‹ Poésies (volume 3)Chapitre 33 sur 78 · A MICHEL BARONNET · texte numérisé non relu

A MICHEL BARONNET

YAMI

Selon le rythme lent des vers scandant ses pas, Le Riçhi matinal traverse la pelouse.

Vers le sein d'Yamî, ta sœur et ton épouse, 'Remonte, fils des Eauxl le courant du trépas.

YAMA

Pareil au faon mort-né d'une triste antilope,

Je n'aurai pas d'épouse et je n'ai pas de sœur; Dans rimmobilité de sa noire épaisseur Le tronc de l'arani mystique m'enveloppe.

YAMI

Les dix frères vaincront le mystique arani Afin qu'au bleu retour des Aurores prospères Je puisse voir le fils auguste de mes pères S'allonger près de moi sur le gazon béni î

YAMA

Nombre chétif épars dans l'infini des sommes.

J'ai rendu mon essence au Nuage, au Soleil

Mon regard, et je dors un ténébreux sommeil

Loin de ta couche, ô toi qui veux le mal des hommes!

YAMI

Tu sortiras plus clair de plus d'ombre, Yama, Car c'est en toi que l'Être auguste se recrée, Et Tamant glorieux de la Coupe sacrée Dans le céleste flanc des ondes te forma !

YAMA

On a vu s*abîmer les splendeurs éphémères Avec la^troupe bleue et fauve des Haris ; Sur les foyers obscurs, près des vases taris, Je suis né de ta mort, Agni, fils des deux mères I

YAMI

Les cavales d'Indra s'élanceront encorî L'une à l'autre, mêlons nos âmes, divin couple. Tu sembleras, lié de ma ceinture souple, Un bel arbre envahi par des lianes d'or.

ÏAMA

Les sept coursiers soumis à quatre jougs de flammes, Sans éclairer mon œil éblouiront le tien ; La liane aux fleurs d*or n'aura pas de soutien ; Nous ne mêlerons pas Tune à l'autre nos Ames.

YAMI

Quand nous dormions encore au ventre originel, L'aïeul parla. « Vôtus d'une splendeur égale, Soyez époux, dit-il. Que la sœur conjugale Sans fln demeure unie au mari fraternel! »

YAMA

Qui Ta su? qui l'affirme? Aucun ne peut connaître Son premier jour. Le ciel démesuré n'est pas Un champ d'orge qu'on peut traverser en trois pas, Et nul ne sait où gît la source de son être.

YAMI

Cesse un discours amer. Ma main cherche ta main. Ranime d'un baiser la pâleur de mes joues, Et roulons doucement comme un char à deux roues Qui se livre à la pente heureuse du chemin.

YAMA

Je ne baiserai point le jasmin de tes joues Ni ta bouche pareille à la fleur des âmras; Sous la tète d'un autre époux glisse ton bras, Et roulez doucement comme un char à deux roues.

YAMI

Que deviendra l'amie hélas ! loin de l'ami.

Et qu'est-ce qu'une sœur de son frère sevrée ? L'âme veuve succombe, à Xirriti livrée ; Sans l'amour d'Yama, c'en est fait d'Yamî !

YAMA

Meurs donc, et laisse-moi, femelle aux bras avides. Sous le ciel à jamais dépourvu de matins Que hantent les Dévas tristes des Feux éteints. M'exhaler sans retour en des ombres livides !

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