‹ Poésies (volume 5)Chapitre 13 sur 40 · THEODORE DE BANVILLE · texte numérisé non relu

THEODORE DE BANVILLE

(a.0 laurier de la turbie. Nice, février 18d0.)

« Sous ta verte splendeur par 1^ soleil fourbie, Éternellement verte en Téternel été, Je chanterai, laurier géant de la Turbie, Le poète qui t*a chanté.

Arbre auguste, triomphe épanoui, trophée!

Tu le frôlais d'un lent rameau musicien.

Et tu reconnaissais le front sacré d'Orphée Quand, rêveur, il levait le sien.

il fut l'ardente joie en nos heures n L'amour d'être, l'ainour d'aimer et de prier; Ses vers étaient charmants comme vous, jeunes roM Et hautains comme toi, laurierl

Musique astrale errante, en claires théories. Ils étaient ton écho radieux! et vermeils Ils s'allumaient comme un miroir de pierreries Où dardent en plein des soleils.

La pourpre des midis brûlant la brocateJJe Où flambent dans les ors les rubis par milliers Frangeait la traîne en feu de sa strophe, Immortelle Montant les divins escaliers!

Il défiait la nuit et ses monstres funèbres ; Et sur le blanc cheval ailé d'aube et d'amour, Pareil au roi Perseus, il fendait les ténèbres

D'un cri vainqueur, couleur du jour. .

Homme I il était l'éveil de tes mornes silences, L'éclair divin dont ta pénombre étincela ; Ses rinaes se heurtaient comme des fers de lances Dans les festins du Walhalla!

Et les femmes, la vierge aux pâleurs de camée, Qui s'étonne, la franche épouse aux calmes yeux, L'amante dont le cœur est une fleur pâmée, L'aimaient, tendre et mélodieux!

Et puisque, sœur du luth qui fit s'élever Thèbes Pierre à pierre, sa lyre aux sept cordes de feu Évoqua du néant l'Olympe et les Érèbes,

Les dieux l'adoraient comme un dieu.

C'est pourquoi, haut laurier d'un jardin de déliœg,!

I Je chanterai son nom boub ta splendeur d'nr verl; I

Et je te volerai les belles feuilles lisses

Pour siicrer son sépulrm ouvorl! ■

i.)r, quand je fus entré dans le jardin de juir Je m'iStonnui. Le bel arbre n'était plus là.

Fut-il rompu d'un vent qui saccage et qui broie? flii bien quel éclair le brflla?

Sous la beauté des cieux diaphanes et calmes, Mi-closes, des rougeurs fleurissent les rosiers I Et l'on voit se méter les ronces et les palmes En des baisers extasiés.

, Lui, n'est plus I La Couronne est tombée, cl, la TâLe, .Plus tendre qu'une femme et plus fier qu'un guerrier, PÏer de la Tnrbie! il est mort, ton poète, Poêtet il est mort, ton laurier.

Et j'ai pleuré devant votre commun désastre.

Mais, pensif, j'ai conçu, le mystère éclairci Gomme par le lever en mon ûme d'un astre.

Qu'il fallait qu'il en fût ainsi.

Puisque n'existait plus sur la terre mortelle Le seul des fronts humains qui fût digne de lui, Le grand arbre qu'un ange arracha d'un coup d'aile A travers les cieux s'est enfui.

Transplanté maintenant dans l'infini sans voiles, Il se dresse plus grand, plus beau, parmi l'essor Des séraphins volant d'étoiles en étoiles Et les hymnes des harpes d'or,

Et dans l'immense jour sans fin qui l'environne. Diadème qu'un geste ineffable a posé.

Le Laurier, d'une gloire immortelle, couronne Maître! ton front divinisé.

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