‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 69 sur 121 · CHANT SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHANT SIXIÈME

Il était nuit; dans le royal domaine On n'entendait que le souffle des vonts Qui frémissaient sur les vitraux mouvants, Et tourmentaient le feuillage du chêne, Ou quelquefois le monotone bruit Des surveillants dont la voix assidue, Des vastes cours traversant l'étendue, Va mesurant les heures de la nuit.

Roi malheureux et plus malheureux père,

Didier pleurait son fds privé du jour :

Sa fille en deuil oubliait pour un frère

Ce Charlemagne, objet de tant d'amour.

Et cependant Charlemagne lui-même

Touche peut-être à son heure suprême.

Tout le venin de l'horrible poignard

Brûle son front et trouble son regard.

Morgane alors de sa joie infernale

Laisse éclater le farouche trausport,

Et vient planer sur la couche fatale

En murmurant des paroles de mort.

« Meurs! poursuit-elle avec un cri de rage,

Meurs ! souviens-loi du jour où mon amant

Pour te sauver détruisit mon ouvrage,

Et de mon art rompit renchanlement.

J'avais juré de venger cet outrage ;

L'heure est venue, et je tiens mon serment. »

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