‹ Poésies canadiennesChapitre 17 sur 41 · CADIEUX · texte numérisé non relu

CADIEUX

Près du Grand-Caluinet, au pied d'un rocher chauve Que rOttawa fougueux reflète dans ses flots, En sauvant des amis traqués par Tlndien fauve, Cadieux était tombé comme tombe un héros.

Il était tombé mort de faim, de lassitude, Perdu sous des bois où longtemps on le chercha. Voyant venir sa fin, dans cette solitude Il se creusa sa fosse, et, calme, s'y coucha.

84 Les Feuilles dJ Erable

Il se coucha parmi les roseaux de la plage Où les flots lui jetaient de farouches accords, Et, mourant, se couvrit d*un monceau de feuillage Pour empêcher les loups de dévorer son corps.

A quelques jours de là, sous la forêt déserte, Deux jeunes voyageurs, cheminant Tœil au guet^ Virent au bord du fleuve une tombe entr ouverte Où le pauvre Cadieux pour toujours sommeillait.

Comme ils allaient remplir cette fosse béante. Ils trouvèrent au bord Técorce d'un bouleau Sur laquelle Tun d'eux lut, d'une voix tremblante. Des vers gravés avec la pointe d'un couteau.

Ainsi que fait le cygne, à son heure dernière. Barde illettré, Cadieux avait voulu chanter, ES la chanson qu'il fit, comme un glas funéraire Fait tressaillir celui qui l'entend répéter.

Gadieux 85

Cette vieille chanson a fait le tour du monde ; Elle est chantée encor par les liers canotiers Qui sillonnent les flots de TOttawa qui gronde, Par tous nos voyageurs et tous nos forestiers.

Et Ton dit qu'aujourd'hui, près du tombeau du brave. Lorsque l'été fécond module ses amours, Le passant à travers les bruits du vent suave Entend des cris plaintifs, des appels aux secours.

Seraient-ce les sanglots des mânes des sauvages Que Cadieux, pour sauver des amis, pourchassait ? Ou bien ceux du héros souffrant sur ces rivages De notre oubli ? Personne au monde ne le sait.

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