‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 64 sur 121 · CHARLEMAGNE A PAVIE. \A · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE A PAVIE. \A

Le grand monarque au loin se multiplie, Chef et soldat, partout en même temps Presse ou retient l'essor des combattants: Autour de lui tantôt il les rallie, Tantôt lui-même au plus fort du danger Se précipite, afin que leur courage Jusques à lui s'ouvre un sanglant passage Et de la mort vienne le dégager.

Par les débris la terre est accablée ; L'énorme tour croule démantelée; Les murs épais tombent; en un moment, De paladins une troupe hardie Monte à la fois sur la brèche agrandie, Qu'un fer aigu protège vainement.

En ce désordre, Isambart, intrépide, Va poursuivant la retraite rapide Des ennemis dérobés à son bras.

Au sein des murs il pénètre, et les portes, Tout aussitôt se fermant sur ses pas.

Le livrent seul aux nombreuses cohortes. 11 va périr, mais il ne tremble pas.

Sous un portique il vole et se retranche; Le fer luisant de la lance et du dard Vient s'émousser sur son armure blanche, Et de son glaive il se fait un rempart. Mais par degrés faiblit sa main lassée ; Lors il commence à connaître l'effroi; A son épouse , à la France , à son roi H dit adieu du fond de sa pensée.

Loin du Caïstre ou des bords du Cydnus-, Tel un beau cygne , égaré daas l'orage,

lîogrelfc , bclas! à l'aspecl du naufrage , Le lac tranquille et les ileuves connus. Pour échapper à son destin sinistre, Il lutte en vain contre le flot des mers : Une heure encore , et l'oiseau du Caïslre Du dernier chant aura frappé les airs.

Mais Charlemagne avait suivi sa trace : Des chevaliers il ranime Taudacc; Les chevaliers , à sa voix rassemblés, D'un bras nerveux levant l'énorme hache, Frappent ensemble et frappent sans relâche ; La porte crie , et ses gonds ébranlés Cèdent bientôt à leurs coups redoublés.

La hache en main, ils entrent dansPavie, Où sous le nombre Isambart terrassé Allait périr, de mille coups percé :

Psur Isambart leur présence est la vie.

Des assiégés les bataillons épars , Que d'Adalgise entraîne la menace, Sont accourus de la plaine aux remparts. Et, furieux, ils rentrent dans la place A ta rencontre Adalgise est venu.

Noble Isambart I ses yeux ont reconnu Le nom de Blanche écrit sur ta cuirasse; En frémissant il mord son bouclier :

« Te voici donc, insolent chevalier, Dont le bonheur me blesse et m'injurie! De te soustraire à ma juste fuiie Le fol espoir te pouvail-il flatter?

Epoux do Blanche! ose la disputer. »

Disant ces mots, Adalgise en silence

CHARLEMAGPsE A PAVIE. loi

Met en arrêt sa formidable lance;

Il va fiappcr : Isambarl , s'éÉartant,

Echappe au coup de la lance trompée ,

Et, d'un revers de sa terrible cpée,

Sur la poussière à ses pieds il l'élend.

En vomissant la menace et l'injure,

Sous les débris de sa pesante armure

S'est relevé le farouche Lombard.

Ogier soudain, proférant le blasphème,

Accourt. La fée abuse son regard.

Le fer, présent de son cher Isambart,

Brille levé sur Isambart lui-même.

Les paladins s'étonnent; son ami.

Le cœur navré, d'un bras mal affermi.

Et pressentant sa (riste destinée,

Pare les coups de sa main forcenée

En s'écriant : « Fraj)pe ! frappe , cruel I

Bientôt ma mort remplira ton attente.

L'ingrat oubli d'une amitié constante

Pour moi d'avance était le coup mortel. »

Il est frappé. Son sang coule et bouillonne ,

Son œil s'éteint, la force l'abandonne.

Et de sa bouche après un long effort

Sortent ces mots : « Adieu.... je te pardonne. »

Le pâle Ogier, dans un sombre transport.

Avec fureur l'appelle... Il était mort.

Le malheureux , contemplant son ouvrage,

Contre lui-même allait tourner sa rage;

C'en était fait : mais , plus prompt que l'éclair,

Charles retient son homicide fer.

Alors Ogier semble se reconnaître;

De son délire il sort pour un moment,

Nomme tout bas celui qui fut son maître,

Et (le ses yeux maudit rencliaiitomcnt.

En soupirant Charlemafîne l'embrasse, Et dit : « De moi reçois aussi ta grâce. Quitte à jamais les drapeaux du Lombard , Et dans ce sang que cette erreur s'efface. C'est à toi seul de me rendre Isambart. » A cette voix touchante et paternelle, Ogier renaît : son sinistre regard Se lève au ciel , au ciel qui tôt ou tard Punit l'ingrat , et frappe le rebelle.

Son désespoir passe dans tous les cœurs : Absorbés tous dans un sombre silence , Les paladins laissent tomber la lance, Et leur visière est humide de pleurs.

Des fiers vaincus le courroux même expire ; Même Adalgise, ému par la pitié, Suspend le cours de son inimitié, Et dans la ville à pas lents se retire.

Mais toutefois de cet aspect d'horreur Morgane encor réjouit sa fureur.

Prend le poignard dans le sang qui ruisselle. Et l'agitant trois fois : «Certes, dit-elle, Ce fer est sûr ; conservons bien ce fer ; Pour d'autres coups j'en saurai faire usage. * Un rire atroce erra sur son visage , Et dans ses yeux apparut touH'ciifer,

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