‹ Poésies. Avec une noticeChapitre 70 sur 121 · CHARLEMAGNE A PAVIE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE A PAVIE

Dans le palais court l'affreuse nouvelle;

Du souverain le danger se révèle :

Sur tous les fronts se répand la pâleur;

Le désespoir et la terreur muette

Glacent les cœurs, et la foule inquiète

Semble tranquille à force de douleur.

Quand Tincendie aux dévorantes ailes ,

La nuit, s'attache aux toits des citadelles,

Quand le beffroi tinte à coups redoublés,

Les citoyens, interdits et troublés,

Errent en foule autour de l'édiflce,

Et, sans tenter aucun secours propice,

S'intimidant, loin de se raffermir.

Dans le péril ne savent que frémir.

Tels, dans Tefiioi dont leur Ame est atteinte,

Les habitants de la funèbre enceinte ,

Laissant leur maître en proie à ses douleurs ,

Au mal cruel n'opposent que des pleurs.

Plus le temps fuit, plus le danger s'augmente :

Au front brûlant où siège le poison

La fièvre monte, et le sang qui fermente

A menacé de rompre sa prison.

L'art ne peut rien ; l'oracle d'Épidaure

Pour nos climats était muet encore.

Mais sur les rois veille un Dieu protecteur;

Rassurons-nous... Alors se fit entendre

Sous les balcons une voix jeune et tendre.

Elle attira les zélés serviteurs;

Et, l'écoutant d'une oreille attentive.

On entendit ces mots consolateurs

Qu'accompagnait la guitare plaintive :

Sauvez les jours de votre souverain :

La Providence à sou secours m'amène

Je vous promets sa gucnscin soudaine Ouvrez la porte au jeune pèlerin.

Sauvez les jours de votre souverain :

En voyageant aux monts de la Galice , J'ai recueilli plus d'une heibc propice; C'est le trésor du jeui:e pèlerin.

Sauvez les jours de votre souverain ; Peut-être, hélas! pour linir sa souffrance» L'ange qui veille aux destins de la France À pris les traits du jeune pèlerin.

L'adolescent à la voix inspirée

Ainsi chanta : ce ne fut point en vain.

Aux serviteurs il disait : « Si demain

Je n'ai sauvé cette tète sacrée,

Je veux périr fiappé de votre main.

Seul avec vous, près d'un roi que j'adore,

Oh ! laissez-moi veiller jusqu'à l'aurore. >

Ses yeux en pleurs, ses accents ingénus

Ont désarmé l'inflexible refus.

Dieu! quelle nuit d'éternelle durée!

La voix éteinte et la marche égarée.

Les chevaliers, désarmés à demi,

Redemandaient leur maître et leur ami ,

Et parcouraient avec inquiétude

Des corridors la longue solKude.

Us s'abordaient en se pressant la main,

Se regardaient d'un œil triste et sans larmes,

El, dévorant leurs mortelles alarmes,

Silencieux, reprenaient leur chemin.

Les (uis, du ciel implorant un miiacle,

Allaient prier poui' le prince adoré,

Kt SIM- l'aulel , prés du saint tabernacle,

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OffiaieuL pour lui le cierge consacré.

Us répétaient : « Que le Dieu des empires Daigne un instant te regarder d'en haut , 0 Cliarlemagne ! et demain, s'il le faut, Nous mourrons tous, pourvu que tu respires. » Sur les perrons les autres rassemblés Incessamment levaient leurs yeux troublés Ycrs cette lampe obscure et vacillante, Dont la clarté tristement avait lui, Et qui , du roi compagne défaillante, Peut-être encor doit durer plus que lui.

Enfin paraît l'aurore désirée ;

Elle paraît! de la chambre du roi

Les preux en foule ont assiégé l'entrée,

Tous palpitants d'espérance et d'effroi.

A leur approche , ô bonheur 1 ô merveille I

Le roi chéri doucement se réveille :

Il croit sortir d'un songe plein d'attraits;

Un calme heureux respire dans ses traits.

Du pèlerin ce bienfait est l'ouvrage.

Les chevaliers tour à tour sur leur cœur

Veulent presser l'enfant libérateur.

De ses deux mains il voile son visage.

Chacun sourit, et dans cette candeur

Croit du bienfait démêler la pudeur,

Ou l'embarras naturel au jeune âge :

On s'abusait. Mais l'ami d'Isambart

Du pèlerin s'approche, et le supplie

De contenter leur avide regard...

Ah! malheureux! peux-tu savoir trop tard...

