‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 40 sur 121 · LE BUCHER DE LA LYRE · texte numérisé non relu

LE BUCHER DE LA LYRE

« A la fière Cléis tes chants ont pu déplaire; Elle a maudit tes chants , ô Lyre des amours ! II faut qu'un sacrifice apaise sa colère : Tu dois périr ; adieu , Lyre, adieu pour toujours I

» 0 nymphes des coteaux , Oréades légères, Venez ; venez aussi , déités des forêts 1 Apportez les parfums des plantes bocagères, Quelques lauriers^ un myrte, et do jeunes cyprès.

n ÊLËGIES.

I) Les dieux aiment les fleurs qui parent la victime; Couronue-toi de fleurs une dernière fois , Lyre î au suprême instant que ta voix se ranime. » Et la Lyre en ces mots fit entendre sa voix ;

n Toi que j'ai consolé , songes-y bien , dit-elle , Les dieux , les justes dieux punissent les ingrats. » L'amour vit peu d'instants , la gloire est immortelle Quelque jour, mais en vain , tu me regretteras.

I) A tes doigts répondaient mes cordes poétiques ; Je m'éveillais pour toi dans le calme des nuits : J'aurais fait plus eucor ; sous les cyprès antiques, L'Elégie en tes vers eût pleuré ses ennuis.

» Vers les bords du Mélès , pour loi du Méonide J'eusse été recueillir quelque chant commencé , Ou chercher à Céos du touchant Simonide Les nobles vers , perdus dans la nuit du passé.

n J'ouvrirais à tes pas la grotte accoutumée Où rêvait Théocrite , où ses chants tous les soirs Retentissaient , plus purs que l'huile parfumée Dont l'or, dans Sicyone , inonde les pressoirs.

I) Un jour je sommeillais dans les bois d'Aonie : La Muse me toucha d'un magique rameau , Et d'un mode inconnu m'enseigna l'harmonie; Mais j'emporte avec moi ses secrets au tombeau. »

Elle a cessé. Les feux, qu'allume le Zéphire , A travers les parfums emportent ses adieux ; Et toutefois , dit-on , des cendres de la Lyre S'exhala jusqu'au soir un son mélodieux.

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