‹ Poésies (volume 5)Chapitre 31 sur 40 · L'ODELETTE AUX LARMES · texte numérisé non relu

L'ODELETTE AUX LARMES

Larmes î Larmes I Larmes encor !

Tremblez, fluide et lent trésor, Aux pointes des cils bruns ou d'ori

Sœurs des étoiles, les prunelles Veulent que les pleurs soient en elles Un voile aux clartés éternelles;

idi l/IIYMNAIUK DKS AMANTS.

Kt les priini»lh\s sœurs des fl^mrs Vi'uliMil lit» la rosée à leurs (lai ires, s[)I(MKl«'urs ou pA leurs.

Sous vos lourds cheveux, noirs en tresses Ou roux (Ml ondes, sans détresses Pleurez, pleurez, o nos maîtresses !

En diamants vite aspirés

Par nos lèvres en feu, pl(?urez,

IJeaux yeux d'ombre, beaux yeux dorés,

Afin, cbùres, i\n\m la veilbV, Notre Ame dos vôtres mouillée S'épanouisse, émerv<*illée !

Ah ! fuvez bvs blêmes enrlos Oii Ips cercueils sont les îlol> D'un océan sans matelots:

L'HYMNAIRE DES AMANTS. i93

Riches, pauvres, humbles, altiôres, Margravines ou lavandières, Ne pleurez pas aux cimetières !

Roides sous les gazons épais

Les morts que, vivants, tu trompais,

Femme î veulent ddrmir en paix;

Et sous les pâles tubéreuses

Vos mères, en leurs tombes creuses,

Vos mères jadis amoureusç5.

Savent bien qu'une tendre loi A des larmes.de bon aloi Recommande un meilleur emploi ;

C'est le mépris que l'on mérite A pleurer selon l'ancien rite Quelque parent dont on hérite.

194 L'HYMNAIRE DES AMANTS.

Pleurez d'amour ! ah î seulement I)*amour! il n'est réel tourment Que la trahison de l'amant.

A cause des hypocrisies Dont il dupa vos fantaisies, Répandez des larmes choisies.

Ayez, non sans grincer des dents, De forts vifs sanglots concordants A son crime sans précédents I

Versez, les mains au cœur qu'il broie.

Autant de pleurs que met sa joie De baisers à sa neuve proie !

Pleurez ses parjures baisers Et les désirs jamais osés Qu'il a dans une autre apaisés.

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Ou, s'il mourut par aventure, Belles, de votre forfaiture, Pleurez avant sa sépulture ;

Soyez, inondant de cheveux Lamentables et blonds vos vœux Inutiles, vos vains aveux,

Pareilles à Talme Immortelle Dont le char de ramiers s'attelle Et qui, griffant sa gorge telle

Qu'un lys sanglant, pleura trois jours Et trois nuits, sur le vert velours Des mousses, ses défunts amours.

Ses défunts amours, l'adorable Adonis I le très admirable Adonis I le très vénérable

1% I/HYMN.VIRH DKS AMANTS.

Adonis! ciui, hlosusé soudain, Teignit de sang incarnadin Les roses Idanches du jardin.

Mais surtout pleurez de délices !

Pleurez quand sur les satins lisses De nos lits s'ouvrent vos calices,

Jeunes femmes! pleurez, pleurez, Quand nos désirs exaspérés Ont le plaisir que vous aurez.

Et quand, sous votre or, on devine L'éclosion rare et divine D'un astre rose en la ravine !

Larmes! larmes! larmes encor!

Des pleurs s'égoulleni, lent trésor, Aux frisons bruns, aux frisons d'or,

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Et la pudeur en vain farouche A la lèvre qui cherche et touche Donne aussi les pleurs d'une bouche î

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