‹ Poésies (volume 5)Chapitre 10 sur 40 · CORTIGIANA · texte numérisé non relu

CORTIGIANA

D'après Blanchart*

Dans le hanap'charnu de ta bouche un peu grasse Et dans tes yeux peuplés de crimes anciens Les riches étrangers et les patriciens Boivent le philtre impur qui soûle et qui terrasse.

L'épargne des aïeux et Thonneur de la race

Sont la rançon de ceux que le Charme a fait sfens;

Mais toi, dans la chaleur des soirs vénitiens,

Tu railles qui t'adore et tu hais qui t'embrasse.

Tu n'aimes rien, sinon For et les joyaux lourds, Rien, pas même ton corps aux languissants contours. Aux longs bras enlaceurs comme de lents reptiles,

Ton divin corps infâme où la beauté fleurit!

Comme un artisan las du métier qui nourrit Mépriserait Toutil des besognes utiles.

HÉLAS. 3f

LA RODEUSE

Sur le beau chemin de neige et de saules Une pâle fille un soir m'a souri, Pâle et frêle autant qu'un lys défleuri, Sans cheveux au front ni chair aux épaules.

Comme une qui rôde et quête un amant Elle chuchotait des mots déshonnêtes ; Les os de ses doigts, grêles castagnettes, (cliquetaient dans Tair, et c'était charmant.

€ Venez, venez donc, passant! disait-elle; Mon lit est tout près sous les chênes verts, Et ilans le drap blanc la mite et les vers Ont fait tant de trous, qu'il est en dentelle.

Je no fleure pas Je musc adouci l)*une errante odeur de verveine et d'ambre; Mais dans mon logis mieux clos qu'une chambre Tu me trouveras parfumée aussi.

La chair^dos flancs nus qu'étreignaient tes fièvres No vaut pas mon torse où passe le vent; Ne voux-tu point, las du plaisir vivant, Mettre onlin ta lèvre à des dents sans lèvres ?

Mais le plus parfait des ravissements Que j'offre en la nuit de la fraîche couche C'est qu'après un seul baiser sur ma bouche Je laisse dormir en paix mes amants.

Je ne suis pas la maîtresse, oppressée,

Nerveuse, et les dents dans ses cheveux d'or. Qui remue au lit, bâille, et bouge encor, Et soupire pour être caressée.

Ni plainte, ni pleurs, ni souffle parmi L'infini silence où je te convie... »

Je la reconnus quand je l'eus suivie, Et son lit est bon, et j'ai bien dormi.

HÉLAS. a:

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