‹ Poésies (volume 3)Chapitre 32 sur 78 · LE MYSTERE DU LOTUS · texte numérisé non relu

LE MYSTERE DU LOTUS

Ta colère triomphe, ô Kâla! nul refuge.

Bleue encor des poisons de l'océan lacté, Ta sombre fforsre avait amassé le déluge. .

Telle qu'un grand ravin par l'orage habité, Ta narine profonde a soufflé la tourmente Sur l'incendie issu de ton œil irrité.

Où sont les vastes cieux et la terre charmante?

Ilélas ! toute la vie et toute la beauté

Gisent sous l'onde morne où le vent se lamente.

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Tes vastes cieux, Indra, que baignait la clartô I)f*s étoiles, ont fui dans la tempc^te noire Comme un pavillon d'or par la bise emporté!

Le Çwarga lumineux aux escaliers d'ivoire

N'est plus. Les seuils de jaspe et les chars de cristal

Sont brisés. vainqueur, qu'as-tu fait de ta gloire ?

Les Gandharwis, orgueil charmant du ciel natal

Ont cessé d'agiter les clochettes sonores

De leurs pieds que dorait la poudre de çantal.

Les Açwins éclatants comme des météores

Ne courbent plus au joug de leur char constellé

Les Vaches aux poils roux qui portaient les Aurore?

Kt la t(»rre, Prisni, comme un bloc descellé, ^ ses pics hautains et ses plaines fertiles, î sait oCi, dans l'ombre, éperdue, a roulé,

Tandis que, hérissant sa tôte de reptiles,

Et le pied sur les flancs des dragons, le Dieu noir

Brandissait le Çîras, destructeur des sept Ilesl

Maintenant l'arme auguste a rempli son devoir. Au sein de l'Être unique, étang de quiétude, Brahmâ s'est endormi, voyant tomber le soir.

Répudiant l'orgueil et la sollicitude

De l'œuvre, il goûte après mille âges évolus

L'anéantissement dans la béatitude.

L'universelle mer précipite ses flux Ténébreux à travers l'horreur universelle, Cherchant la grève absente et l'île qui n'est plus.

Chaque lame en bramant presse un flot qui harcèle

Une vague tandis que la vague poursuit

Une autre lame en pleurs qui vers un flot ruisselle ;

Et, sur la houle énorme au lamentable bruit, Comme un vaste étendard que la tempête arbore Palpite répouvante obscure de la nuit.

Oh! que d'âges suivis de tant d'âges encore

Traverseront TeiTroi du gouffre illimité,

Sans souvenir de jour et sans espoir d'aurore !

Hors du nombre, des lieux et de la qualité, L'Être unique et total s'est abîmé soi-même Dans l'informe infini de sa propre entité.

Tel se concentre et gît parmi la cendre blême

Le Feu rassasié des mystiques repas,

T(»l se recueille, oisif, le Principe suprême.

Sous la forme du Temps, il est ce qui n'est pas; Sa présence a son lieu dans toutes les absences Et son réveil latent dort dans tous les trépas.

L'angoisse des espoirs et des réminiscences Meurt au fond du Tirtha sans rivage et stagnant Fait du fleuve dompté des tristes renaissances ;

Et xîhaque âge divin se déroule, enchaînant A d'innombrables nuits sa nuit démesurée, Sans vaincre ce repos immense et permanent.

Mais enfin, du constant effort de la durée, L'Amour est nél Bientôt, mystérieux ferment, Sourdra la force au sein de l'Être demeurée.

Par le temps qui s'amasse accrue infiniment, La passion pénètre en tout ce qui repose, Avec un convulsif et chaud frémissement.

Tel se renforce Agni du coma qui l'arrose.

Tel s'enfle, imbu d'amour, le germe originel ; Le désir de l'effet s'empare de la cause.

Sous des voiles chargés d'influx passionnel Et pareils à la brume où l'aurore va naître.

Flotte un contour étrange et vaguement charnel ;

Palpitante, Mâyâ s'eflbrce d'apparaître:

Le vide, d'une transe inefl'able agité.

Voit s'accomplir l'hymen de la Forme avec ïÈirv

Et dans son adorable extériorité.

Parmi l'effarement des ombres, sur la face

De l'abîme gans bord, l'Esprit-Monde est poj-té î

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Pourouçha! la houle incessante déplace Et ramène ton lit souple formé des nœuds Que le Roi des serpents enlace et désenlace !

Clairs et resplendissants de métaux lumineux,

Les mille chefs du grand Çécha, comme une ombrelle.

S'abaissent vers ton front qui se reflète en eux!

Tu médites, auguste, à travers la querelle

Des noirs remous! portant les œuvres dans ton flanc.

Tu sens frémir au loin ta forme corporelle!

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Et de ton pur nombril, mystérieux étang,

Le grand Lotus, berceau des trois Mondes, s'élève,

Doux comme le soleil des jours d'automne, et blanc I

Il éclaire, il féconde, ayant l'amour pour sève;

Il verse la candeur et la limpidité

De l'aube dans l'effroi de la nuit qui s'achève;

Et de sa léthargie enfin ressuscité, Brahmâ, pistil géant de ce calice énorme, Détend ses membres faits de force et de bonté,

D'où se dérouleront l'Étendue et la Formel

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