PRELUDE
Qui frappe au balcon ? moi, personne, Uenfant né de rois inconnus Qui dort nu-tête et court pieds nus De ce qui brille à ce qui sonne.
Que me veut-il? Ils sont venus,
Sa guitare et lui, de Solsone,
Cœur qui tremble et bois qui frissonne,
Vous chanter des vers ingénus.
La chanson est-elle jolie ?
Elle pleure: l'air est ancien Et triste jusqu'à la folie.
Pourquoi donc ce musicien Pleure-t-il ? c'est, doha Clélie, Pour ton plaisir, et pour le sien.
ÉRENADES.
Wandl'ich in dem Wald des Abends, In dem traumerischen Wald.
Henri Hei>e.
Dans la forêt que crée un rêve..
je vais le soir dans la forêt :
Ta frêle image m'apparaît Et chemin^ avf^c moi sans trêve.
N'est-ce pas là ton voile fin.
Brouillard léger dans la nuit brune'?
Ou n'est-ce que le clair de lune A travers Tomltre du sapin?
Et ces larmes, sont-ce les miennes Que j'entends couler doucement?
Ou se peut-il réellement Qu'à mes cotés, en pleurs, tu viennes?
SERENADES. là"
Incessu patuit avis, colore flos.
JOACHIÎI DC BEt.LAY.
Elle marche d'un pas distrait, Légèi'ement, comme une oiselle; Elle a l'air d'un lys qui serait Une rose; je n'aime qu'elle.
Elle a des goûts séditieux En fait de vers et de toilettes:
Je n'aime qu'elle. Ses doux yeux Disent : Mes sœurs, aux violettes.
Mais est-elle toujours ainsi Quelle m'est, un soir, apparue?
Car voici bien longtemps, voici Bien longtemps que je ne l'ai vue
Heu! lacrymis infaolia lumina turgent.
Jea> Second.
Naguère, au temps des églantines, J'avais des peines enfantines.
Mon cœur se gonflait sans raison Sous les lilas en floraison.
A respirer les chauds calices Je goûtais d'amères délices.
Sous les étoiles, pâle et coi,
Je pleurais sans savoir pourquoi.
Et maintenant je pleure encore, Le long des soirs comme à l'aurore;
En hiver., sur le blanc grésil, Sur les roses pendant Tavril,
Mes larmes tombent à toute heure :
Mais je sais bien pourquoi je pleure î
Ros unus, color unus, et unum mane duorum.
AUSO.NE.
Quand vient l'automne nébuleux Avec ses pâleurs de chlorose, Tu caches les avrils frileux Dans un pli de ta jupe rose.
Les mélancoliques buveurs D'aube vermeille et de rosée S'en abreuvent dans les saveurs
De ta lèvre en songe baisée î
L"t\me des papillons défunts
(Car octobre a des deuils sans nombre!;
Trouve asile dans les parfums
De tes cheveux poudrés d'or sombre;
Et, renonçant aux longs exils, • C'est vers le ciei de tes prunelles Nuage par l'ombre des cils Due s'envolent les hirondelles!
Morgen liebe, was bis heate Nie der Liebe sich gefreut.
G. A. BuRC-Eiî.
Laisse-les dire î Nous irons ])ans le bois décorer nos fronts De liane et de liserons!
La douleur n"est pas éternelle On reverra frémir une aile Sur l'églantier de la venelle.
Elle reviendra, la saison
Des vers luisants sous le gazon
Les amoureux seuls ont raison.
Quand la sève gonfle la vigne.
La froide neige se résigne A fleurir, lys, à voler, cygne!
Malgré l'effort des envieux, Mes lèvres au bord de tes yeux Boiront des pleurs délicieux,
Et nous fuirons sous les tonnelles Course folle où tu t'éche vêles, En chantant mes odes nouvelles !
Florinda perdio su flor.
Romancero del Ret.
Le matin riait, ingénu;
Tu m"as dit : Viens! je suis venu.
Un peu plus tard, tu m'as dit : Chante! J'ai chanté ta grâce méchante.
Mais vint la nuit, la nuit d'été; Tu m'as dit : Pars! je suis resté.
Mais on souffre toujours un peu, Rêveur sombre, sous le ciel bleu.
Albert Meiiat.
Ton cœur est d'or pur; tout est vrai.
Net et loyal dans ta nature; Mais l'espoir dont je m'enivrai S'achève en doute et me torture.
Ah! ma sœur, j'ai vu si souvent, A l'heure morne où la nuit tomhe, Mes rêves dispersés au vent Comme des plumes de colombe î
Ocelluli prolervuli !
Ocelluli mollicelli !
Jea.n Bo.n.nefons.
Tes yeux méchants et captieux Cumme le regard des Chimères,.
Je veux les vuir, bien que ces yeux Causent des peines très amères.
Mais tes yeux doux, couleur des cieux.
Tes yeux sans haine ni malice, Cache-les-moi : ces tendres yeux Infligent un trop dur supplice î
SERENADES. I3f
Wie schandlich du gehandelt, Ich hab' es den Menschen verhehlet.
