FINALE
Je n'ai jamais commis de aime.
On ne m' a pas assassinée.
Mon remords fut imaginé.
Et mon cœur saigne pour la rime.
Jeune, on aime à parler trépas, Byron, Musset, l'exemple tente.
Sais-tu de quoi l'dme est contente?
De montrer qu'elle ne l'est pas.
SÉRÉNADES. iil
Le spleen a de sinistres charmes,
On a le caprice entêté^
U affirmer sa virilité
Par le désespoir et les larmes.
Mais ces choses-là n'ont qu'un jour.
Sourire est bon. La vie est belle.
On se lasse d'être rebelle A la clémence de l'amour.
L heureux ciel d'été qui flamboie N'a pas honte de ses rayons; Si nous sommes joyeux, ayons Le courage de notre joie.
Je suis le passant ingénu, Celui qui soupire et qui chante Parce qv£ l'épine est méchante Et que l'avril est revenu.
Ii8 SÉRÉNADES.
Je m'étais égaré sans doute; Une ogresse me menaçait; Mais mon cœur, ce Petit-Poucet, A bientôt retrouvé sa route.
Vers un gîte plein de do7iceurs Il ramena des lieux contraires Tous les jeunes Désirs, ses frères, Et les Illusions, ses sœurs.
C'est à peine s'il se rappelle Qiiil fut un instant fourvoyé; Il est dans son nid, mieux choyé Que les petits d'une hirondelle.
SHl souffrit, ce fut en rêvant.
Le rêve a sa mélancolie.,.
Mais une nouvelle folie Guérit d'un vieux songe souvent.
Eh bercé d'un souffle qui vole De Weimar à Valladolid, rai joué les airs de mon lied Sur une guUare espagnole I
A Adgcstr ViLMïns de i/Isle-Adam.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
Les poésies qui composent Pagode parurent pour la première fois dans le Parnasse contemporain (1866); ils ont été réimprimés dans les Poésies de Catulle Mendés (Sandoz et Fischbacher, 1876) et dans le second des sept volumes intitulés les Poésies de Catulle Mondes (Ollendorfr, 1885, et Dentu, 1886).