‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 29 sur 121 · DANAÉ · texte numérisé non relu

DANAÉ

La nuit règne ; les vents assiègent en furie La nef où Danaé va , dans la sombre mer, Périr avec son fils , le fils de Jupiter ! Danaé de ses bras l'environne , et s'écrie ; Il Nous ne reverrons plus les rivages d' A rgos; Mon père nous condamne aux ombres éternelles. Aimable et cher enfant , dors , bercé par les flots ; Vagues , dormez ; dormez , souffrance? maternelles !

1) 0 mon fils î tu ne crains ni le courroux des vents ,

Ni la nuit sans clarté , ni la vague sonore ;

Ton doux et jeune cœur se rit des flots mouvants

Qui passent sur ton front sans le toucher encore.

Ah ! si tu comprenais nos dangers et nos maux ,

Tu sentirais aussi mes alarmes mortelles.

Mais non... dors , mon enfant ; dors , bercé par les flots ;

Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles I

)) Tyndarides brillants , dont l'éclat toujours pur Des turbulentes mers blanchit le noir azur, 0 célestes Gémeaux , que le nocher révère 1 Ce fils d'un sang divin, n'est-il pas votre frère ? De Danaé plaintive écoutez les sanglots : Veillez sur nous du haut des voûtes éternelles. Et toi , dors , mon enfant ; dors , bercé par les flots ; Vagues , dormez ; dormez , souffrances maternelles !

1) Cyclades , chastes sœurs , qui flottez sur la mer, Et couronnez au loin les flots bruyants d'Egée I

m ÉLÉGIES.

Je me confie à vous : du fils de Jupiter

Attirez sur vos bords la barque protégée.

Sers une autre Latone , ô palmier de Délos !

Étends sur nous aussi les feuilles immortelles.

Et toi , dors , mon enfant ; dors , bercé par les tlots ;

Vagues , dormez ; dormez , souffrances maternelles !

I) N'ai-je point découvert sur les fiots aplanis

Tes enfants balancés mollement dans leurs nids,

Fille du dieu des vents, tutélaire Alcyone?

N'ai-je pas entendu ta plainte monotone?

Au nom de ton Céix englouti dans les eaux ,

Que la docile mer se calme sous tes ailes!

Et toi , dors , mon enfant ; dors , bercé par les flots ;

Vagues , dormez ; dormez , souffrances maternelles I

I) Déesse aux pieds o'albâtre , orageuse Thétis ,

Du souverain des dieux , toi , fille auguste et chère !

T" sais , hélas ! quels pleurs coûtent les jours d'un fils ;

Mère , prête l'oreille aux plaintes d'une mère. »

ïhétis entend sa voix , et dit : « Nymphes des eaux ,

Confiez leurs destins aux Cyclades fidèles !

Et toi , dors , jeune enfant ; Jors . bercé par les flots ;

Vagues , dormez ; dormez , soulfrances maternellei? ! r>

LIVaE SECOND. 37

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