LE VAINCU
Les cygnes ont chanté sous l'ongle des milans, Et le sein de Gypris porte une rouge entaille. Je suis un des vaincus de la grande bataille Qui se livre ici-bas depuis mille et mille ansi
Cependant que la Nuit lâchait sa valetaille Ténébreuse, les Dieux, les Dieux étincelants, Vêtus de neige et d'or, magnifiques et blancs, M'ont dit : « Vas, et ramasse une armure à ta taille. »
Alors, dans la mêlée où le Ciel doit plier.
J'ai conquis à mon tour la gloire des défaites Et je meurs, sans avoir jeté mon bouclier.
Et les vierges, plus tard, illustreront de fêtes
La place où je tombai sous la main des bourreaux,
Formidable et charmant comme un jeune héros î
GALONIGE
Sur la grande galère à quatre rangs de rames,
Galonice ramène une fille d'Asie
Qui, nue et frissonnante et belle, s'extasie
De fouler des tapis de pourpre aux rouges trames.
« vierge, dit la Grecque, entre toutes choisie Pour apaiser mon cœur percé de mille lames, Tu connaîtras le sens des longs épithalames Et de mon amitié la chaste hypocrisie! »
Dans Pair, à ce moment, on vit deux hirondelles
Garesser les cheveux épars des fiancées,
Et la brise chantait : Hyménée ! autour d'elles
Mais la lune baisa les vagues balancées, Et tu parus, le front couronné d'asphodèles, nuit, ô blanche nuit, ô nuit mystérieuse!...
SONNETS. 7o
A GANIDIE
Amie au sombre cœur clans le mal égaré, Ton front n'est point pâli comme le front des veuves, Ta douleur a le calme imposant des grands fleuves, Et tu ne pleurais pas le jour où j'ai pleuré.
Ton vaste orgueil s'étale au-dessus des épreuves Gomme au sommet des monts un beau lac azuré; Tu portes, souriante et le pas mesuré, Tes nouveaux désespoirs comme des robes neuves.
llion ne peut entamer ton cœur de diamant!
Dieu lit, dans le serein éclat de ta prunelle. L'irrémissible vœu de l'endurcissement.
Moi, je te suis de loin vers la nuit éternelle. Et, perdu dans l'horreur de ton rayonnement, Je m'abîme en ta chute, ô grande criminelle I