‹ Poésies (volume 5)Chapitre 30 sur 40 · L'ODELETTE AU BAISER · texte numérisé non relu

L'ODELETTE AU BAISER

C'est toi, Baiser, c'est toi qui vaux Qu'on vive! Les plus durs travaux, Je les yeux pour Tamour de vos

Bouches, ah I de vos doucereuses Bouches, ah ! de vos chaleureuses Bouches, ah î de vos valeureuses

iSQ L'HYMNAIRE DES AMANTS.

Bouches, femmes aux cœurs ardents Qui recelez tout le dedans Du Paradis entre vos dents !

Mieux que le Paradis ! je couvre

De mépris le céleste Louvre :

11 nVst ci il que bouche qui s'ouvre.

L'orgueil, et la vertu, des mots!

Les lèvres, ces coraux jumeaux, Donnent seules l'oubli des maux.

Que la Gloire, matrone énorme, Si longtemps m'attende sous l'orme Ou le Laurier qu'elle s'endorme!

Je baise avec des désirs soûs Les coins, le dessus, le dessous D'une lèvre aux sucres dissous;

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Ballant comme un vaisseau qui tangue, Je bois un rubis presque exsangue Au pistil aigu d'une langue,

Et sens sous mon baiser vainqueur Monter en la tiède liqueur Une odeur mourante de cœur I

Pareil à la frêle émeraude De la libellule en maraude Qui sur un lys frissonne et rôde,

Que le Baiser vague et tremblant Menace à peine d'un semblant De caresse le lit trop blanc

D'une vierge sous les câlines Lueurs des lampes opalines Dans le dortoir des Ursulines;

488 L'HYMNAIRE DES A'MANTS/

Que, pareil à l'abeille en feu

Dont le (lard, en Tair fauve et bleu,

Ne se contente pas de peu

Et qui, violatrice heureuse, Se rue aux œillets, ou se creuse Une alcôve en la tubéreuse,

Il soit — fou, brutal, écartant Tout, comme en la cloche un battant Le rude et hardi combattant;

Que, sur Tétoffe orientale Où Jo, non loin de Lo, s'étale, Frelon retroussenr de pétale,

Tl ose vers un point précis S'acharner en un rebroussis De gazes peut-être indécis

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Et n'épargne pas aux calices ' Qui vêtent (Tôr leurs pentes lisses L'âpre intrusion des délices,

N'importe ! il est le triomphant Baiser! par qui le cœur se fend Et se fond d'aise en étouffant.

Ouvre, ma mie, ouvre tes lèvres !

Pour que jamais tu ne m'en, sèvres J'irai voler chez les. orfèvres,

Moins riche qu'Haroun-al-Raschild, J'irai chez Monsieur de Rothschild Forcer des coffres, my dear child !

Tout est bien pourvu que je baise.

Lèvre à lèvre, braise sur braise.

Notre amour fou, que rien n'apaise.

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Ta bouche encor ! la bouche encor !

Toujours la l)ouche! il plaît moins, Tor, A (irandet palpant son trésor,

Et je veux sur la pâle couche

Où la Mort de son doigt nous touche,

llendre Tàme en ta belle bouche !

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