LE VIEUX LOGIS
Fermé, mon cœur. J'ai clos la porte et les croisées Que bat en vain le clair amour I Mon cœur, fermé, Est comme un très ancien logis désert, calmé, Où languit la lueur des glaces apaisées.
Dans la pénombre et dans le silence endormi Qu'enchante le regret des fêtes disparues, Le salon suranné loin du fracas des rues Se recueille en un luxe éteint, pensif, ami.
Dans l'or des cadres, sur le fond bleu des vieux sèvres, Survivent adoucis les vingt ans des aïeux; Les lents satins glissant des plafonds camaïeux Sont pleins d-un très muet susurrement de lèvres.
L'épinette où la main d'une reine jouait S'ébauche bleue et blanche en le doux crépuscule; Une tapisserie, Omphale avec Hercule, Sourit encore, ayant une rose au rouet.
Et c'est une demeure antique et tendre, exquise, Où comme des acteurs qu'évoque le décor Pourraient venir, déjà spectres, charmants encor, ^rès des cendres s'aimer le Comte et la Marquise.
Mais si votre soleil, amour ! y pénétrait,
Le logis avoûrait sous la lueur sincère
Toute sa flétrissure et toute sa misère :
Lambeaux, haillons, débris, ruine ! — Et Ton verrait
Dans la poussière hélas ! par le plein jour baignée. Sous les lambris, à tous les coins, de vieux remords Repus d'avoir séché l'aile des espoirs morts Tendre hideusement leurs toiles d'araignée.