Tu l'as voulu : reconnais Ophélie!

Bientôt, hélas! finiront ses destins.

Déjà la mort sur ses lèvres muettes

\m POEMES.

Cliangt- la rose en pâles violettes;

Sort front est morne et ses yeux sont éteints.

Elle périt , la vierge magnanime !

Elle périt, volontaire victime;

Et les poisons par sa bouche aspirés

Jusqu'à son cœur arrivent par degrés.

En ces instants, belle de sa mort même,

Vers le monarque elle lève les yeux,

Et, souriant du sourire des cieux :

« Prince , je touche à mon heure suprême.

Or, apprenez le secret du tombeau.

D'un long tourment le trépas me délivre...

J'aimais un roi... pour lui je n'ai pu vivre...

Pour lui je meurs... et mon sort est trop beau. »

Elle a parlé; son âme au ciel s'élance,

Et de la mort tout garde le silence.

Lors on crut voir l'ange du dernier jour

Qui la couvrait de son aile d'albâtre;

Et tout à coup le nocturne séjour

Sembla rempli d'une clarté bleuâtre

Et d'un parfum d'innocence et d'amour.

Le lendemain , en pompe solennelle , On emporta la dépouille mortelle De cet objet autrefois si charmant, Et sôus les murs de la sainte chapelle On éleva son simple monument.

Pour signaler sa puissance nouvelle, En vain la pourpre, ornement des Césars, Est préparée au vainqueur des Lombards; En vain les murs de la ville éternelle Ont vu lloller les sacrés étendards;

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De rOccident l'empire en vain l'appelle: Rien ne disirait ses douloureux ennuis; Il croit toujours voir l'ombre virginale A ses côlés errer durant les nuits Jusqu'au lever de l'aube matinale.

Un soir encore il voulut une fois

S'acheminer vers l'enclos solitaire

Pour y pleurer cette fille des rois

Qui récemment avait quitté la terre.

Au lieu fatal, seul, il s'était rendu...

De longs soupirs ont frappé son oreille;

Il aperçoit, sur la pierre étendu,

Un malheureux qui sanglote et qui veille.

C'était Didier. Sur la terre isolé ,

A ses regards sou vainqueur s'offre à peine.

Qu'il lève au ciel un regard désolé.

Puis sur la pierre aussitôt le ramène.

Pâle et troublé, du misérable roi

Charles s'approche, et dit : » Pardonne-moi:

Sur ce tombeau le regret nous rassemble ,

Et dans la nuit nous gémirons ensemble.

Tout a fléchi sous mes coups triomphants,

Et cependant comme toi je soupire.

Si je ne puis te rendre tes enfants.

Je veux du moins te rendre ton empire. »

Didier se tait, sourit amèrement.

Et de l'enclos s'éloigne lentement.

Le cloître saint, Thébaïde profonde.

Ensevelit ce prince infortuné.

Qui, devant Dieu nuit et jour prosterné,

Goûte une paix qui n'est point de ce monde.

Du cénobite il apprend à souffrir,

En attendant qu'à son heure dernière,

liai [K'iiilent, sur ua lil de poussière, Le christ en niam , il apprenne à mourir.

Chaque minuit, l'airain du monastère

Sonne trois fois : à ce nocturne appel,

Les habitants de la cellule austère

Prennent la croix et le pieux missel,

Et, les pieds nus, vont embrasser Tautel.

Leurs chants aux cieux montent pour Ophélie;

Et, répondant à leur voix affaiblie,

L'orgue soutient de ses plaintifs accords

La litanie et le psaume des morts.

Couvert de cendre et vêtu de la haire,

De tout son corps pressant les froids parvis ,

A ces accents le royal solitaire

Mêle tout bas quelques vœux pour son fils.

Mais, d'Ophélie honorant la mémoire.

Une chronique, et nous devons l'en croire,

Atteste encor que le vaillant Ogier

Jusqu'au trépas resta son chevalier.

Et désormais porta l'armure noire.

Le jeune pâtre, au pied d'un chêne assis,

A l'étranger dit la touchante histoire,

Et l'étranger se trouble à ses récits.

Plus d'une belle en ces lieux égarée.

Triste, et plaignant la mort prématurée,

Sur le tombeau que ses pleurs ont mouillé

Laisse, le soir, son bouquet effeuillé.

De souvenirs l'âme encor poursuivie,

Souvent le roi vient lui-même en secret

S'y recueillir, et donner un regret

A la beauté qui lui donna sa vie.

ALFRED. iSO

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