LE MYSTERE DU LOTUS
Ta colère triomphe, ô Kàla! nul refuge. Bleue encor des poisons de l'océan lacté, Ta sombre gorge avait amassé le déluge.
Telle qu'un grand ravin par l'orage habité, Ta narine profonde a soufflé la tourmente Sur l'incendie issu de ton œil irrité.
Où sont les vastes cieux et la terre charmante '?
Hélas ! toute la vie et toute la beauté
(risent sous l'onde morne où le vent se lamente.
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Tes vastes cieiix. Indra, qiip baignait la clart<' Des étoiles, ont fui dans la tempête noire Comme nn ])avillon d'or par la bise emporta'!
Le Çwarga lumineux aux escaliers d'ivoire
^"est plus. Les seuils de jaspe et les chars de cristal
Sont brisps. O vainquour. qu'as-tu fait dota gloire:^
Los Gandharwis, orgueil charmant du ciel natal
( )nt cessé d'agiter les clochettes sonores
De leurs pieds que dorait la poudro de rantal.
Les Aewins éclatants comme des météores ^i
Ne courbent plus au joug de leur char constellé jf
Les Vaches aux poils roux qui portaient les Aurores :i
Kt la terre, Prisni, comme un binr- descellé. Avec ses pics hautains et ses plaines fertiles. On ne sait nù. dans l'ombre, éperrlue, a roulé- ,
l'AGODE. J5o
Tandis que, hérissant sa tiHc de reptiles,
lit le pied sur les flancs des dragons, le Dieu noir
Grandissait le Çîras. destructeur des sept Iles!
Maintenant larnie auguste a rempli son devoir Au sein de l'Être unique, étang de quiétud»^, lirahmà s'est endormi, vovant tomber le soir.
Ilt'pudiant l'orgueil et la sollicitude
De l'œuvre, il goûte après mille âges évolu^
I /anéantissement dans la béatitude.
l/univefselle mer précipite se> Ihix
Ténébreux à travers Thorreur universelle,
< ^Jierchant la ^rève absente et l'île qui n'est plu;
Chaque lame en bramant presse un flot qui harcèle
Une vague tandis que la vague poursuit
L'ne autre lame en pleurs qui vers un flot ruisselle
Et, sur la houle énorme au lamentable bruit. Comme un vaste étendard que la tempête arbore Palpite répouvante obscure de la nuit.
Oh! que d"âges suivis de tant dYiges encore
Traverseront l'effroi du goufïre illimité.
Sans souvenir de jour et sans espoir d'aurore!
Hors du nombre, des lieux et de la qualité, L'Etre unique et total s'est abîmé soi-même Dans lïnforme infini de sa propre entité.
Tel se concentre et gît parmi la cendre blême
Le Feu rassasié des mystiques repas,
Tel se recueille, oisif, le Principe suprême.
PAGODE. loT
Sous la forme du Temps, il est ce qui n'est pas; Sa présence a son lieu dans toutes les absences • Et son réveil latent dort dans tous les trépas.
L'angoisse des espoirs et des réminiscences Meurt au fond du Tirtha sans rivage et stagnant Fait du fleuve dompté des tristes renaissances;
Et chaque âge divin se déroule, enchaînant A d'innombrables nuits sa nuit démesurée, Sans vaincre ce repos immense et permanent.
Mais enfin, du constant effort de la durée,
L'Amour est né! Bientôt, mj'stérieux ferment,
Sourdra la force au sein de l'Être demeurée.
lo8 PAGODE.
Par le temp< qui s'amasse accrue infiniment. La passion pénètre en tout ce qui repose.. Avec un convulsif et chaud frémissement.
Tel se renforce Agni du r-uma qui l'arrose, Tel s'enfle, imbu d'amour, le germe originel: Le désir de Teffet s'empare de la cause.
Sous des voiles chargés d'influx passionnel Et pareils à la brume où l'aurore va naître, Flotte un contour étrange et vaguement charnel
Palpitante, Màyà s'efforce d'apparaître:
Le vide, d'une transe ineffable agité,
Voit s'accomplir l'hymen do la Forme avec l'Élr
Et dans son adorable extériorité,
Parmi l'effarement des ombres, sur la face
De l'abîme .sans bord, FEsprit-^h'nrlp ost porté î
PAGODE. lofV
0 Pourouçha î la houle incessante déplace Et ramène ton lit souple formé des nœuds Que le Roi des serpents enlace et désenlace î
Clairs et resplendissants de métaux lumineux.
Les mille chefs du grand Çécha. comme une omhrelli
S'abaissent vers ton front qui se reflète en eux!
Tu médites, auguste, à travers la querelle
Des noirs remous! portant les œuvres dans ton fia m
Tu sens frémir au loin ta forme corporelle!
Et de ton pur nombril, mystérieux étang,
Le grand Lotus, berceau des trois Mondes, s'élève, \
Doux comme le soleil des jours d'automne, et blanc!
Il éclaire, il féconde, ayant famour pour sève;
Il verse la candeur et la limpidité
De Taube dans Teffroi de la nuit qui s'achève;
Et de sa léthargie enfin ressuscité, Brahmâ. pistil géant de ce calice énorme, Détend ses membres faits de force et de bonté.
D'où se dérouleront l'Etendue et la Forme!
DIALOGUE DYAMA ET D'YAMI
d'après LE RIG-VÉDA