IMPERTINENCE
Gil Blas aventureux partis pour Saïamanque,
A chaque hôtellerie ouverte nous soupons ;
Et qu'importe si, grâce aux muletiers fripons,
Dès le premier relais, c'est l'argent qui nous manque^?
Hardis et côtoyant les ahîmes ouverts, Nous partons, vaisseaux las de demeurer en rade ; Puis un soir, ayant lu Musset ou Benserade, Nous raffolons du jeu, des femmes et des vers!
PMILOMKLA. (ia
Imitant les poussins qui brisent leur cotjuillo, Nous remplissons Técho de petits cris joyeux, La sœur de Raphaël a de si jolis yeux !
Mais Raphaël nous vole et l'ange se maquille.
Les désillusions nous prennent par la main :
Jeanne doit sa pâleur ivoirine aux chloroses, Et le baiser d'Aline a les lèvres si roses Que la moustache en garde un cercle de carmin !
l/ASILE
Frère, s'il vous survient quelque douleur profonde,
Si la maîtresse en qui votre avenir se fonde,
Un soir, nue et farouche et les cheveux dpars,
Se rhabille à la liAte en s'ccriant : Je pars !
Et si, malgré vos pleurs de rage, elle vous laisse
Seul comme un chien perdu qui traîne encor sa laisse
Et hurle sous le ciel épouvanté des nuits,
cher désespéré, pour guérir vos ennuis,
PHILOMKLA. 65
N'allez pas décrocher de cette panoplie Un poignard dont la lame dtincelante plie ; Gardez-vous d'acheter à quelque charlatan Une drogue et de dire à votre âme : Va-t'en ! Gomme un lâche qui craint de suhir sa torture, Allons ! prends la besace et boucle ta ceinture Et pars! Inaperçu, de nuit, comme un voleur.
Il faut chercher quelque désert où ta douleur Ait son affinité secrète qui l'apaise.
Où, lorsque le matin colore la falaise, Se reflète, parmi les flots du goufl're amer. Un ciel profond et bleu comme une belle mer !
Je sais une maison sinistre, inhabitée.
Malgré l'eff'arement de la longue nuitée,
Les mendiants douteux cachés dans les blés mûrs
Ne tentèrent jamais d'escalader ses murs.
Un lion dont la pluie a décrépi le buste
Veille dans la ramée éparse d'un arbuste.
Et, morne, sur le seuil, la niche de vieux bois
Qui n'a point oublié l'hôtesse aux doux abois
Accueille tristement les chiennes vagabondes.
Malaiiir, à Imvei-s k-s lici-bes nn.ribi.nd.--.,
Le bluel où l'auitirp attache un ilismunt
Se courbe vers ïe sol niélancoliquenieiit :
Les nids abandonnes sous la brique drs frisi's
Ne mêlent pliis de yiiix à la chanson des lirisf^:
Sous les saules pendants comme des oripeaux.
Dans la nuit d'un cloaque infâme, les crapauds
S'épouvantPDt an hniit de la feuille qui tunilte:
Et c'est une maison triste comme une tombe.
calme I ni hameau ni chaumière à l'entour;
Point d'église gothique avec sa vieille tour
A l'horizoD, Eà-bns, parmi les bnimes blanches:
Point de lègei-s moulins aux quatre ailes du planches
Qui semblent deux ramiers jaloux se pourst
Épei'dus dans le vol i-irrulairc du vent;
Rien que la lande égale Si la mer sans rivages,
Où, rampantp parmi les bnijères sauvages,
La grande louve hui-le liorrihlement la faim :
Rien que la mer pareille à la plaine sans fin,
La mer échevetée, aux fracas métalliques !
Et les rondes, la nuit, des bétes faméliques
l'ousst^nt dans le désert des cris d'agonisants,
Et le Ilot qni s» rue à l'assaut des brisants
PMll,(»MKr,\.
I Avoc le i^IIh JiliVciLX ifun imm>tr.> <|<ii MiiruqiM', [ Itmilp siiniil L'I h.unl i;uii]iiR- un veiilnMli- |.li<>,|(ii-!
ii ton cœur se déchire et fuit la guérii^oii, tC'est ià qu'il fnut aller, mon frèru. La maisim rWa plus de maître, et nul n'a refermé l'entrée liîïejpTiia que l'hûte nnt'ieo, tlont l'àme est d^ivrée, r y reçut un passant furmiilulile, la mort!
t'Ohl c'est un souvenir qui Jamais ne démonl,
S'avoir en son réduit lugubre vu cet liûte!
I Le désespoir avait courbé sa taille haute; t Mè-Ye, le front ridé comme le front d'un vieux, fcjLe blasphème à la bouche et les pleurs dajis les ypi F^.parcourait sans tin la salle ruinée, r^t, parfois, accroupi devant la cheminée, ■lil consumait les jours et les nuits sans sointneil. tfe sachant si f'était la lyne ou le soleil
li luisait à travers les fenêtres mal jointes, iJBt, quand sifflait la bise aux fouets armés de pointi^ Kibliant, sous le poids de son iiîve engourdi, l'Pe jeter une bâche au landier refroidi I
68 PHILOMÉLA.
A cette heure la place est libre : va la prendre ! Et moi-même, le front déshonoré de cendre, Les pieds nus, comme sont les pèlerins, un jour J'apporterai mon cœur meurtri par une amour Fatale, dans la paix de cette solitude.
Je laisserai s'abattre enfin mon attitude Orgueilleuse, et, pareille à quelque horrible fleur. Tu t'épanouiras dans Tombre, ô ma douleur !
Au milieu de la nuit et des silences graves, Tu pousseras ton noir branchage sans entraves! Tes racines toujours plus avant dans ma chair S'enfonceront ainsi que des vrilles de fer, Et mon sang, et mon sang les gonflera de sèves ! Tant qu'à la fin, hanté d'inexprimables rêves, Pâli sous ton étreinte, ivre de tes parfums.
Je m'endorme à côté de mes espoirs défunts... Car je t'aime î\ jamais, ô douleur, ô farouche Amoureuse ! et j'unis mes lèvres à ta bouche. Par toi l'àme s'exhale en cris mélodieux.
Et les désespérés sont semblables aux dieux !
PIIILOMÉLA. 60