langue. A. CerMER.

3. Expression latine dont notre langue a été enrichie par l'usage heureux qu'en a fait Despréaux :

« Mais sans cesse ignorants de nos propres bi-soins. »

Corneille a dit :

« Savante a ses dépens de ce qu'il savait faire. >■

et c'est légèrement que .M. de Voltaire l'eu a repris. \. Ciiemeb

Page 1