‹ Poésies (volume 2)Chapitre 60 sur 73 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

La gerbe est dans la grange ; au loin les champs sont verts ;

L'herbe vive recroît en dérobant le chaume;

Et des souffles épars le délicat arôme,

Plus intense, est formé de deux parfums divers.

Après l'août fauve, après la splendeur monotone Des grands blés remués par les vents querelleurs, Voici des trèfles frais et de nouvelles fleurs, Éveils tardifs, qui sont le printemps de l'automne.

SOIRS MOROSES. 2i:

Comme, en ces brefs regains,, du deuil de ses beaux jour-> Sourit la vieille terre un moment reverdie. Mon àme, où la moisson est faite, remédie A ses vieux souvenirs par déjeunes amours.

EGLOGUE A^'GELIQUE

ASIEL

Tandis qu'en la musique éparse du cinnor Nous passons, longue troupe ailée, aux robes d'or, Dans la rose nuée où vont tes ailes, rose Étiniah ?

La route est longue et d'ombres close Qui mène vers le but qui m'attire.

Ton vol Chante comme la voix triste du rossignol Qui pleurait autrefois sous les cèdres des temples. Où va-t-il?

ÉTINIAH

Asiel! Asiel! qui contemples La parfaite splendeur de l'hymen infini ! Ne sais-tu pas qu'un ange adorable est banni; «Ju'il a redescendu les échelons sans nombre Car il est un chemin qui va du jour à l'ombre, Plus noir à chaque pas ou plus éblouissant S'^lon que notre pied le monte ou le descend), Et que. privé du nom céleste dont le nomme Encorl'écho.plus qu'un démon.mais moins qu'un homme, Hélial. au-dessous des nuages rosés Et pâles, où ses pieds vermeils s'étaient posés, Frôle, déchu, la Terre aux saisons condamnée, Et gémit, souffle épars dans l'automne fanée : « Roses mourantes, lys penchés, bleuets éteints, Esprits! reverrons-nous les éternels matins? »

2o0 SOIRS MOROSES.

ASIEL

Certes, tu maudiras l'éternité des heures.

Dolente Étiniah qui t'inclines et pleures

Vers la Terre bornée à de brèves saisons ;

Mais quel crime, car nul n'est puni sans raisons,

A fait déchoir, d'un pur brasier scindant les flammes,

Celle qui t'est la plus chère de tes deux âmes?

ÉTINIAH

Dès le commencement je l'aimai! car Celui

Qui voit l'isolement d'un ange avec ennui

Et sourit à l'hymen des âmes enlacées,

Nous avait dit : « Allez, vous êtes fiancées,

Jeunes âmes! » Sur terre, où j'ai pleuré longtemps.

Je l'aimai. Que les cœurs humains sont peu constants !

Il riait, infidèle, aux bras d'une autre épouse.

J'étais femme, j'étais belle, je fus jalouse,

Et je mourus, farouche, en détestant l'amour.

Le temps est infini. Quand je revis le jour,

Ayant dans un corps vil pour geôlier mon blasphème,

Je l'aimai sans pouvoir dire ces mots : « Je t'aime I »

SOIRS MOROSES. "loi

Car j'étais l'humble chien de garde sur le seuil

Du logis où sa joie assombrissait mon deuil.

Et, morne, je voyais entrer la préférée, * ■

Femme, belle, et les yeux riant d'être adorée;

Mais je fus très heureuse un jour qu'il me battit!

Cependant, vers les cieux primitifs, il partit,

Et l'âme du chien mort suivait l'àme du maître.

0 douceur d'être purs et de se reconnaître,

Et, quoique épars, liés indissolublement

Par l'éternel amour dans l'éternel moment,

De s'épanouir, fleur à la double corolle.

Et de n'avoir, étant deux voix, qu'une parole.

Et de n'avoir qu'un seul regard, étant deux yeux,

Dans la clarté du vaste azur délicieux

D'où nous voyons, si loin, si bas, sous tant de voiles.

Frémir, comme des points ténébreux, les. étoiles!

Mais celle qui lui plut, hélas! dans les séjours

D'exil où les nuits sont plus longues que les jours.

Ame aussi, rayonna dans la claire demeure.

Il la vit, — ah! le sort défend qu'un ange meure.

Puisque je souffre encore, Asiel! — et Celui

Pour qui l'isolement d'un cœur est un ennui,

Détournant du pécheur ses sublimes prunelles :

« Puisque tu romps Taccord des amours éternelles, Dit-il avec tristesse, et des pactes conclus. A'a! retombe! Hélial partit. Le ciel n'est plus.

Hélial est tombé très justement des gloires Célestes dans la nuit des maux expiatoires ; Et tu dois le haïr, bien que haïr soit dur. Cependant vers quels cieux fuit ton aile d'azur Oiî Ton voit je ne sais quel soir étrange poindre?

ÉTINIAH

Le haïr? Je ladore.. et je vais le rejoindre!

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