Henri Heine.
Jamais aux passants je ne conte Ta honte ni mon mal amer, Mais je suis allé sur la mer Et j"ai dit aux j^oissons ta honte.
^'ous triomphez encor, ma mie, Sur terre ferme, effrontément; Mais dans tout Tahîme écumant (Jn connaît bien ton infamie !
EREN'ADES.
Ço dit Isolt : « Jo r sai pur veir, Sachez que le sigle est tut neir. »
Thomas.
Le ciel est très bas: rien ne bouge Sur la noire mer: l'horizon Se rapproche, obscure cloison Que défonce une lune rouage.
Où sont les joyeux promontoires Dorés par le soleil levant '?
Mon vaisseau qui n"a plus le vent Laisse pendre ses voiles noires.
In der Nacht 1 In der Nacht!
Comte de Platen.
Lune froide et sans auréole.
Avec des langueurs de créole Vous rêvez douloureusement Dans rinfmi du ciel dormant,
Tandis que, des claires fontaines,. Gomme un son de flûtes lointaines, S'exhale vers les cieux blafards La tristesse des nénuphars !
Yo sospecho
Que en estos dis^stos ay Algunos gustos secretos.
LOPE DE Veca.
Querelleuse, va î j'aime ençor Ton regard quand il se courrouce, Car dans tes yeux d'émail et d'or La colère elle-même est douce.
L'amiiur aux délicates lois Sur la lèvre qui nous attire Se plaît à faire quelquefois Succéder la moue au sourire.
Prudent, il donne aux amoureux, Pour chasser les langueurs moroses Oui bercent les cœurs trop heureux, Les querelles, ces fouets de roses.
So liath it been, so be il ; For -vvho shall live and flee it?
AlGERXOX C. SwiXBCRNE.
Un jeune pâtre chante au hois, Et réclîo dit : « Je suis la voix ! »
Sous la vitre qu'un rideau voile La lampe dit : « Je suis étoile ! »
Aux lacs où le roseau se plaît, « Je suis roseau ». dit le reflet.
Mais plus fausse, oh! plus fausse encore, La voix qui m'a dit : « Je t'adore! »
uo
Cor mihi te furto surripuisse queror.
Théodore de Bèze.
Dans Bethsaïde, en Galilée, Quand rëpjoux a baisé les yeux De la vierire enfin dévoilée,
Il la conduit, mystérieux, Par des escaliers et des routes Sans nombre, au trésor des aïeux.
« Resplendissantes sous les voûtes.
Voici mes richesses, dit-il :
Elles sont à toi seule, toutes. »
L'Iduméenne au doux profil Répond d'une voix plus légère Que le chant du souffle en avril :
« Le ciel confie à l'étrangère
Tes trésors pour qu'elle en ait soin
Comme une bonne ménagère. »
Or. un soir, graA'e, sans témoin, Dans l'ombre d'une vague allée, J"ai conduit une femme, au loin:
Pareil au .Juif de Galilée;
J'ai soumis à l'amour vainqueur
Mon opulence inviolée.
« Chère femme ! Voici mon Cœur Ruisselant comme un noble vase D'une chaude et rouge liqueur!
m SERENADES.
Vuici mon Ame où vit l'extase
Adorable des paradis
Épars sous les bruines de gaze
Ame-cygne des lacs tiédis Par le jour sans fin qui caresse Les Édens à l'homme interdits!
Et lorsque j'eus, dans ma tendresse.
Livré mon trésor opulent.
Je m'endormis, bonne maîtresse.
Mais toi, furtive, reculant
Le long des rampes, sans chandelle,
Tu t'es enfuie en me volant,
Comme une servante infidèle!
Da snss ein loses Xonnchen Das that, als wenn es schlief.
Lied Popclaire.
Écoutez bien ! J'étais allé, De nuit, vers un bois désolé.
Là, jai surpris mon Ennemie Dans ses cheveux bruns endormie.
Elle souriait dans les flots
De ses cheveux bruns, les yeux clo?
« Ce sourire, par un prodige Cruel, tu me l'as pris,, kii dis-je,
Et tu dors, succube assouvi, Le sommeil que tu m"as ravi ! »
Alors, j'ai tué TEnnemie
Dans ses cheveux bruns endormie.
Son sang fatal, de-ci, de-là, Sur la ronce éparse coula^
Son sang fatal parmi les branches Déshonora les roses blanches.
Vous avez bu sa vie, ô fleurs D'où s'égouttent d'étranges pleurs.
Les pourpres sombres de sa plaie Éclatent dans la roseraie.
Oh ! s'enfuir! et ne vous voir pkis, Floraisons rouges du talus !
Mais le Charme avec ses délices Mornes revit dans les calices.
La langueur de l'ancien poison Pèse dans leur exhalaison.
0 cœur vaincu î tu désespères De quitter jamais les repaires
Du vaste hois î cœur exilé, Par les roses ensorcelé !