‹ Poésies (volume 3)Chapitre 57 sur 78 · LA RANÇON · texte numérisé non relu

LA RANÇON

Ton sourire est plus beau que les roses fleuries, Il est mieux odorant que les menthes des prés; Et le cliquetis clair de tes rires pourprés Effarouche Tessaim des lourdes rêveries.

Le cher bruit de ta robe et de ton pas léger Qui pense me surprendre et que de loin j'écoute. Est la musique où mon âme se mêle toute; Te voir, c'est comme si je sortais de danger.

.le te bénis d'avoir à mon destin sévère

Greffé IVspoir joyeux du rajeunissement.

Sur mon front ténél)reux, tu luis, astre charmant;

Dans mon cœur hivernal, tu fleuris, primevère.

Pourtant je suis mauvais parfois, et je te fuis (Je sais bien que j'ai tort et que c'est détestable !) Pour aller, dès le jour, m'accouder à la table Où, morne, m'apparaît le travail de mes nuits.

Là gît le las confus des vieilles écritures, Romans, odes, babols que mon rôve étagea.

Monuments pas encore et ruines déjà.

Vaines gestations, splendeurs toujours futures !

Là, j'écris, TomI fiévreux. ïu songes : Soulfre-t-il ? Et lu viens tout à coup, jeune comme l'aurore Et le printemps, me dire : « Il n'est pas l'heure encore « De travailler; attends l'hiver; je suis Avril.

« Sais-tu combien de fleurs, à Taube, sont écloses

« Dans le bois qu'une tiède ondée a rajeuni?

« Le merle chante; plus de livres; c'est fini;

« Si tu veux que je t'aime, il faut aimer les roses. »

Mais moi, comme à l'enfant qui joue et parle haut, « Laisse-moi ! » dis-je, étant en proie à la pensée. Oh ! j'ai tort ! oh ! tu dois être bien offensée t Pardon ! mais si je fais ainsi, c'est qu'il le faut.

Ma besogne, rançon consentie, est ardue, D'autant plus que je sens mon cœur débilité Par un sort qu'un esprit très méchant m'a jeté; Et l'heure est incertaine où l'œuvre sera due.

L'affreux souffle de deux noirs chevaux haletants Rompra ma porte avec des clameurs de tempête. Et j'entendrai ces mots : « Ame oisive, es-tu prête? » Oh î la rançon I j'ai peur de n'avoir pas le temps.

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