‹ Poésies canadiennesChapitre 16 sur 41 · A L'ABBE H-R. CASGRAIN · texte numérisé non relu

A L'ABBE H-R. CASGRAIN

C'était le soir d'un jour de fête, La fête du Saint-Sacrement. Partout des drapeaux sur le faîte Des maisons flottaient fièrement.

Chaque rue était toute pleine Des fleurs de la procession, Et ces fleurs embaumaient l'haleine Du vent ivre d'émotion.

<)2 Les FeivUleH cV Erable

Le couchant, blond comme Taurore, Empourprait les saints reposoirs Dont les cintres gardaient encore De vagues parfums d'encensoirs.

Des femmes et des enfants roses, Epanchant Tencens de leur cœur.

Foulaient les lilas et les roses Qu'avait semés l'enfant de chœur.

En foule les anges terrestres, Sous les feux du couchant doré, Visitaient les berceaux agrestes Où le ciel même était entré.

Ils erraient, la prière aux lèvres, 8'enflammant devant des monceaux De bouquets, de vases de Sèvres Qui rutilaient dans les berceaux.

Les deux drapeaux 63

Avec les groupes adorables Admirant chaque reposoir Festonné de feuilles d'érables, J'errais dans les rougeurs du soir.

Distrait, l'esprit hanté d'un rêve, Je m'arrêtai sous un arceau De feuillage encor plein de sève, Encore ému d'un chant d'oiseau.

Au fond de la voûte de branches,

Sur un autel orné de lis.

D'héliotropes, de pervenches.

Deux grands drapeaux mêlaient leurs plis.

C'étaient l'étendard de la France Et la bannière. d'Albion :

La grandeur avec la puissance, L'aigle veillant près du lion.

64 Les Feuilles d'Erable

Or, pendant que dans des extases Qui faisaient taire tout propos, Les femmes contemplaient les vases, Moi je regardais les drapeaux.

Je fixais les guidons de flamme Auprès desqu'ôls s était posé Le pain mystérieux de Tâme Dans l'Ostensoir d'or enchâssé.

En face de ces deux bannières Formant le fond du saint tableau.

Je croyais ouïr les tonnerres De Fontenoy, de Waterloo !

Cependant les ombres noyèrent Du reposoir le frais arceau ....

Les charmants essaims s'envolèrent.

Et je restai seul au berceau.

Le Huron 81

Dans le sable creusant à Taide d'une rame Ils les mirent tous deux à Tabri de la lame, Sous un pin plein d'arorae et de chants amoureux ; Et, roulant sur leur tertre un lourd fragment de roche, A genoux près du flot pleurant comme une cloche, Ils prièrent longtemps pour eux.

Et l'on dit que depuis, quand le soir est limpide> Le pêcheur qui s'en va, dans sa barque rapide. Dérouler ses filets au sein des flots dormants. Entend comme les cris d'une voix éplorée.

Voit parmi les roseaux et sur l'onde azurée Courir deux fantômes charmants.

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